Philippe Alter, Président d'Investeam

Philippe Alter Président d'Investeam

La question est de savoir jusqu'où cette baisse peut aller...
Philippe Alter, Président d'Investeam

Boursier.com : Quelle est votre analyse des secousses qui animent les marchés actuellement ?

P.A. : Les marchés sont pris dans un effet ciseaux avec d'une part un ralentissement plus élevé que prévu de la croissance mondiale et d'autre part une politique moins accommodante de la part des banques centrales. Même si l'activité continue à être soutenue aux Etats-Unis, le fléchissement de la croissance se matérialise en Chine et en Europe. Et en parallèle, les banques centrales commencent à mettre un terme à leur politique monétaire accommodante, en remontant les taux d'intérêt pour la FED aux Etats-Unis et en arrêtant les achats d'actifs en fin d'année pour la BCE en zone Euro. Dans ce contexte où croissance et liquidités diminuent, les marchés réagissent logiquement à la baisse. La question est de savoir jusqu'où cette baisse peut aller...

Boursier.com : Et votre opinion sur le sujet... ?

P.A. : Il n'y a pas de signe annonciateur d'une crise grave pour le moment, avec des prévisions de croissance très honorables pour 2019. D'autre part, la hausse des taux n'est pas dramatique pour le moment et on peut s'attendre à ce que les banques centrales soient prudentes, justement à cause du ralentissement économique. En revanche, le risque est celui d'une prophétie auto-réalisatrice et que la baisse des marchés entraine un ralentissement économique qui justifie la baisse des marchés, etc... Cela étant dit, il n'est pas non plus anormal que les marchés reculent un peu après plusieurs années de progression !

Boursier.com : La croissance en zone Euro ne donne-t-elle pas des signes de faiblesse ?

P.A. : Les consensus de prévision de croissance de bénéfices demeurent positifs. Même en Allemagne où la croissance est ressortie négative à -0,2% au troisième trimestre, les prévisions de croissance n'ont pas été radicalement révisées à la baisse pour 2019, et se situent autour de 1,6%. On n'est pas dans une récession comparable à celle qui a suivi la dernière crise financière et le consensus n'anticipe pas pour autant un ralentissement trop fort des bénéfices l'an prochain.

Boursier.com : Comment interprétez-vous le fort recul des petites et moyennes capitalisations ?

P.A. : Les valeurs de croissance ont largement surperformé le marché et ce, pendant une longue période. Logiquement, la moindre crainte concernant la progression des résultats a un impact très fort sur les valorisations. Les petites et moyennes capitalisations ont souffert de rotations de valeurs passant de la croissance à la " value ". Mais le phénomène a touché toutes les valeurs de croissance, y compris celles parmi les " grandes capitalisations " qui ont souffert, pour les mêmes raisons, que ce soit les valeurs du luxe ou les technologiques. C'est un ajustement assez compréhensible...

Boursier.com : Les sociétés de gestion pour lesquelles vous travaillez commencent-elles à souffrir de retraits ?

P.A. : On ne constate pas de retraits hormis sur les fonds de petites valeurs, ce qui contribue à précipiter la baisse, ces dernières sociétés étant moins liquides. Plus globalement, les sociétés nord-américaines pour lesquelles nous travaillons, comme ASG pour les taux ou AGF American Growth Fund sur les actions, sont assez positives concernant les Etats-Unis et pensent que les marchés actions devraient bien se comporter en 2019 ou que les primes de risque, qui se sont accrues avec la baisse des marchés d'actions, devraient se réduire l'an prochain sur les marchés de taux. La situation économique de l'Europe est moins favorable même si elle bénéficie de valorisations moins élevées.

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