Michel Juvet, Associé de la banque Bordier et Cie

Michel Juvet Associé de la banque Bordier et Cie

La protection des portefeuilles va être un enjeu important de l'année prochaine...
Michel Juvet, Associé de la banque Bordier et Cie

Boursier.com : La conjoncture mondiale donne-t-elle des signes de faiblesse ?

M.J. : Dans l'ensemble, le monde occidental se porte bien. La croissance est forte aux Etats-Unis, la fin de cycle a été prolongée sous l'effet des baisses d'impôts. En ce qui concerne l'Europe, l'activité économique est favorablement orientée. Du côté de la sphère émergente, si la Chine ou l'Inde affichent une croissance soutenue, certains pays vont mal à l'image de l'Argentine ou de l'Afrique du Sud. La croissance mondiale se situe toutefois sur un pic et un gros ralentissement est à prévoir en 2020...

Boursier.com : Pour quelles raisons ?

M.J. : Une fin de cycle est à prévoir aux Etats-Unis avec la montée des taux et la fin de l'impact positif provoqué par les baisses d'impôts. A compter de mi-2019, les taux courts pourraient passer au-dessus des taux longs ce qui est un signe au mieux d'une baisse des marchés actions, au pire d'une récession de l'économie. Le resserrement monétaire est une réalité alors que l'inflation est désormais bien présente. Les salaires augmentent nettement aux Etats-Unis mais aussi en Allemagne ou au Japon.

Boursier.com : Quel engrenage peut-on craindre ?

M.J. : Dans notre scénario, le 10 ans américain devrait atteindre un sommet autour de 3,5% mi-2019. Le dérapage des taux longs ne doit pas être trop accentué sinon la charge de la dette va devenir insoutenable pour les acteurs trop endettés. Dans le même temps, le prix du pétrole devrait poursuivre son mouvement d'appréciation alors que l'offre est contrainte. Cette hausse des matières premières va apporter de l'inflation dans les pays occidentaux d'autant plus que les coûts salariaux ont tendance à s'apprécier. Dans ces circonstances, on peut craindre un pincement des marges des entreprises.

Boursier.com : Quelle attitude l'investisseur doit-il adopter ?

M.J. : Il devient à nouveau intéressant de détenir des obligations dans un portefeuille compte tenu de la normalisation en cours sur les taux. Mais on doit être vigilant... Le marché du crédit risque de connaître des secousses en 2019 alors que des excès ont été commis. En outre, ces éventuelles tensions sur le crédit pourraient venir contaminer les actions... La protection des portefeuilles va être un enjeu important de l'année prochaine... On ne se dirige pas vers une crise systémique mais plutôt vers une crise de marché d'autant plus que les banques n'assurent plus la liquidité sur les obligations. Cela sera un souci dès lors que les vendeurs seront nombreux...

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