Matthieu Bailly, Directeur Général Délégué et gérant chez OCTO AM

Matthieu Bailly Directeur Général Délégué et gérant chez OCTO AM

L'Europe est en retard de 5 ans sur les Etats-Unis dans sa politique monétaire
Matthieu Bailly, Directeur Général Délégué et gérant chez OCTO AM

Boursier.com : Quelle est la conséquence de la montée des taux aux Etats-Unis ?

M.B. : Tout d'abord, la montée des taux entraîne une baisse du prix des obligations... Le manque à gagner est le plus marqué sur les obligations de longue durée, c'est le principe de la sensibilité. La hausse des taux aux Etats-Unis n'a pas forcément un impact direct sur les tous les émetteurs. Ceux qui sont en situation difficile affichent déjà des taux élevés... Plus une société est risquée, moins son prix dépend des obligations souveraines. En revanche, le lien est fort si la prime de crédit est faible. Cela signifie que la hausse des taux a des effets sur les sociétés solides...

Boursier.com : Un courant acheteur se met-il en place sur les obligations américaines ?

M.B. : Cela a du sens pour un acteur local qui n'a pas à gérer la problématique du change. En revanche, l'intérêt est beaucoup moins évident pour un investisseur européen. Si les taux américains rapportent 3%, le frais de couverture de change coûte aussi 3%... En conséquence, le rendement est nul pour un gérant en Euro.

Boursier.com : En Europe, les taux souverains demeurent très faibles. Est-ce un risque potentiel ?

M.B. : On estime que l'Europe est en retard de 5 ans sur les Etats-Unis dans sa politique monétaire, ce qui correspond globalement à un cycle... Pour l'heure, l'inflation en Europe demeure très faible, elle provient essentiellement de l'appréciation des cours des matières premières. Sur un autre plan, il est intéressant de noter que les achats d'obligations souveraines menés par la BCE ont eu pour conséquence d'augmenter le différentiel économique entre l'Allemagne et les pays périphériques. Compte tenu des clés de répartition, la BCE a en effet acheté bien plus d'obligations allemandes que celles émises par l'Italie. L'argent va vers ceux qui en ont le moins besoin...

Boursier.com : Craignez-vous la situation italienne ?

M.B. : Pour négocier dans de bonnes conditions avec l'Europe, le gouvernement italien doit montrer qu'il est prêt à tout. Une période de volatilité s'est ouverte le temps de trouver un accord... Les différentes parties autour de l'Italie n'ont pas vraiment le choix, il va falloir trouver un terrain d'entente. Aujourd'hui, nous sommes plutôt acheteurs de la dette du pays qui offre une bonne rémunération. Même si les obligations sont plus complexes que les actions en termes de leviers à actionner, elles sont finalement plus simples et plus sécurisantes. Si l'émetteur ne fait pas défaut, le capital est remboursé...

Boursier.com : Comment vos fonds se caractérisent-ils ?

M.B. : La plupart des grands fonds obligataires sont comparables à des Trackers du fait de leur gestion benchmarkée... Or, dans les indices obligataires, les entreprises les plus endettés ont le poids le plus élevé... Cette situation est absurde car on est alors très exposé aux valeurs les plus fragiles. Nous gérons essentiellement en fonction du couple rendement/risque. Nous apprécions les secteurs où les investissements sont faibles ou flexibles. Parmi les secteurs que nous aimons bien, on trouve la location, les services aux entreprises, les secteurs non cycliques... Nous favorisons également les banques systémiques car elles sont pilotées par le risque et sous surveillance très étroite de la BCE. En revanche, nous sommes à l'écart des télécoms, de la santé, de la grande distribution...

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