Julien Fauvel, Gérant du fonds Talence Epargne Utile

Julien Fauvel Gérant du fonds Talence Epargne Utile

Alten, Kaufman & Broad, Devoteam et Sartorius Stedim, bons élèves ESG
Julien Fauvel, Gérant du fonds Talence Epargne Utile

Boursier.com : Les petites et moyennes capitalisations sont-elles d'aussi bonnes élèves que les grandes valeurs en matière de critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) ?

J.F. : En matière d'ESG, il reste difficile de comparer les petites et moyennes capitalisations et les grandes capitalisations. Nous voyons plusieurs raisons à cela. Les moyens tout d'abord, qui peuvent être considérables au sein des plus grands groupes pour aborder ces sujets désormais cruciaux. Ensuite, il y a une plus grande maturité sur ces sujets au niveau des grandes capitalisations. En tant qu'analystes, il est indéniable que l'on dispose de données plus complètes sur les sujets ESG lorsque l'on s'intéresse aux grands groupes, même si ces dernières tendent du coup à devenir assez formatées. Il est intéressant de noter qu'au sein des PME ces sujets ne sont pas portés par une équipe dédiée, comme au sein des grands groupes, mais par la Direction Générale. Cela signifie que ce sont souvent le fondateur, l'actionnaire majoritaire ou le DG qui vont être moteurs et " les mains dans le cambouis " dans les progrès de l'entreprise sur les sujets E, S et G. Cela permet aux petites entreprises qui souhaitent être performantes dans ces domaines de progresser très rapidement et de combler le retard qui peut encore exister par rapport aux grandes entreprises. Du fait de ces spécificités, nous croyons que l'analyse extra-financière sur l'univers des petites et moyennes capitalisations requiert une approche spécifique. Un dialogue régulier est notamment nécessaire afin d'obtenir les données ESG sur lesquelles les entreprises ne sont pas forcément habituées à communiquer.

Boursier.com : Comment opérez-vous la sélection des valeurs?

J.F. : Les valeurs au sein du fonds Talence Epargne Utile sont sélectionnées selon une double approche. Premièrement, la notation extra-financière par EthiFinance, agence de notation spécialiste des petites et moyennes capitalisations, puis la sélection et la construction du portefeuille mise en oeuvre par Talence Gestion. Parmi l'univers des sociétés cotées à la bourse de Paris, les petites et moyennes sociétés, celles qui répondent à 2 des 3 critères à savoir moins de 5 mille collaborateurs, moins de 5 milliards de chiffre d'affaires et de total bilan, vont être notées selon un référentiel d'analyse environnemental, social, gouvernance et respect des parties prenantes. Pour 2018, le référentiel est composé de 63 critères. Sur ce panel de valeurs éligibles (environ 350 sociétés), l'équipe de gestion sélectionne les 70 meilleures notations extra-financières, en respectant deux règles : un filtre de liquidité et une appréciation financière favorable. Cette dernière découle d'un processus de " scoring ", basé sur l'analyse financière de Talence Gestion. Nous obtenons ainsi chaque année les sociétés remarquables sur le plan extra-financier / RSE (responsabilité sociétale des entreprises) et performantes sur le plan financier.

Boursier.com : Citez-nous quelques exemples de bons élèves, que vous avez au sein du fonds Talence Epargne Utile...

J.F. : Parmi ces bons élèves nous pouvons citer Alten, première ligne du fonds à fin janvier, Kaufman & Broad, Devoteam ou encore Sartorius Stedim. Concernant Alten, spécialiste de la R&D externalisée, ses bons résultats s'expliquent notamment grâce à des progrès significatifs en matière de gouvernance (mise en place de comités d'audit et de rémunération et à l'amélioration des taux d'indépendance et de féminisation du Conseil d'Administration). Le promoteur Kaufman & Broad affiche un bon niveau de maturité ESG grâce à de bons résultats en matière de gouvernance, notamment sur la conduite de sa politique RSE. Sur le volet social, Kaufman & Broad a mis en place un plan d'action en faveur de l'égalité des chances et de la diversité. Les efforts sont déjà tangibles dans la proportion de femmes au sein de l'effectif cadre qui progresse rapidement et a atteint 39% en 2017. Le Groupe Devoteam, entreprise du service numérique, progresse en matière ESG, notamment grâce à des progrès importants dans le pilotage de la RSE. L'entreprise investit de façon importante dans son capital humain. Elle a lancé notamment Devoteam University, une structure dédiée aux formations internes et des Knowledge Communities. En 2017, 35.5% de l'effectif a bénéficié de formations alors que le nombre moyen d'heures de formation par salarié a atteint 18,6. Sartorius Stedim Biotech, fournisseur d'équipements et de services dans l'industrie biopharmaceutique se démarque, quant à elle, grâce à de bons résultats en matière environnementale. Au total, 56% des sites de production remplissent les critères de la norme internationale ISO 14001. Les consommations totales d'énergies sont en baisse depuis trois ans et les émissions de gaz à effet de serre bien mesurées depuis déjà 2012.

Boursier.com : A l'inverse, quels dossiers sont exclus par leur mauvaise notation, alors qu'il s'agit de valeurs reconnus au sein des gérants de petites et moyennes capitalisations ?

J.F. : Il nous est difficile de répondre à cette question... La notion de valeur " reconnue " par les gérants demeure subjective. Nous remarquons toutefois une chose intéressante depuis près de trois ans que nous gérons ce fonds. Lors de nos comités de gestion, qui regroupent les analystes extra-financier d'EthiFinance et les gérants financier de Talence, les sociétés mises en avant par l'analyse extra-financière sont très rarement, pour ne pas dire jamais, remises en cause par les gérants dont l'approche est plus " classique " et financière. Nous pensons que l'approche extra-financière oriente l'investisseur vers des entreprises de grande qualité et c'est aussi ce que tend à faire l'approche financière. Il y aura sans doute à terme un recoupement de plus en plus fort entre les deux approches car l'ESG devient " centrale ".

Boursier.com : Quelle est la performance du fonds ?

J.F. : Même si la pertinence de l'approche extra-financière doit se juger sur le long terme, l'année 2018 nous a apporté quelques satisfactions, évidemment avec ce bémol qu'il n'est jamais agréable de publier une performance négative. C'est un exercice qui a été très difficile pour les gestions actives du fait de la meilleure résistance des plus grosses capitalisations dans les indices. Dans cet environnement défavorable, le fonds a baissé de -18.8% (part IC) et -19,4% (part AC) contre -20.4% pour son indice de référence, le CAC Mid & Small dividendes réinvestis. Cela nous conforte dans une de nos convictions, à savoir que l'ISR n'est pas uniquement un outil pour orienter son épargne vers les entreprises les plus vertueuses, mais que c'est également un moyen pour l'investisseur de réduire son risque et la volatilité de l'investissement en actions. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

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