Marchés financiers : « On nous prédisait une récession brutale, il n'en est rien »

Marchés financiers : « On nous prédisait une récession brutale, il n'en est rien »
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Tribune d'Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l'analyse des marchés d'eToro.

Marchés financiers : « On nous prédisait une récession brutale, il n'en est rien »

2023 est encore une année singulière. Après une crise des banques régionales américaines entraînant la faillite de quatre banques de premier ordre, ainsi que celle du Crédit Suisse au mois de mars, nous venons d’assister à la remontée de taux d’intérêt la plus rapide depuis la création de la BCE. Certes, celle-ci n’est pas très ancienne, mais nous fêtions ses vingt-cinq ans d’existence le 1er juin dernier.

En revanche, la Fed, de près d’un siècle sa doyenne - elle a été créée en 1913 - n’a plus connu une remontée de taux aussi rapide depuis cinquante ans, lorsque l’inflation était au-dessus de 10% en raison du premier choc pétrolier.

Comme si l’histoire se répétait, les cours du pétrole sont remontés de 40% pendant l’été et tutoient désormais les 90 dollars le baril pour le Brent de Mer du Nord. En cause, l’Arabie Saoudite et, dans une moindre mesure, la Russie, qui ont concomitamment décidé de réduire drastiquement leur production, et ce pendant une période prolongée. De l’autre côté, la demande est très résiliente aux Etats-Unis, comme le montrent les niveaux de stocks qui sont au plus bas depuis plus d’un an.

Derrière ce tableau - qui n’est pas très reluisant - il y a quand même des motifs de satisfaction. Même si, actuellement, les marchés sont en proie à une correction, ils sont toujours en progression de 9% en France, de 8,7% pour l'Allemagne et de plus de 35% pour le Nasdaq 100.

Il faut dire que la politique monétaire de la Fed a porté ses fruits, car d’un pic à 9,2%, l’inflation est redescendue à 3,7% - dernier chiffre en date du mois d'août. En zone euro, les résultats sont moins probants, mais l’inflation a été divisée par deux en un an.

La récession se fait attendre. On nous prédisait une récession ainsi qu’un atterrissage brutal de l’économie ; il n’en est rien (pour l’instant), puisque le PIB aux Etats-Unis a été confirmé à +1,7% au T2, et la France s’en est sorti à +0,8% au 1e semestre. La Banque de France a même rehaussé en septembre ses prévisions de +0,7% à +0,9% pour 2023. Seul bémol en provenance de l’Allemagne qui est entrée en récession, certes légère de -0,3%, mais récession quand même.

L’inquiétude des investisseurs se déplace

Le dernier baromètre trimestriel de l’investissement particulier d’eToro révèle que l’inflation préoccupe moins les investisseurs particuliers que l’état de l’économie et une potentielle récession : un investisseur français sur cinq (20%) considère la récession comme le principal risque d'investissement, tandis que 10% citent l'inflation comme principale préoccupation.

Après ce constat, à quoi peut-on s’attendre pour le 4e trimestre et le début de 2024 ? Les investisseurs peuvent s'attendre à une fin d'année mouvementée, toujours marquée par de la volatilité.

Les brutales hausses de taux d’intérêt menées depuis plus d'un an par les banques centrales n'ont pas fini de produire leurs effets. Les marchés boursiers restent nerveux, et de nouvelles tensions économiques et politiques apparaissent.

Les récentes enquêtes de directeurs d’achat PMI nous ont montré que l’activité avait fortement ralentie depuis juillet, entrant en zone de contraction dans l’activité manufacturière et surtout plus problématique dans les services, qui représente plus de 80% de l’activité.

Les dernières réunions des grandes banques centrales Fed, BCE, BoE (Bank of England) et même BoJ (Bank of Japan) ont confirmé que leurs politiques monétaires allaient rester restrictives pendant encore assez longtemps, et que la baisse de taux n’interviendrait pas avant mi-2024 !

Et puis les entreprises ont encore publié, notamment en Europe, des résultats très satisfaisants. Relevant les prix sur leurs clients finaux, elles ont réussi à préserver leurs marges, quid des résultats pour ce troisième trimestre qui vont démarrer dans quelques jours.

Par ailleurs, il y a le trublion marché chinois, qui flambe ou s'effondre au gré des rumeurs de mesures de soutien à l'économie ou de nouvelles sur l'agonie des groupes immobiliers locaux. La Chine ne redémarre pas pour l’instant, et ce sont les valeurs du luxe qui en pâtissent, un secteur qui sous-performe au T3 et qui pourrait continuer au T4 si la situation ne s’améliore pas.

Dans ce contexte d’aversion pour le risque, les secteurs défensifs devraient s’en sortir le mieux comme souvent avec la santé en tête, suivi par l’alimentation.

Et puis, dans ce contexte de flambée des cours du pétrole, les sociétés énergétiques ont les faveurs des investisseurs. D’ailleurs, TotalEnergies vient récemment d’inscrire un plus haut historique en Bourse, la hausse du titre n’est probablement pas encore terminée.

Rebondir après l’effet septembre

Septembre n’a pas dérogé à la règle, étant historiquement le mois le plus mauvais de l’année. A Wall Street, l'indice des 500 principales capitalisations américaines, le S&P 500, vient de boucler son plus mauvais mois depuis décembre 2022, en perte de près de 5%. En France, après une perte de 2,4% en août, le Cac 40 a encore lâché 2,5% en septembre.

Inversement, octobre est plus favorable pour les actions. Même s’il est notoirement connu pour des krachs historiques, en 1929 précipitant la Grande Dépression des années 30 et le 19 octobre 1987, où le Dow Jones a perdu 22% en une seule séance, il est historiquement positif pour les actions. En effet, les opérateurs de marché tendent à profiter des cours historiquement plus bas du mois de septembre pour se placer à de meilleures conditions et profiter d’une saisonnalité bien plus favorable (octobre - avril).

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L'Argent & Vous
Antoine Fraysse-Soulier

Le parcours d'Antoine Fraysse-Soulier

Responsable de l'analyse marchés, eToro

Antoine Fraysse-Soulier est responsable de l'analyse des marchés pour eToro depuis 2019. Doté d'une expérience de plus de dix ans dans l'analyse de marchés et l'analyse technique, Antoine Fraysse-Soulier a d'abord exercé pendant trois ans comme conseiller en patrimoine suite à son Master en Finance internationale à l'ESLSCA Business School Paris. Aujourd'hui, il tient une chronique hebdomadaire sur l'actualité des marchés sur BSmart et s'exprime régulièrement sur l'actualité des marchés dans la presse spécialisée. Doté d'une expertise transsectorielle, il traite de nombreux sujets : matières premières, banque, actualité sociétale, consommation, contexte macro-économique...

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