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Romain Boscher, Responsable mondial des investissements en actions de Fidelity International

Romain Boscher Responsable mondial des investissements en actions de Fidelity International

Un seul facteur a supplanté tous les autres : la qualité!
Romain Boscher, Responsable mondial des investissements en actions de Fidelity International

Boursier.com : Quelle analyse faites-vous de la récession dans laquelle l'économie mondiale est plongée ?

R.B. : Une récession " cyclique " n'a pas le même profil qu'une récession " événementielle " provoquée, comme celle que nous vivons. Mauvaise nouvelle : cette dernière est plus brutale. Bonne nouvelle : elle est généralement plus courte. La toile de fond économique a donc pris un tournant assez brutal et il va falloir continuer à penser l'impensable.
Mais cela peut-être pour le pire comme pour le meilleur... Le sinistre sanitaire n'aboutira pas à un nombre de morts excessif en comparaison des référentiels connus en la matière à savoir les désastres sanitaires précédents observés dans l'Histoire (l'épidémie de grippe espagnole de 1918 par exemple). De plus, cette fois-ci il touche peu la population active.

Boursier.com : Les marchés ont évolué de façon particulièrement erratique...

R.B. : L'entrée en marché baissier, soit plus de 20% de baisse pour le S&P 500, a été réalisée en 21 séances de bourse seulement. Du jamais vu ! Même lors de la crise boursière historique de 1929, il a fallu deux fois plus de temps pour entrer en " bear market ". Mais la suite a aussi été hors norme, avec un rebond de 47% du S&P 500 en 40 séances. La secousse a été brutale dans les deux sens.

Boursier.com : Quels éléments favorables décelez-vous dans le marché actuel ?

R.B. : D'un point de vue technique, les particuliers ont alimenté les flux acheteurs sur le marché. Prenant ainsi le relais des entreprises qui ont drastiquement coupé leurs rachats d'actions. Signal très positif également, les " insiders ", dirigeants d'entreprises cotées, ont aussi fait le choix de profiter de la faiblesse des cours pour se renforcer sur les titres des entreprises qu'ils dirigent. Et ceci, dans un contexte de politiques monétaires particulièrement accommodantes de la part des banques centrales, y compris via le fameux " Helicopter money " devenu bel et bien une réalité à Hong Kong, au Japon, en Thaïlande, aux Etats-Unis, etc.

Boursier.com : De nombreuses entreprises demeurent toutefois dans le flou...

R.B. : Les " guidances " des entreprises cotées se font de plus en plus rares ! Alors qu'environ une entreprise sur deux communiquait sur leurs perspectives de croissance avant la crise, elles ne sont plus qu'un quart à publier des prévisions. Nous sommes donc entrés dans un monde, bouleversé par un tsunami économique, dans lequel nous devons bâtir nos propres hypothèses sans indication... C'est sans précédent. A ce titre, un retour au niveau des résultats de 2019 ne devrait pas être constaté avant 2022...

Boursier.com : Les séquences de chute puis de rebond ont une nouvelle fois prouvé que ce sont les valeurs de croissance qui se sont le mieux comporté...

R.B. : Un seul facteur a supplanté tous les autres : la qualité. Quelle est la solidité du bilan de l'entreprise ? Ce fût la seule question qui a suscité des arbitrages sur les marchés. Les valeurs les moins endettées se sont le mieux comportées. Les petites et moyennes capitalisations ont davantage souffert car elles sont souvent plus endettées que les grandes. Il en va de même pour les valeurs de croissance, peu endettées. Le rallye observé est donc avant tout un rallye sur les "valeurs de qualité". La préoccupation réside désormais dans l'étroitesse de ce marché à la hausse. Il faut rester prudent au regard des valeurs technologiques, bien que la surperformance de ces dernières se fonde sur deux éléments sains : une dynamique bénéficiaire positive et des bilans sains. Ces éléments soutiennent notre préférence pour une approche centrée sur la Qualité et l'intégration extra-financière, au-delà de l'éternel débat Value vs Growth, en particulier dans un contexte de taux d'intérêt et de croissance à des niveaux extrêmement bas qui posent des risques sur les styles.

Boursier.com : Miser sur les valeurs de rendement semble désormais très aléatoire...

R.B. : Ce qui compte c'est la soutenabilité du dividende. Nous n'étions pas présents sur les valeurs bancaires et pétrolières pour cette raison : leurs coupons, très élevés, n'étaient pas tenables à terme. En revanche, les valeurs de qualité, de croissance, d'innovation qui vont continuer à attirer les capitaux dans ce monde de taux " 0 ", sont en mesure d'assurer un dividende soutenable.

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