Accueil
»
Sicav FCP
»
Actualités
»
Interviews
»
Consultation
Marc-Antoine Collard, Chef Economiste et Responsable de la recherche économique chez Rothschild & Cie Gestion

Marc-Antoine Collard Chef Economiste et Responsable de la recherche économique chez Rothschild & Cie Gestion

À chaque réunion de la BCE, Mario Draghi devra répondre aux mêmes questions...
Marc-Antoine Collard, Chef Economiste et Responsable de la recherche économique chez Rothschild & Cie Gestion

Boursier.com : Comment jugez-vous la dernière prestation de Mario Draghi ?

M-A.C. : Je n'ai pas été surpris, dans la mesure où les messages martelés par Mario Draghi étaient attendus... Certains observateurs pensaient que la BCE évoquerait la possibilité de réduire la voilure du 'QE' ou la possibilité de modifier son rythme, mais il n'en a rien été ! L'analogie évoquée, faisant référence au marathonien qui en serait à son premier kilomètre et à qui on parlerait déjà de fin de parcours, est parlante. Mario Draghi a surtout voulu être convainquant quant à l'efficacité du programme d'assouplissement monétaire, notamment par rapport à la stabilisation -voire l'amélioration- des anticipations d'inflation. Les perspectives économiques s'améliorent et les risques entourant les projections sont davantage équilibrés, quoique pas complètement équilibrés, les risques à la baisse étant toujours prépondérant. Il faut d'ailleurs rappeler que les prévisions économiques indiquées lors de la dernière réunion prennent pour hypothèse que les programmes annoncés par la BCE au cours des derniers mois seront conduits jusqu'à leur terme. Et malgré cela, la cible d'inflation ne serait atteinte avant au mieux 2017.

Boursier.com : L'indicateur qui sera le plus suivi désormais en zone Euro, sera-t-il celui de l'inflation ?

M-AC. : Mario Draghi a dit qu'il ne communiquerait pas d'objectifs quantitatifs... Il n'y aura pas de limite chiffrée, de seuil ou de cible à atteindre, comme a pu le pratiquer la Fed ou la Banque d'Angleterre pendant un temps. La suite sera purement qualitative. En ce sens, pour les économistes, les analyses seront plus compliquées. Selon moi, les anticipations d'inflation et le taux d'inflation sous-jacent (sans alimentaire et énergie) seront à suivre, tout comme la dynamique de production du crédit bancaire.

Boursier.com : Maintenant que le 'QE' est lancé, est-ce qu'il y a vraiment des choses à attendre des rendez-vous mensuels de la BCE... ?

M-A.C. : À chaque réunion, Mario Draghi devra sans doute répondre aux mêmes questions : " la BCE trouvera- t-elle 60 MdsE d'actifs chaque mois et ne devra-t-elle pas élargir le programme à d'autres classes d'actifs ? Et deuxième question : les 60 MdsE seront-ils abaissés ; le plan se terminera-t-il en septembre 2016. Ces interrogations reviendront sans doute à chaque réunion de la BCE et dans ce contexte, les talents de communication de M. Draghi seront bien utiles.

Boursier.com : En l'occurrence quelle est votre opinion sur ces questions ?

M-A.C. : Selon moi, il est peu probable que la BCE déroge de la feuille de route annoncée...

Boursier.com : La BCE relève de 800 ME le plafond des liquidités d'urgence pour la Grèce. Cela rappelle que le sujet est toujours aussi brûlant. On a l'impression que le marché le sous-estime...

M-A.C. : La Grèce doit finaliser pour une énième fois une liste complète de réformes précises... L'adoption de cette liste par l'Eurogroupe est une condition pour que les 7,2 MdsE promis soient versés. Le gouvernement grec estime avoir des problèmes de liquidité, soulignant ainsi l'urgence de la situation, mais en laissant aussi le flou sur le montant exact des ressources dont le pays dispose. Or, jusqu'à l'été, les échéances de dette de la Grèce concernent principalement le FMI, ce qui veut dire qu'il existe une certaine marge de manoeuvre. Pour moi l'enjeu se situe en juillet prochain avec des remboursements à la BCE pour des montants importants... Cela laisse encore le temps pour trouver un terrain d'entente. Mais il est vrai que plus le temps passe, plus les caisses de l'État grec se vident et moins la marge de manoeuvre est confortable...

Boursier.com : Estimez-vous que le risque de sortie de la Grèce de la zone Euro progresse ?

M-A.C. : Si le versement des 7,2 MdsE règle l'enjeu de liquidité de court terme, la question de la soutenabilité de la dette grecque, qui atteint 177 % du PIB, reste entière. M. Tsipras sera contraint très rapidement d'engager à nouveau des pourparlers avec ses créanciers en raison de l'accélération des remboursements à partir du second semestre. En effet, la Grèce n'aura vraisemblablement pas les moyens à ce moment de se financer seule sur les marchés, sans un nouveau parapluie financier européen. En un mot, sans un 3e plan d'aide... Les négociations avec la Grèce sont ainsi loin d'être terminées et la possibilité d'un accident existe, car de part et d'autre on pourrait sous-estimer la rigidité de la partie adverse. Je considère néanmoins la probabilité de sortie "voulu" très limitée...

©2015-2020,