Nannette Hechler-Fayd'herbe, Responsable Stratégie d'Investissement de Credit Suisse

Nannette Hechler-Fayd'herbe Responsable Stratégie d'Investissement de Credit Suisse

Nous croyons au final à un compromis entre la Chine et les Etats-Unis
Nannette Hechler-Fayd'herbe, Responsable Stratégie d'Investissement de Credit Suisse

Boursier.com : Plusieurs sujets de préoccupations sont venus perturber les marchés financiers dernièrement... Le dossier du Brexit constitue-t-il un sujet de préoccupation pour vous ?

N.H-F. : Cela en constitue un parmi d'autres... C'est un moment politique critique en attendant que le parlement britannique se prononce sur le projet proposé par Theresa May. En cas de "no deal", ce serait un vrai problème pour les entreprises outre-Manche et l'Europe continentale ne serait pas épargnée.

Boursier.com : Qu'en est-il du dossier italien ?

N.H-F. : Les spreads se sont écartés entre l'Italie et l'Allemagne, mais la base reste encore assez basse, en tout cas plus basse qu'avant la crise financière européenne de 2011... Les taux de refinancement sont donc encore gérables, mais il faut rester vigilant. Si les spreads s'écartent encore, c'est l'Italie qui en pâtira en premier.

Boursier.com : Quel événement vous semble être le plus pesant sur les marchés financiers actuellement ?

N.H-F. : Le bras de fer commercial entre les Etats-Unis et la Chine a de nombreuses implications et des impacts sur le reste du monde au sens large. Ce conflit concerne en effet les deux plus grosses économies mondiales ! Il faut garder à l'esprit que la Chine est le plus gros contributeur à la croissance mondiale. On a d'ailleurs bien senti l'impact du ralentissement chinois sur l'activité européenne au premier semestre par le biais de secteurs comme l'automobile par exemple... Les chiffres de l'activité chinoise au troisième trimestre sont, eux aussi, impactés malgré les dernières mesures prises par Pékin comme la redynamisation de l'octroi de crédits, des conditions monétaires plus attractives ou des incitations plus traditionnelles par les infrastructures. Il faut quand même signaler que le secteur exportateur chinois a plutôt bien résisté avec l'aide du yuan.

Boursier.com : Quelle issue anticipez-vous à ce conflit ?

N.H-F. : En cas de résolution du conflit, cela pourrait soulager les marchés. Nous observons que les indices émergents commencent à se stabiliser depuis quelques semaines. Le plus important est que les dirigeants maintiennent pour le moment le dialogue entre les Etats-Unis et la Chine, mais aussi entre les Etats-Unis et la Russie par exemple, malgré toutes les gesticulations des différents responsables politiques...

Boursier.com : Vous n'êtes donc pas alarmiste...

N.H-F. : Nous croyons au final à un compromis, ce qui empêchera les Etats-Unis d'aller jusqu'à un relèvement à hauteur de 25% des tarifs douaniers appliqués à la Chine. Cela signifie que le niveau de taxation de 10% sur la moitié des importations chinoises sera maintenu avec une meilleure sécurisation de la propriété intellectuelle qui constitue aussi un point clé des négociations du moment. On pourrait donc avoir un dénouement plutôt positif sans revenir à une "glaciation" entre les différents camps...

Boursier.com : Comment voyez-vous la Fed se comporter au-delà d'une 4ème hausse des taux annuelle qui semble probable en décembre ?

N.H-F. : Nous pensons que la banque centrale américaine va poursuivre le relèvement de ses taux directeurs par deux fois au premier semestre 2019, avant d'observer une pause pour étudier les conséquences de ce resserrement monétaire. Le stimulus fiscal est derrière nous, or il a beaucoup aidé Wall Street ces derniers mois... Le fait que le pétrole baisse fortement depuis plus d'un mois va contribuer à inciter la Fed à ne pas devenir "super restrictive". On est donc plutôt dans une zone neutre actuellement. La volatilité des cours restera un sujet en 2019, à l'image d'ailleurs de ce qui vient de se passer sur le pétrole.

Boursier.com : En termes d'allocations d'actifs, que préconisez-vous ?

N.H-F. : Pour vous répondre, il s'agit déjà d'analyser la situation économique... Globalement, les particuliers ont un accès au marché du travail assez fluide. Par ailleurs, les marchés immobiliers demeurent plutôt solides. Le second pilier de la croissance après la consommation reste l'investissement qui demeure aussi plutôt bien orienté. Enfin, malgré le climat actuel, le commerce international tient bon. A ce propos, la santé d'un pays comme la Suisse peut servir d'indicateur puisqu'un Franc Suisse sur deux est généré à l'export. Or le sentiment reste ici très positif si l'on se fie aux indices de directeurs d'achats.... La croissance mondiale devrait donc rester solide malgré certaines zones d'incertitudes.

Boursier.com : Quels sont les thèmes que vous privilégiez ?

N.H-F. : Nous recommandons une approche active et sélective sur le marché des actions, alimentée par des convictions fortes. Les entreprises qui réussiront seront celles qui sauront s'adapter aux nouveaux défis. Nous privilégions dans ce cadre plusieurs thématiques dans une perspective de placements à 5 ans. Le vieillissement de la population reste un thème central avec ses conséquences sur les secteurs de la santé, de l'assurance, de la consommation ou de l'immobilier... La technologie est un domaine qui nous intéresse fortement aussi, avec en particulier quatre grands piliers, à commencer par le 'Big Data' qui va concerner tous les secteurs économiques avec une constante : comment traiter toute l'information via l'intelligence artificielle. La réalité virtuelle est un deuxième sujet clé : Pour le moment c'est une thématique de niche (Jeux vidéo) qui va devenir "mainstream"... L'arrivée de la 5G va changer la donne selon nous. Le potentiel du marché pourrait être similaire à celui des smartphones car la réalité virtuelle se retrouvera partout, dans la santé, l'éducation, le commerce... Troisième point, la santé devra passer par plus de technologies afin de mieux maîtriser les coûts dans ce secteur en pleine évolution. Enfin, la robotique sera aussi un sujet essentiel avec les problèmes de ressources ou de formation que l'on commence à identifier en termes de main-d'oeuvre.

Boursier.com : La correction en cours du Nasdaq est-elle pour vous une consolidation nécessaire après certains excès de valorisations sur les valeurs de technologie US ?

N.H-F. : Le développement du secteur technologique n'est pas remis en cause sur le moyen/long terme, au contraire... J'insisterai cependant sur un point : la "tech" chinoise est beaucoup moins valorisée par les marchés que la "tech" américaine. Un "rebalancement" serait logique. Certains dossiers émergents pourraient donc en profiter. A noter aussi que les infrastructures restent l'un des nerfs de la guerre : par exemple, le e-commerce pèse seulement 5% du secteur de la distribution au Mexique, contre 20% en Chine, principalement en raison des différences de développement des infrastructures d'un pays à l'autre...

"

©2018-2019,

Partenaires de Boursier.com