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Peter Van de Welle, Stratégiste chez Robeco

Peter Van de Welle Stratégiste chez Robeco

Un rebond des marchés est probable
Peter Van de Welle, Stratégiste chez Robeco

Boursier.com : La baisse des cours du pétrole est-elle une bonne nouvelle pour l'économie mondiale ?

P.W. : Oui... La stratégie de production de l'OPEP déclenche un transfert massif de richesse des pays exportateurs de pétrole vers les pays importateurs de pétrole. Ce changement n'est pas un jeu à somme nulle, à savoir que le bénéfice des pays importateurs de pétrole serait équivalent à la charge des pays exportateurs de pétrole. En regardant l'histoire, une baisse significative des prix du pétrole a un impact net positif pour l'économie mondiale... L'essentiel est que la volonté marginale à dépenser un Dollar économisé à la station d'essence par les pays importateurs de pétrole est plus élevée que l'impact négatif sur les dépenses d'un Dollar perdu par les pays exportateurs de pétrole. Cependant, cet effet sur l'activité économique est visible assez longtemps après la chute des cours du pétrole, car il faut du temps pour ajuster le comportement des consommateurs à un monde caractérisé par la faiblesse des prix de l'or noir. On peut estimer qu'il faut attendre 18 mois pour bénéficier pleinement du reflux des cours... La difficulté à estimer l'effet décalé d'un prix du pétrole plus bas sur les consommateurs de pétrole explique également l'asymétrie actuelle sur le marché. Le marché financier actualise immédiatement l'impact négatif pour les producteurs de pétrole, mais l'actualisation des avantages à long terme pour les consommateurs est beaucoup plus difficile...

Boursier.com : Craignez-vous une récession aux Etats-Unis ?

P.W. : Il y a des motifs de préoccupation, mais pas de risque de récession immédiate... Nous nous attendions à ce que la volatilité des places financières se poursuive cette année... En regardant les dernières données macroéconomiques, le marché du pétrole n'est pas équilibré, la force du Dollar nuit à l'activité des sociétés américaines, les marchés émergents sont confrontés à plusieurs vents contraires... Il existe de nombreux facteurs à l'oeuvre poussant le sentiment des investisseurs à des niveaux très bas et contribuant à augmenter la volatilité du marché. L'indice ISM non-manufacturier est tombé à son plus bas niveau depuis février 2014. Le fait qu'il n'y a pas de découplage entre le secteur des services et l'évolution du secteur de l'énergie constitue un motif de préoccupation. En regardant l'indicateur de récession le plus fiable, soit la courbe de rendement, on peut être tout à fait confiant que la récession aux États-Unis n'est pas d'actualité. Le rendement des obligations à 1 an n'est pas au-dessus du rendement des obligations à 10 ans... Cette courbe de rendement s'est avérée exacte sur les 58 dernières années pour évaluer l'approche d'une récession ! Attention tout de même, car la baisse des marchés actions pourrait avoir un effet négatif sur l'économie réelle...

Boursier.com : La valorisation des actions américaines est-elle encore trop élevée selon vous ?

P.W. : Les actions américaines ne semblent pas surévaluées... Les multiples sont très éloignés des niveaux atteints lors de bulle des années 1999/2000, de sorte que nous ne sommes pas dans un environnement d'exubérance irrationnelle. En effet, le marché a appris des crises passées et il est tout à fait conscient des risques systémiques... Un retour à la moyenne dans l'évaluation des sociétés américaines est susceptible de se produire lors des prochaines années. La période marquée par une appréciation des cours supérieure à la croissance des bénéfices est maintenant derrière nous. La Fed est désormais en mode resserrement monétaire et la croissance des résultats est à nouveau centrale. Cet environnement va probablement se traduire par des rendements plus faibles sur le S&P lors des prochaines années, d'autant plus que les marges des entreprises pourraient diminuer avec une hausse plus forte des salaires, une remontée des taux d'intérêt et une reprise des investissements... Le marché américain n'a pas complètement pris en compte cette perspective.

Boursier.com : Misez-vous sur une appréciation des marchés européens sur 2016 ?

P.W. : Nous restons optimistes sur l'Europe, et un rebond des marchés est probable... Du point de vue de l'évaluation, les marchés européens ne sont pas chers par rapport à leur propre histoire et par rapport aux États-Unis. D'un point de vue macroéconomique, les marges des entreprises européennes devraient progresser à l'avenir. Les taux d'intérêt sont susceptibles de rester relativement faibles. La hausse des salaires reste atone... Les prix à la production ont diminué de façon significative l'année dernière et ils devraient contribuer de manière positive à l'expansion des marges. Le consommateur européen commence à profiter de la faiblesse des prix du pétrole... La menace sur les actions européennes est plus de nature politique. Avec un accord raisonnable entre la Grande-Bretagne et l'UE maintenant apparemment en place, les risques liés au Brexit pourraient reculer. Mais la crise des réfugiés, la menace du terrorisme, la difficulté de l'Espagne à former un gouvernement font que les investisseurs exigent une compensation pour la prise de risque des actions en Europe. Cela signifie que les rendements des actions doivent venir non pas tant par l'appréciation des prix, mais d'une plus forte croissance des résultats. Les analystes tablent sur une hausse de 4,8% des bénéfices sur 2016 en Europe. Ce scénario est en ligne avec une croissance du PIB en Europe de 1,75% sur l'année en cours...

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