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Olivier Raingeard, Directeur des investissements de Neuflize OBC

Olivier Raingeard Directeur des investissements de Neuflize OBC

La valorisation actuelle des marchés n'offre pas de coussin de sécurité
Olivier Raingeard, Directeur des investissements de Neuflize OBC

Boursier.com : Quelles sont vos prévisions économiques ?

O.R. : Nous prévoyons cette année un PIB dans la zone Euro à -6,9% et aux Etats-Unis à -4,8%. En 2021, nous misons sur une croissance de +3,2% pour la zone Euro et de +3,4% aux Etats-Unis. Nous écartons donc le scénario d'une reprise en V.

Boursier.com : Quels sont les dégâts de cette crise sanitaire ?

O.R. : La réponse apportée à cette crise par les autorités politiques et monétaires n'est pas de même ampleur de part et d'autre de l'Atlantique. Aux Etats-Unis, le bilan de la FED a augmenté d'environ 3.000 Milliards de Dollars, ce qui correspond à environ 15% du PIB américain. En Europe, la BCE a accru la taille de son bilan de 800 Milliards d'Euros, soit 8% du PIB de la zone Euro. Par ailleurs, l'efficacité des politiques de soutien à l'économie est plus forte outre-Atlantique.

Boursier.com : Pour quelles raisons ?

O.R. : Les canaux de financement sont différents entre les deux régions. Grâces aux mesures prises par la FED, les agents économiques américains peuvent se financer à des conditions accommodantes. En Europe, le financement de l'économie est encore largement intermédié c'est-à-dire qu'il passe par les banques. Ces dernières ont tendance à durcir les conditions de crédit pour faire face à la hausse du taux de défaut. L'amélioration des conditions de financement est donc moindre qu'aux Etats-Unis...

Boursier.com : Comment voyez-vous se dessiner la reprise ?

O.R. : Même si un rebond technique est attendu sur le troisième trimestre, le redressement de l'économie mondiale risque d'être relativement long à se mettre en place. Le profil de reprise devrait être différencié selon les régions et les secteurs... On a des effets de second tour avec la hausse du chômage. La FED prévoit un taux du chômage de 9% en 2020 et de 6% en 2021, soit un niveau deux fois plus élevé qu'avant la crise. Avec des revenus moins élevés, la consommation américaine risque d'être impactée de même que les investissements...

Boursier.com : Prévoyez-vous des changements structurels ?

O.R. : Les modes de consommation évoluent car on veut moins circuler pour éviter de s'exposer au virus. La tendance à l'accélération de la technologie devrait se confirmer. Concernant la déglobalisation, il est difficile de se prononcer sur le sujet. Les Etats vont demander davantage de sécurité alimentaire ou technologique. Mais quid du consommateur qui veut plus de transparence mais qui entend aussi préserver son pouvoir d'achat... Dans ce contexte, quelle va être la réponse des entreprises ? Elles pourraient chercher à démultiplier l'outil de production afin d'être plus proche des lieux de consommation.

Boursier.com : L'Europe va-t-elle sortir renforcée de la pandémie ?

O.R. : Les fragilités structurelles de l'Europe continuent d'être présentes et de peser sur la croissance structurelle de la région. Les conditions de financement sont différenciées selon les pays. Il convient de relancer le processus de renforcement de l'Union européenne. L'Union monétaire est en place mais l'Union bancaire n'est pas encore achevée. Quant à l'Union budgétaire, elle n'est pas encore d'actualité même si on commence à évoquer des eurobonds. En harmonisant les politiques fiscales ou la réglementation, l'Europe ferait un grand pas en avant... La feuille de route est bien identifiée.

Boursier.com : Quelles sont vos préconisations d'investissement ?

O.R. : A un horizon moyen-long terme, il convient d'avoir des actions dans la mesure où la rémunération des actifs sans risque est quasi-nulle. Mais, sur les 3 à 6 prochains mois, nous conseillons de sous-pondérer les actions au vu du fort rebond qui vient d'être enregistré. La valorisation actuelle des marchés n'offre pas de coussin de sécurité en cas de mauvaises nouvelles...

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