Véronique Riches-Flores, Economiste, fondatrice de RichesFlores Research

Véronique Riches-Flores Economiste

Ce n'est pas seulement la baisse de l'inflation qui permettra à la Fed de baisser les taux d'intérêt...
Véronique Riches-Flores, Economiste, fondatrice de RichesFlores Research

Boursier.com : Le rallye haussier en cours peut-il tenir dans la durée ?

V. R-F. : La hausse porte la confiance des investisseurs et logiquement beaucoup d'entre eux pensent qu'on peut aller encore un peu plus haut. Les arguments allant en ce sens sont connus : le repli entamé de l'inflation qui fait peser moins d'inquiétude sur la consommation et in fine sur les politiques des banques centrales et la vague de covid en Chine qui semble derrière nous, la croissance de la locomotive de l'économie internationale devant repartir de l'avant. La question est de savoir si tout ceci sera confirmé ou si les investisseurs se bercent actuellement d'illusions...

Boursier.com : Les performances concernent surtout le marché européen...

V. R-F. : On a effectivement assisté à une rotation des valeurs technologiques américaines vers le marché européen moins cher. Le rallye haussier est spectaculaire et tous les secteurs y participent, ce qui est remarquable! Quasiment aucun secteur n'affiche de baisse depuis 3 mois en Europe !

Boursier.com : Quels principaux risques listez-vous malgré tout?

V. R-F. : Parmi les principaux risques, celui de la diminution des marges des entreprises est important. Si les résultats ont jusqu'ici bien résisté c'est grâce à leur pricing power, mais la décélération de l'inflation risque d'aboutir à l'effet inverse. Et on constate que les gains de productivité commencent à diminuer et que, donc, la profitabilité est menacée. Autre risque, le fait que les banques centrales n'aient pas terminé le travail en termes de liquidité... Cela crée un environnement de marché propice à l'hyper spéculation, dû à l'assèchement progressif de la classe d'actif obligataire.

Boursier.com : Anticipez-vous le pivot de la Fed et une baisse des taux en fin d'année ?

V. R-F. : Ce n'est pas seulement la baisse de l'inflation qui permettra à la Fed de baisser les taux d'intérêt. Il faudra des éléments supplémentaires, concernant par exemple le niveau de chômage. On tenait presque ce moment il y a deux mois, mais on s'en est désormais écarté. En cas de croissance résiliente et de maintien du taux de chômage à son niveau présent, la FED poursuivra ses hausses de taux jusqu'à ce que les taux réels reviennent vers la neutralité. Il faut en outre avoir à l'esprit que durant certaines périodes, inflationnistes, la Fed a mis plus de temps avant de changer son fusil d'épaule...

Boursier.com : Est-il encore temps de rentrer sur les actions ?

V. R-F. : Il fallait oser entrer sur le marché plus tôt et notamment en novembre lorsque la perspective d'un pivot de la politique monétaire de la Fed s'est dessiné... Aujourd'hui, il est peut-être trop tard pour prendre position, le potentiel de progression me semble limité à 5-10% pour le marché français et les valeurs cycliques ont clairement largement surperformé. De plus, les indices américains envoient des messages assez négatifs. Une baisse supplémentaire de 20% du Nasdaq n'aurait rien d'incongru car un ajustement additionnel par rapport à l'évolution des taux d'intérêt n'est pas impossible.

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