Le coup de gueule des professionnels du logement : « Le gouvernement réagit toujours devant le précipice, on y est ! »

Le coup de gueule des professionnels du logement : « Le gouvernement réagit toujours devant le précipice, on y est ! »
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10 organisations professionnelles du secteur du logement ont prévenu qu’elles ne pourront pas se satisfaire « d’un vague projet de décentralisation qui conduirait à masquer l’absence de politique en matière de logement ».

Le coup de gueule des professionnels du logement : « Le gouvernement réagit toujours devant le précipice, on y est ! »
Crédit photo © iStock

Le ton monte encore parmi les professionnels du logement. Dans la continuité de différentes actions déjà menées depuis 2022, 10 organisations professionnelles du secteur du logement, de la construction neuve à l’immobilier ancien, en passant par le logement social, les notaires et les architectes, réunies au sein de l’Alliance pour le logement, ont tenu ce mercredi matin une conférence de presse. Ces professionnels demandent de toute urgence au nouveau gouvernement de préciser les grandes lignes de sa politique du logement et sa stratégie pour les trois ans à venir.

Les membres de cette Alliance pour le logement préviennent qu’ils ne pourront pas se satisfaire « d’un vague projet de décentralisation qui conduirait à masquer l’absence de politique en matière de logement ».

Qui décide vraiment ?

En attendant la nomination d’un nouveau ministre en charge du Logement, le président de la Fédération Française du Bâtiment (FFB), Olivier Salleron, s’interroge d’ailleurs sur le rôle de ce ministère alors que les arbitrages semblent toujours se décider plus haut. « Il ne faut pas attendre le printemps ni l’automne ou le projet de loi de finances 2025, il faut un plan quinquennal maintenant car la crise du logement neuf aura des conséquences jusqu’en 2027 », a martelé ce matin Olivier Salleron, déplorant déjà des licenciements massifs parmi les entreprises du bâtiment.

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Chute historique de la production de logements neufs

Si aucune mesure d’urgence n’est prise, l’activité en logement neuf plongera encore de plus de 20% cette année selon les estimations FFB et les ventes de logements neufs pourraient tomber à un plancher historique de 241.000 unités. « Nous sommes en-dessous de la moitié d’une année normale », résume Pascal Boulanger, le président de la Fédération des promoteurs immobiliers. Pascal Boulanger appelle à instaurer une véritable aide aux maires bâtisseurs, en rétrocédant aux communes une partie de la TVA.

En ce qui concerne le logement locatif social, la barre des 90.000 agréments ne sera sans doute pas atteinte pour 2023 alors que les demandeurs n’ont jamais été aussi nombreux (près de 2,6 millions de demandes enregistrées). « On a l’impression que le logement est en apesanteur politique, que la réalité des faits ne pèse plus rien aux yeux du gouvernement », a déploré l’ancienne ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, aujourd’hui à la tête de l’USH, l’Union nationale des fédérations d'organismes HLM.

Emmanuel Macron interpellé

Loïc Cantin, président de la Fédération nationale de l’immobilier (FNAIM), interpelle d’ailleurs directement le Président de la République, Emmanuel Macron, en rappelant que le secteur immobilier ne peut pas se réguler tout seul. Face à la hausse des taux d’intérêt et au resserrement de l’accès au crédit qui privent de nombreux ménages de l’accès à la propriété, la FNAIM insiste notamment sur la portabilité et la transférabilité des prêts immobiliers.

Avec la portabilité, un propriétaire pourrait conserver, pour financer sa nouvelle acquisition, l’emprunt qu’il a contracté pour le bien qu’il souhaite revendre. La transférabilité, quant à elle, consiste à attacher le prêt, non pas à l’emprunteur, mais au bien lui-même. Cela permettrait le transfert du prêt accordé initialement à l’ancien propriétaire au profit du nouvel acquéreur. Le but est bien sûr de prolonger la durée de vie de prêts obtenus à taux avantageux mais on voit mal comment contraindre les banques à supporter le manque à gagner face à des coûts de refinancement soumis aux aléas de l’évolution de taux directeurs.

Investissement locatif

Concernant l’investissement locatif, à l’heure où l’offre locative est en chute libre, les professionnels espèrent toujours que soit mis en place un statut du bailleur privé, véritable dispositif pérenne d’amortissement fiscal qui redonnerait de l’attrait aux investisseurs, dans le neuf comme dans l’ancien. La FNAIM défend de son côté un nouveau dispositif original d’incitation fiscale avec prise en charge différée permettant à tout Français investissant dans la pierre de défiscaliser pendant une période de 10 ans, après 10 ans de détention du bien à usage locatif.

Le PTZ comme meilleure arme

Pour reprendre une formule chère à Emmanuel Macron, le président du pôle Habitat de la FFB, Grégory Monod, appelle à « réarmer le logement sur tout le territoire ». « Il faut accompagner le financement des primo-accédants, peu importe la forme d’habitat et le territoire, avec un coup de pouce provisoire », souligne Grégory Monod. Ce coup de pouce pourrait par exemple prendre la forme d’une exonération partielle des droits de mutation mais l’Alliance pour le logement dénonce surtout la réforme du Prêt à taux zéro (PTZ) et appelle à rétablir le PTZ sur tout le territoire sans stigmatiser la maison. En période de taux élevés, le PTZ reste en effet le meilleur moyen de resolvabiliser les primo-accédants et de soutenir les ménages modestes.

« Le PTZ, c’est maintenant qu’il trouve tout son sens lorsque les taux sont hauts et surtout qu’il permet à des ménages qui ne disposent que d’un faible apport d’accéder à la propriété grâce au différé de remboursement », a souligné le Président du réseau coopératif de promotion immobilière Procivis, Yannick Borde, appelant au passage à une vraie réforme du zonage qui conditionne le PTZ.

Appel de la dernière chance

Alors que le gouvernement prépare une Loi Logement pour le printemps 2024 avec l’ambition de porter une grande décentralisation de la politique de logement à l’échelon local, une adaptation des aides au modèle de développement territorial de demain et une remise à plat de la fiscalité des revenus immobiliers, tous les professionnels de cette Alliance pour le logement ont parlé ce matin d’un « appel de la dernière chance » et s’organisent aussi au niveau régional avec une mobilisation auprès des élus locaux dont beaucoup partagent leurs revendications.

Parmi les formules choc attendues au cours de cette conférence de presse, plusieurs montrent la détermination des professionnels : « Le gouvernement réagit toujours devant le précipice, on y est ! » ; « On ne va pas se laisser faire, si on doit faire comme certaines corporations, on le fera » ; « On est dans le temps long, on est en train de détruire une filière, on ne la reconstruira pas à court terme » ; « La vision uniquement budgétaire du logement est dangereuse »…

a savoir

L’Alliance pour le logement regroupe la Fédération Française du Bâtiment (FFB), l’Union sociale de l’Habitat (USH), la Fédération nationale de l’immobilier (FNAIM), la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), le Pôle Habitat de la FFB, le réseau Procivis, l’Union des Syndicats de l'Immobilier (UNIS), l’Union Nationale des Notaires Employeurs (UNNE), l’Union Nationale des Syndicats Français d'Architectes (UNSFA) et l’Union nationale des Économistes de la construction (UNTEC).

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