Accueil
»
Sicav FCP
»
Actualités
»
Interviews
»
Consultation
Jean-Jacques Friedman, Directeur des investissements chez Natixis Wealth Management

Jean-Jacques Friedman Directeur des investissements chez Natixis Wealth Management

L'aggravation des données économiques ne surprend plus le Marché...
Jean-Jacques Friedman, Directeur des investissements chez Natixis Wealth Management

Boursier.com : Quelle analyse faites-vous des marchés dans la conjoncture actuelle?

J-J.F. : Pendant l'été, on a constaté que le rebond de l'activité de mai et juin n'était finalement que ponctuel et a correspondu à une soif de consommation en fin de confinement. Les récents indices PMI européens ont baissé, ce qui prouve la gravité de la crise économique. Mais pour autant, de mauvais chiffres économiques n'affaiblissent pas le marché boursier qui a déjà intégré ce constat dans les cours. Le consensus affiche des anticipations de bénéfices 2021 8% en dessous de leur niveau de 2019. De plus, le Marché est un peu dans les starting-blocs quant à la mise en oeuvre d'un vaccin. La FDA a 26 dossiers à l'étude dont 6 en phase III. La probabilité est d'environ 40% pour qu'en mars 2021 un vaccin soit autorisé sur le marché américain.

Boursier.com : Le schéma de Marché demeure t-il le même, à savoir une surperformance des valeurs de croissance et des valeurs décotées toujours délaissées ?

J-J.F. : Dans un univers incertain, les modèles de développement des valeurs de croissance, notamment technologiques, sont rassurants et les investisseurs continuent à vouloir payer ces dossiers plus cher. De plus, s'ils se payent cher à l'instant T, leur dynamique de croissance des bénéfices est telle qu'au final, elle gomme cette prime. Par ailleurs, il peut tout de même y avoir des dossiers "value" qui rattrapent leur retard lorsqu'ils affichent une certitude concernant les dividendes. Et une nouvelle hausse du Marché peut se produire par un effet de rotation et donc de rattrapage des dossiers "value". Mais dans l'immédiat, il s'agit de mouvements ponctuels et les valeurs de croissance continuent de se payer beaucoup plus cher.

Boursier.com : La séquence de publications semestrielles s'est globalement bien déroulée, hormis cas spécifiques...

J-J.F. : Il n'y a pas eu de révision baissière des prévisions des résultats 2021 : ils sont attendus 8% plus bas que leur niveau de 2019, ce qui au final est encourageant.

Boursier.com : L'élection présidentielle américaine apparaît comme un rendez-vous majeur de la fin d'année. Quelles conséquences pour les marchés selon le vainqueur?

J-J.F. : Je n'ai pas l'impression que le Marché préfère l'un des candidats plus que l'autre. Joe Biden porte un programme démocrate plus à gauche que du temps d'Obama ou d'Hillary Clinton, avec des hausses d'impôts. Mais un deuxième mandat de Trump peut aussi faire peur au Marché étant donné toutes les inconnues qui l'entoureraient. Il met d'ailleurs la pression sur la FDA pour qu'elle autorise un vaccin contre la Covid-19 plus rapidement qu'en temps normal et cette dernière pourrait montrer des velléités d'indépendance, un peu à l'image de ce qu'il s'est passé avec la Fed qui ne veut pas être soupçonnée d'aller dans le sens de Trump...

Boursier.com : Quels sont vos scénarios pour la fin d'année, eu égard notamment à l'actualisation du consensus sur les anticipations de bénéfices après les publications semestrielles ?

J-J.F. : Le Marché pourrait sortir de son "range" actuel par le haut. Pas beaucoup plus haut, mais l'idée des investisseurs pourrait être que des multiples de valorisation un peu plus élevés pourraient se légitimer de par la persistance de taux d'intérêt très bas. Avec des taux d'intérêt durablement à très bas niveau, proches de 0%, des multiples de valorisation de 20 fois les bénéfices correspondent à un rendement de 5%... Je pense que l'aspect "résolution épidémique" est susceptible de séduire le Marché alors que l'aggravation des données économiques ne surprend plus personne. Tout le monde a conscience que les engagements des banques centrales sont durables et que les dettes auprès d'elles pourraient ne jamais être remboursées. Selon moi, le point de focalisation du Marché ne concernera pas la macroéconomie.

©2020,