John Plassard, Spécialiste en investissement de Mirabaud

John Plassard Spécialiste en investissement de Mirabaud

Privilégier les valeurs de qualité au bilan solide et peu endettées
John Plassard, Spécialiste en investissement de Mirabaud

Boursier.com : Vous expliquez qu'il faut toujours acheter en période de baisse. Ne pas viser le point bas auquel on n'achète jamais, mais acheter de façon régulière durant la durée d'un marché baissier...

J.P. : L'étude des trois plus importants krachs boursiers de l'histoire permet de tirer la leçon suivante : en achetant après la forte chute, vous risquez sans doute de perdre encore, mais vous avez surtout de fortes chances de regagner ce terrain perdu dans l'année qui suit et bien plus par la suite. Par ailleurs, dans un tel contexte de krach, il faut accepter qu'on n'achète jamais au plus bas, comme d'ailleurs on ne vend jamais au plus haut. Accepter cela est déjà important dans l'analyse de la gestion de son portefeuille!

Boursier.com : Pourquoi aurions-nous passé le plus dur sur les marchés...?

J.P. : Les gouvernements comme les banques centrales ont lancé des mesures jamais prises durant les 90 dernières années, et elles doivent soutenir les marchés. Il faut prendre la mesure de l'ampleur de ces décisions : la Fed va acheter quotidiennement 75 Mds$ de Tresuries et 50 Mds$ de MBS, les créances hypothécaires titrisées. Soit 125 Mds$ d'actifs par jour, soit 625 Mds$ pour la semaine. Pour mémoire, le QE numéro 2 a été de 500 Mds$ sur 7 mois. Ces programmes de la Fed, mais aussi celui de la BCE, sont véritablement massifs! Selon moi, lorsque la confiance sera rétablie, on constatera que ce qui a été entrepris là a été gigantesque!

Boursier.com : Il manque toutefois toujours la confiance des marchés...

J.P. : Plusieurs moyens pour la restaurer. Le premier moyen : que les gouvernements et les banques centrales donnent une marche à suivre de leurs mesures. Les investisseurs ont besoin d'une ligne directrice. Cela a manqué, comme l'a montré l'épisode de la première baisse des taux à effet raté de la Fed. La deuxième élément pour restaurer la confiance proviendra évidemment du retournement des courbes de contamination. L'Etat de New York et la Californie confinés, ce sont pas loin d'un quart de l'économie américaine à l'arrêt! Enfin, il faudra que les analystes financiers baissent leurs prévisions de bénéfices.

Boursier.com : Justement, la baisse actuelle, environ 35% sur le CAC40 n'apparaît pas surdimensionnée au vu d'une récession qu'on annonce d'une ampleur inédite et alors que les investisseurs ne connaissent pas encore précisément les conséquences sur les bénéfices des entreprises...

J.P. : Les analystes commencent à diminuer drastiquement leurs estimations de bénéfices et le marché l'intègre peu à peu. Que ce soit sur le secteur du luxe, ou autres... On commence à anticiper que 'ça va faire très mal', à l'image des prévisions d'évolution du PIB du deuxième trimestre. C'est une bonne chose pour le marché, si on peut dire cela ainsi, car il l'intègre peu à peu, l'effet de surprise est passé. Ceci étant dit, l'incertitude sanitaire est telle que je ne serais pas choqué de voir le CAC40 céder 10 à 15% supplémentaires. Il manque toujours cette donnée sanitaire dans l'équation! En outre, est-on sûrs que le virus ne reviendra pas à l'hiver prochain? Aurons-nous un vaccin? Potentiellement on pourrait voir repartir des foyers provoquant la même situation de confinement.

Boursier.com : Ne va t-on pas se retrouver dans un scénario permanent obligeant la BCE à déverser des milliards pour écraser les spreads de taux ?

J.P. : La crise actuelle intervient alors que la BCE n'avait pas reconstitué ses munitions, contrairement à la Fed qui avait normalisé sa politique monétaire. Les taux n'ont pas été remontés, on a à peine diminué le 'QE', mais finalement relancé par Mario Draghi avant son départ... La zone Euro était toujours en phase d'aide! La BCE a donc effectivement mis en place un nouveau 'QE' mais désormais la balle est dans le camp des gouvernements. La levée des critères de Maastricht doit aider les Etats à faire de la relance.

Boursier.com : L'extension à l'infini des bilans des banques centrales n'est-elle pas dangereuse?

J.P. : Il n'y a pas de plafond au bilan des banques centrales qui défendent la santé de leurs économies. La Fed avait quelque peu réduit son bilan, mais désormais il faut oublier cela! Il faut éteindre le feu!

Boursier.com : Les conséquences secondaires pourraient être fortes, notamment l'inflation...

J.P. : L'inflation ne va pas arriver tout de suite avec un chômage qui risque hélas de progresser partout dans le monde et un baril de pétrole sous les 30$. Steve Mnuchin a expliqué que dans un cas extrême, le chômage monterait à 20% aux Etats-Unis... Il n'y aurait alors pas d'inflation. Mais par la suite, oui, c'est évidemment un danger.

Boursier.com : Dans ce contexte, que conseillez-vous à vos clients?

J.P. : Ce qui perturbe les marchés actuellement c'est la volatilité. Comment investir sereinement un vendredi alors que tant d'événements se déroulent durant le week-end? Cela a été le cas le week-end dernier, avec lock-down à New York, le désaccord Républicains-Démocrates... Malgré tout, les valeurs de qualité, sociétés au bilan solide, peu endettées, sont indéniablement à privilégier. Ce sont d'ailleurs celles qui ont le moins reculé. Il faut aller vers la qualité, tout le temps. Cela peut être risqué d'aller vers les valeurs "value" qui ont fortement baissé, en se disant qu'elles vont rebondir fort...

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