Stéphane Déo, Stratégiste chez LBPAM

Stéphane Déo Stratégiste chez LBPAM

Je ne crois pas à une escalade des tensions entre la Chine et les Etats-Unis
Stéphane Déo, Stratégiste chez LBPAM

Boursier.com : Quel est le poids de la BCE dans les dettes publiques ?

S.D. : La BCE détient environ 25% du stock de dette souveraine en zone Euro. Mais ce poids varie sensiblement d'un pays à l'autre dans la mesure où les achats dépendent du poids de chaque pays au capital de la BCE. Aujourd'hui, le Quantitative Easing est terminé en Europe mais les liquidités perçues par la BCE avec les tombées sont réinvesties sur de nouvelles émissions.

Boursier.com : Quelles sont les conséquences de ces achats ?

S.D : Rappelons que le Quantitative Easing a été mis en place au niveau local, la Banque de France a acheté des OAT, la Bundesbank des Bunds... Avec les profits générés par les intérêts, ces banques versent au trésor de leur pays un dividende. Ainsi, le poids des intérêts payés par l'Etat sur sa dette s'en trouve amoindri.

Boursier.com : Comment évolue l'endettement public en Europe ?

S.D. : Au niveau européen, le poids de la dette publique par rapport au PIB tend aujourd'hui à diminuer lentement. On pourrait assister à un effet boule de neige dans la mesure où la réduction de la dette conduit à une baisse des taux et à une diminution des déficits. Un chemin favorable est enclenché même si la situation en Italie est à surveiller de près. Dans ce pays, la dette par rapport au PIB devrait progresser cette année

Boursier.com : Les effets de la baisse des taux sont-ils importants ?

S.D. : Dans les années 90, alors que les taux se situaient autour de 10%, il n'était pas possible d'être très endetté car les remboursements devenaient vite insupportables. Dès lors que les taux sont bas, on peut emprunter des sommes autrement plus importantes sur une durée plus longue.

Boursier.com : Un retour de l'inflation serait-il une bonne nouvelle ?

S.D. : Si l'inflation augmente, les taux des nouvelles émissions de dette progressent et mais les impôts progressent aussi en particulier les recettes de TVA... Depuis plus d'une décennie, le poids des remboursements de la dette souveraine par rapport aux revenus de l'Etat a diminué ce qui constitue une bonne nouvelle.

Boursier.com : Pourquoi l'inflation demeure-t-elle peu élevée ?

S.D. : Il s'agit d'une sorte de mystère à la fois pour les banquiers centraux et pour les économistes. Les éléments d'explication sont toutefois nombreux. L'ubérisation provoque une pression sur les prix, la globalisation conduit à importer des produits peu onéreux, le marché du travail est plus souple, la productivité est plus élevée...

Boursier.com : Une crise financière en Italie est-elle probable ?

S.D. : Ce n'est pas un scénario probable mais il existe néanmoins. Dans ce cas de figure, on pourrait avoir des transferts de capitaux ou une mise sous tutelle du pays. Notons que les deux tiers de la dette italienne sont détenus par des italiens, le gouvernement du pays n'a donc aucun intérêt à chercher un affrontement avec la Commission Européenne ou la BCE. Par ailleurs la situation est moins noire qu'on ne le dit parfois, l'Italie affiche une balance commerciale excédentaire et une balance des paiements en surplus. Depuis 1999, l'Italie affiche le surplus primaire le plus élevé en Europe après la Belgique...

Boursier.com : Que pensez-vous de la guerre commerciale ?

S.D. : Donald Trump veut être réélu. La guerre commerciale ne doit donc pas être contre-productive pour l'économie américaine. Je ne crois pas à une escalade des tensions entre la Chine et les Etats-Unis.

Boursier.com : Quel votre principal sujet d'inquiétude ?

S.D. : Le marché du crédit aux Etats-Unis est fragile. En cas de détérioration de la situation économique, il peut faire office de caisse de résonance alors que l'effet de levier est élevé, que les émissions sont de moins bonne qualité, que la liquidité est insuffisante...

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