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Sébastien Korchia, Directeur Gestion Action chez UBS La Maison de Gestion

Sébastien Korchia Directeur Gestion Action chez UBS La Maison de Gestion

Les dossiers dits "value" sont attractifs !
Sébastien Korchia, Directeur Gestion Action chez UBS La Maison de Gestion

Boursier.com : Comment expliquez-vous que les valeurs de croissance se situent sur des sommets alors que les dossiers dits " value " sont toujours délaissés ?

S.K. : La progression des valeurs de croissance est intimement corrélée à la baisse des taux longs. Cette relation est connue de longue date... Depuis la fin 2018, on évoque un nouvel assouplissement monétaire de la part de la FED et de la BCE ce qui conduit les investisseurs à renforcer la thématique valeurs de croissance dans leurs portefeuilles. On en veut pour illustration le parcours des GAFA aux Etats-Unis et l'appréciation du secteur du luxe en Europe. La hausse des indices boursiers est dopée par les grandes banques centrales. On accorde aux valeurs les plus sécurisantes des multiples situés très au-delà de leur moyenne historique... A l'opposé les marchés ignorent les valeurs cycliques, bancaires et value censées pouvoir profiter des politiques de soutient ou de relance de l'économie.

Boursier.com : Cette situation est-elle dangereuse ?

S.K. : On se pose aujourd'hui très peu la question de la valorisation des valeurs de croissance. La politique menée par les banques centrales engendre une distorsion massive de l'ensemble des classes d'actifs. Avec la généralisation des taux négatifs, la notion de risque est très mal prise en compte. Les taux d'intérêt actuels ne rémunèrent plus ni le risque ni le temps alors que c'est normalement leur raison d'être... On en arrive à des situations aberrantes où une société classée high yield parvient à émettre de la dette avec un taux négatif. Or, une valeur high yield est endettée avec un profil de risque marqué...

Boursier.com : Les taux négatifs ont des effets induits sur l'or...

S.K. : Un des effets papillon des taux négatifs est la progression des cours de l'or. L'inflation demeure pourtant très faible... Mais le fait que l'or ne rapporte rien est devenu un avantage (contre un inconvénient auparavant) à l'heure où un placement en obligations souveraines est désormais coûteux.

Boursier.com : Un retournement sur les marchés est-il proche ?

S.K. : Un vieil adage boursier dit qu'il ne faut pas se mettre en face des banques centrales. La partie est en effet perdue d'avance... Une baisse des marchés pourrait provenir d'un choc exogène d'ordre géopolitique. Pour l'heure, la situation est très favorable pour les marchés financiers avec une croissance économique mondiale encore robuste, l'absence d'inflation et des taux bas. Le moteur le plus fragile de ce triptyque est ici la croissance. En effet, la progression de l'activité continue de ralentir en Chine, l'économie européenne est affectée par le ralentissement industriel en Allemagne, sensible aux fragilités politiques en Italie et bien sûr toujours en risque face à l'inconnue le Brexit...

Boursier.com : Quelle attitude le petit porteur doit-il adopter ?

S.K. : Il ne faut pas tomber dans le piège de la bipolarisation actuelle. L'écart de valorisation entre les sociétés de croissance et la value se situe sur un plus haut depuis 2000... Dans ces conditions, on se doit d'avoir un portefeuille équilibré. Dans une approche risque rendement, le potentiel d'appréciation additionnelle des valeurs de croissance apparaît limité. En revanche, les dossiers dits value sont attractifs selon le couple risque rendement. En adoptant ce comportement, il convient néanmoins d'être relativement patient car une nouvelle baisse des taux pourrait continuer de doper les valeurs de croissance mais serait également le marqueur d'une économie qui peine à se redresser.

Boursier.com : Quels sont les titres que vous recommandez ?

S.K. : Certaines sociétés en phase de transformation sont attractives. Elles sont en train de revoir leur modèle pour proposer à leurs clients des solutions plus efficaces. Une valeur comme Europcar entre dans cette catégorie de même qu'Ipsos qui affiche un PE de 7 avec un rendement de 4% et un capital éclaté. J'apprécie aussi TF1 qui a désormais bien pris la mesure de son nouveau paysage concurrentiel. Alors que Carrefour est en train de se réinventer, cette valeur est intéressante.

Boursier.com : Les small caps sont en retard, que préconisez-vous ?

S.K. : Avec la concentration des flux sur les grandes valeurs, les petites valeurs sous-performent tant en Europe qu'aux Etats-Unis. Il convient d'investir avec le même esprit d'équilibre thématique mais avec un peu plus de retenue sur ce compartiment de la cote car la faiblesse de flux acheteurs peut laisser perdurer plus longtemps que sur les grandes valeurs des situations de sous-valorisation Une histoire spécifique comme La Française de l'Energie est toutefois intéressante avec des concessions d'exploitation de gaz signées sur de longues durées. J'apprécie aussi Séché Environnement qui a désormais pris le virage de l'international, Aurea qui évolue sur le segment porteur du recyclage et Ventes-Uniques qui vient d'étendre son site logistique dans l'Oise.

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