Peter Westaway, Chef économiste et Responsable de la stratégie d'investissement de Vanguard en Europe

Peter Westaway Chef économiste et Responsable de la stratégie d'investissement de Vanguard en Europe

Les actions de la zone Euro sont parmi les plus sous-évaluées, mais...
Peter Westaway, Chef économiste et Responsable de la stratégie d'investissement de Vanguard en Europe

Boursier.com : Vous tablez sur seulement 1% de croissance aux Etats-Unis et en zone Euro en 2020. Cela semble peu... Pourquoi ?

P.W. : Les prévisions de Vanguard concernant la faible croissance américaine en 2020 (1 % en glissement annuel entre le 4ème 2019 et le 4ème trimestre 2020, 1,4 % en termes de croissance annualisée) reposent sur notre perception d'un niveau élevé d'incertitudes. Cela tient à la fois aux progrès limités des négociations commerciales et, plus généralement, à l'imprévisibilité des politiques. Cette incertitude incite les entreprises à réduire leur production et à reporter leurs dépenses d'investissement. Une série d'indicateurs, notamment la pente de la courbe des taux, suggèrent que les risques d'une récession généralisée aux États-Unis sont élevés, mais ce n'est pas notre scenario de base pour le moment. En effet, une comparaison de l'évolution des dépenses des entreprises et des ménages aujourd'hui avec les épisodes précédents de forts ralentissements confirme notre opinion selon laquelle les risques de récession sont plus élevés que la normale. C'est pourquoi, nous prévoyons d'autres réductions de taux de la part de la Fed de 25 à 50 points de base l'an prochain.
La zone euro est affectée par un grand nombre des mêmes facteurs que les États-Unis, en particulier l'Allemagne, qui est plus exposée au cycle industriel mondial. Ainsi, nous nous attendons à une croissance d'une ampleur similaire à celle des États-Unis, c'est-à-dire autour de 1 % pour 2020, bien que cela représente un déficit de croissance moindre qu'aux États-Unis. Un autre facteur qui pèse sur la croissance est l'incertitude relative au Brexit, qui peut avoir un effet négatif sur les entreprises engagées dans le commerce avec le Royaume-Uni. En conséquence, la politique monétaire de la BCE devrait rester très accommodante et, bien que de nouvelles baisses de taux ne fassent pas partie de notre scenario de base, les probabilités sont orientées vers la nécessité pour la BCE d'en faire davantage. Nous sommes sceptiques quant au fait que la politique budgétaire sera déployée dans une large mesure pour atténuer la faiblesse des perspectives.

Boursier.com : Un accord Chine/Etats-Unis sur le front du conflit commercial ne serait-il pas susceptible de faire repartir le commerce mondial qui pour certains, a atteint un point bas... ?

P.W. : Il est possible qu'une partie de l'incertitude liée au commerce puisse être dissipée par un accord commercial entre les États-Unis et la Chine. Mais, au delà des effets de manche, il semble peu probable que les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine entraînent un recul de tous les tarifs douaniers qui ont été augmentés jusqu'à présent et, plus généralement, le contexte de tension géopolitique entre les deux pays risque de rendre très faible la probabilité d'un accord commercial multilatéral visant à stimuler la croissance.

Boursier.com : Selon vous, les taux d'intérêt devraient demeurer très bas plusieurs années encore. Pourquoi ?

P.W. : L'un des principaux risques à la baisse pour la zone euro et les États-Unis est de savoir si le ralentissement du secteur industriel de l'économie se propagera à l'ensemble du secteur des services. Nous estimons, notamment sur la base de notre analyse des cycles économiques précédents, que cette propagation serait relativement inhabituelle. En effet, la plupart des ralentissements mondiaux importants des dernières décennies ont été déclenchés par un resserrement monétaire excessif ou par l'effondrement de marchés du crédit en surchauffe. Le contexte actuel semble être d'une nature différente. Par conséquent, nous nous attendons à ce que le ralentissement de la croissance soit peu prononcé, mais persistant, en raison de la nature prolongée du choc d'incertitude qui imprègne l'économie mondiale.

Boursier.com : Les marchés actions signent des records historiques mais affichent toujours des rendements élevés par rapport aux autres actifs. La logique voudrait de les privilégier encore...

P.W. : Compte tenu de ces perspectives, les banques centrales devront rester accommodantes pendant un certain temps, en raison de la persistance du choc de demande négative. En outre, il est clair que le niveau dit d'équilibre des taux d'intérêt mondiaux, c'est-à-dire le niveau auquel les taux directeurs finiront par se fixer, est beaucoup plus bas que par le passé. Cela s'explique principalement par un potentiel de croissance de la production plus faible, en raison de facteurs démographiques et d'un ralentissement de la croissance de la productivité. Une plus grande incertitude généralisée est également susceptible d'exercer une pression à la baisse sur les taux d'intérêt, puisque des taux plus bas permettraient de générer les économies nécessaires au financement de l'économie mondiale.

Boursier.com : Quelle zone géographique vous apparait comme ayant le plus de potentiel sur le Marché actions en 2020 ?

P.W. : Si l'on examine les répercussions de cet environnement macroéconomique sur les rendements des actifs, le message clé est que les rendements attendus semblent particulièrement faibles par rapport aux rendements enregistrés depuis la crise financière. Ainsi, pour les investisseurs libellés en euros, notre prévision médiane est qu'ils réaliseront un rendement compris entre 0 et 1 % sur les obligations " investment grade ", entre 4,5 et 6,5 % sur les actions de la zone euro et entre 2,5 et 4,5 % sur les marchés boursiers hors zone euro. Selon nos calculs, les actions de la zone euro sont parmi les plus sous-évaluées, ce qui explique leur surperformance attendue, mais cette surperformance ne se manifestera pas nécessairement à court terme. Ainsi, un portefeuille diversifié d'actifs locaux et mondiaux demeure toujours approprié pour les investisseurs. Comme toujours, la prime de risque sur actions implique que ces dernières devraient dégager des rendements plus élevés à long terme que les titres à revenu fixe, mais les obligations, en dépit d'un rendement attendu faible, ont toujours un rôle à jouer pour atténuer la volatilité et faire contrepoids aux actions en période de volatilité des marchés. Ainsi, l'équilibre approprié entre les actions et les obligations dépendra de l'appétit pour le risque de l'investisseur et de son horizon d'investissement.

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