Thierry Le Clerc, Gérant Actions Senior chez Mandarine Gestion

Thierry Le Clerc Gérant Actions Senior chez Mandarine Gestion

Axa, JC Decaux, Bouygues...
Thierry Le Clerc, Gérant Actions Senior chez Mandarine Gestion

Boursier.com : Alors que les marchés sont chahutés, êtes-vous d'avis qu'il faut saisir des opportunités sur des titres bradés, ou bien est-il préférable de rester à l'écart de la baisse qui pourrait se poursuivre ?

T.L C. : 2019 sera une année de fin de cycle économique et boursier aux USA et par construction aussi sur le Vieux Continent. Même si les cycles ne sont pas les mêmes des deux côtés de l'Atlantique les USA sont en avance de 4 ans sur nous, si le marché des actions est baissier aux USA, il le sera aussi en Europe. Qu'on le veuille ou non, les USA donnent le la à planète finance. Les années de Bear Market sont à posteriori des périodes favorables pour investir sur les marchés. La question est ensuite une question personnelle : " vais-je supporter la volatilité ? " ou dis autrement " est-ce que je peux accepter de voir mon investissement fondre de 10 ou 15% en quelques mois ? ". Si c'est le cas, et comme nous le préconisons chez Mandarine, il me semble alors pertinent de mettre en place un programme d'investissement régulier sur les actions pour les prochains trimestres. Personne ne maîtrise le market timing, par contre, investir avec méthode pour les 5 prochaines années sur la classe d'actif la plus performante sur le long terme dans un creux de marché, (comme les actions en connaissent tous les 8-10 ans) me semble une option raisonnable.

Boursier.com : Ne faut-il vraiment pas profiter de l'effondrement de certains titres ?

T.L C. : Si un titre baisse, c'est qu'il y a des bonnes raisons... Je ne pars pas du principe qu'il faut se jeter sur les titres qui ont le plus baissé. Par exemple, les équipementiers automobiles affichent aujourd'hui des valorisations hyper attractives, mais si on se projette à 6 mois, on comprend que le contexte s'annonce très difficile. Plusieurs d'entre eux ont émis des profit warning, certains se mettent même en configuration de crise. Et lorsqu'ils communiqueront au marché, en début d'année prochaine, on peut aisément imaginer qu'ils seront particulièrement prudents, au moins pour se laisser des marges de manoeuvre pour 2019. Le climat s'annonce donc morose pour les équipementiers automobiles et il n'y a pas d'urgence à se positionner particulièrement dessus.

Boursier.com : Quels titres sont malgré tout dignes d'intérêt aujourd'hui ?

T.L C. : Des titres comme Axa, JC Decaux, Bouygues... Pour les deux dernières, il s'agit de valeurs dont l'actionnariat est largement détenu par la famille. Dans les périodes d'incertitudes, ces dernières résistent mieux, en raison des vertus du management familial, de leur discipline en matière de M&A, de leur capacité à entrer en cycle économique défavorable avec une situation financière saine, de leur vision à long terme, et donc de leur stabilité actionnariale forte.

Boursier.com : Quel est l'argumentaire d'achat sur le titre Bouygues?

T.L C. : La Trésorerie générée est toujours importante, le rendement du free-cash-flow est de près de 9% cette année et attendu aussi à ce niveau en 2019. Ce qui sécurise le dividende. Le titre affiche un rendement de plus de 5%. Sur la partie Télécoms, l'analyse du marché nous montre que le concurrent Altice est toujours très endetté et attaque une période de ralentissement économique avec un bilan très dégradé. On peut percevoir leur agressivité commerciale comme un chant du cygne... Ils ont regagné des clients, mais au prix de marges dégradées. Un scénario possible serait le rachat d'une partie de SFR par Bouygues Télécom qui affiche aujourd'hui 12% de parts de marché dans le mobile et bientôt dans le fixe. Par ailleurs, on attend les deux rentrées exceptionnelles de cash dans le cadre de la participation de 29% dans Alstom : un dividende exceptionnel de 4 Euros par action si l'opération avec Siemens Mobility se réalise, soit 250 ME pour Bouygues, ainsi que la soulte à verser par GE pour les activités de turbines, soit 250 ME supplémentaires au premier semestre 2019. Bouygues pourrait à son tour reverser un dividende exceptionnel suite à ces rentrées de cash.

Boursier.com : Le profit warning et notamment son timing, quelques jours après une journée investisseurs, a tout de même fortement déçu de la part de Bouygues.

T.L C. : Le moment était effectivement très mal choisi, mais je pense que le pire est passé : les causes des problèmes sont identifiées et cernées, le problème résolu. Bouygues a effectivement dû inscrire des pertes sur des chantiers en Grande Bretagne. Mais Bouygues se positionne désormais sur des chantiers techniques à forte valeur ajoutée avec de meilleures marges. Au-delà, l'ensemble de la construction génère toujours des marges pour Bouygues et sa filiale Colas, qui a connu quelques soucis sur le ferroviaire, 9% du chiffre d'affaires, continue malgré tout à très bien se tenir.

Boursier.com : Quid d'Axa ?

T.L C. : Avec une année 2019 vraisemblablement difficile pour les marchés, les dividendes seront clairement un parachute. 5 à 6% de rendement pour certains titres comme Axa, c'est plus qu'intéressant. Ceci dit, il ne faut pas acheter un titre uniquement pour le dividende. Un rendement élevé témoigne très souvent d'un scepticisme du marché sur la durabilité et la soutenabilité du dividende. Il faut donc sélectionner les dossiers en capacité de les maintenir. Axa en fait partie, avec des fondamentaux très solides. Le nouveau DG se place dans une vision long terme pertinente, en diminuant l'exposition d'Axa au risque, notamment de marché. Cela passe par une réduction de la dette et un positionnement sur les métiers plus techniques, de l'assurance non-vie. C'est exactement le sens de l'acquisition de XL dans le grand dommage et la réassurance et de la sortie de la filiale américaine AEH introduite en Bourse au bon moment.

Boursier.com : Avez-vous souffert de la chute des petites et moyennes capitalisations ?

T.L C. : Les small et midcaps françaises de qualité ont particulièrement souffert : Solutions 30, Sartorius Stedim Biotech, Ubisoft, Trigano, Soitec.... On a assisté à de nombreux rachats de la part d'investisseurs particuliers, en importantes plus-value, ce qui a entraîné des ventes de la part de gérants. En deux mois seulement, entre 600 et 700 ME sont sortis de cette classe d'actifs. A comparer à environ 1,7 Milliard de flux accumulés en 2017.

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