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Jérémie Banet, Gérant de portefeuille au sein de l'équipe Real Return de Pimco

Jérémie Banet Gérant de portefeuille au sein de l'équipe Real Return de Pimco

On peut penser que Donald Trump va se montrer pragmatique en matière de droits de douane
Jérémie Banet, Gérant de portefeuille au sein de l'équipe Real Return de Pimco

Boursier.com : L'inflation devient-elle un sujet inquiétant ?

J.B. : En Europe, l'inflation demeure un sujet encore relativement abstrait. Les prix ont légèrement augmenté mais cela reflète essentiellement la remontée des cours des matières premières. Sur le vieux continent, l'inflation core reste sous la barre de 1%... En revanche, la situation est différente aux Etats-Unis. Dans le pays, l'inflation a été freinée par la baisse des prix du pétrole en 2015 et par un repli du prix des forfaits de téléphonie mobile en 2017. Mais aujourd'hui, l'inflation accélère sur tous les fronts... Le CPI qui représente l'inflation core aux Etats-Unis est de 2,1% et on attend 2,25% à fin 2018.

Boursier.com : Comment expliquez-vous ce phénomène ?

J.B. : Dans une période où le taux de chômage est bas, les salaires ont logiquement tendance à monter. La demande est bien orientée alors que l'offre est contrainte. Cela génère de la nervosité chez les investisseurs... En outre, la politique menée par l'administration Trump pourrait accélérer l'inflation. Le déficit budgétaire est en train de déraper avec la baisse de l'impôt sur les sociétés, il devrait se situer autour de 5% du PIB en 2018 alors qu'il était précédemment sur les 3%. Alors que la fin du cycle de croissance est proche aux Etats-Unis, la dérive du déficit budgétaire est dangereuse. Une politique budgétaire très agressive pose clairement un risque en termes d'inflation...

Boursier.com : D'autres mesures de l'administration Trump sont-elles inflationnistes ?

J.B. : En ce qui concerne le volet immigration, il n'y a pour l'instant pas de changement direct dans les textes de loi. Mais un accent très fort est mis dans la lutte contre l'immigration illégale. Dans un Etat comme la Californie, une grande partie de la main d'oeuvre dans la construction est illégale. Avec un faible volant de chômeurs disponibles, le remplacement de tout ou partie de la main d'oeuvre illégale est source de pressions inflationnistes...

Boursier.com : Qu'en est-il des mesures protectionnistes ?

J.B. : L'administration a engagé un bras de fer avec la Chine dans le but de réduire le déficit commercial des Etats-Unis avec ce pays. Les produits chinois importés aux Etats-Unis devraient supporter des droits de douane plus élevés. S'ils devaient être fabriqués aux Etats-Unis, ils coûteraient plus chers ce qui tendrait là encore à alimenter l'inflation...

Boursier.com : Mais l'inflation est-elle réellement un problème ?

J.B. : Si l'inflation demeure maîtrisée, ce n'est pas un handicap. Une remontée des prix est même populaire car cela contribue à l'augmentation des salaires. Par ailleurs, on peut penser que Donald Trump va se montrer pragmatique en matière de droits de douane et de politique migratoire. De plus, la baisse de l'impôt sur les sociétés et le rapatriement du cash des entreprises sont des incitations à investir sur le sol américain.

Boursier.com : La trajectoire de la dette publique est-elle alarmante ?

J.B. : La dette publique américaine va atteindre un niveau record avec l'augmentation du déficit budgétaire. La possibilité de creuser encore les déficits pour absorber une crise éventuelle devient plus difficile. La trajectoire de la dette américaine est inquiétante. Si l'inflation accélère avec une remontée des taux, la dette publique risque de devenir ingérable.

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