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Jacques Blot, Conseiller géopolitique de Convictions AM

Jacques Blot Conseiller géopolitique de Convictions AM

Les banques grecques jouent actuellement leur survie
Jacques Blot, Conseiller géopolitique de Convictions AM

Boursier.com : Comment la crise grecque peut-elle évoluer ?

J.B. : On peut avoir deux lectures de la crise grecque. La première c'est que ce fut une erreur de faire entrer la Grèce dans la zone euro, car elle ne remplissait pas les conditions requises. Aujourd'hui, elle n'y a plus sa place car au lieu de convergence depuis son entrée c'est la divergence qui a prévalu et ce pays n'est pas en mesure de respecter les règles communes. De plus, le projet européen nécessite d'aller plus loin en matière de convergence fiscale. Dans cette optique, la présence de la Grèce au sein de la zone Euro constitue un handicap. Les tenants de cette ligne pensent que la Grèce doit sortir de la zone Euro car sa présence est une erreur... L'autre conception de la situation actuelle passe par une Europe solidaire qui ne doit pas se concentrer sur des principes comptables. Les exigences sociales doivent l'emporter... Cette lecture est celle des grecs qui souhaitent un assouplissement des règles en vigueur au sein de l'Union pour éviter la rigueur. Monsieur Tsipras veut donner une nouvelle orientation à l'Europe.

Boursier.com : Quelle est l'attitude actuelle des différents pays européens sur ces sujets ?

J.B. : Aujourd'hui, une majorité de membres de l'eurozone, l'Allemagne au premier rang, prônent une ligne dure vis-à-vis de la Grèce. Seuls deux pays ont une autre conception, à savoir la France et l'Italie. Ces deux pays ont en effet une lecture plus souple en misant davantage sur la croissance que sur la rigueur et militent pour le maintien de la Grèce dans la zone Euro.

Boursier.com : Quels sont les grands enjeux qui se posent dans cette crise ?

J.B. : Le premier enjeu porte sur l'urgence bancaire. Les banques grecques jouent actuellement leur survie... La Banque centrale européenne va maintenir son programme ELA jusqu'à la fin de la semaine, mais elle vient de rappeler les limites de son action en insistant sur l'aléa moral. Le laxisme vis-à-vis d'un pays européen peut conduire à des comportements risqués de la part d'un autre Etat européen. Le second enjeu tourne autour du nouveau cadre de négociation. On pourrait utiliser le mécanisme européen de stabilité qui permet de mobiliser des ressources financières. Mais ce soutien ne peut être accordé qu'à une stricte conditionnalité, c'est à dire que la Grèce va devoir mettre en place des mesures concrètes de réforme. La question de la dette grecque constitue un autre sujet sensible. L'Allemagne considère que si la Grèce démontre qu'elle peut faire des réformes, on pourra alors engager des négociations en vue d'aménager cette dette. Se pose également le problème de la croissance. Le FMI table sur une croissance nulle en Grèce pour 2015 mais la situation actuelle pourrait conduire à une récession. Quelle que soit l'issue des négociations, la Grèce aura besoin de l'aide européenne et devra restaurer un climat de confiance pour les investisseurs

Boursier.com : Le temps presse...

J.B. : Un accord entre la Grèce et l'Europe doit être trouvée d'ici dimanche. L'échéance du 20 juillet est également importante car, à cette date, la Grèce doit rembourser un gros emprunt auprès de la Banque Centrale Européenne. En outre, certains pays européens vont devoir valider d'éventuelles décisions qui pourraient être prises à l'égard de la Grèce. C'est le cas en Allemagne où le parlement doit approuver ce type de décision de même qu'en Finlande.

Boursier.com : Que pensez-vous du risque de contagion ?

J.B. : Le risque de contagion systémique peut être écarté. Le problème grec apparaît en effet circonscrit. Une contagion financière constitue un risque maîtrisable et limité. La BCE dispose en effet de nouveaux moyens d'intervention. Mario Draghi a indiqué sa volonté de les utiliser le cas échéant.

Boursier.com : Que doit-on penser du vote du week-end dernier en Grèce ?

J.B. : Sur le plan de la stabilité en Grèce, le vote non est une bonne chose. Un vote oui aurait conduit à une démission du gouvernement grec avec de nouvelles élections. Au vu des sondages, Tsipras aurait sans doute été à nouveau porté au pouvoir. L'ampleur du vote non a conforté Tsipras vis-à-vis de l'opposition. Un gouvernement national semble envisageable en Grèce. Tsipras constitue aujourd'hui un représentant indiscutable du peuple grec.

Boursier.com : Quelles seraient les conséquences d'un Grexit ?

J.B. : Si la Grèce venait à quitter l'Euro, on peut craindre une crise humanitaire dans le pays. Une montée des extrêmes est également possible alors que cette région des Balkans est traditionnellement instable. Le chaos est souvent accompagné d'une montée des mafias. Le risque migratoire serait accru. Dans cette situation, on doit aussi tenir compte de considérations géopolitiques... La Crête se situe à 340 kms de la Libye, Athènes est plus proche de Damas que de Marseille. Rappelons que l'état-major de la 6 ème flotte américaine est en Crète. N'oublions pas que lors de la guerre des Balkans, Syriza a demandé à ce que la Grèce sorte de l'Otan.

Boursier.com : On parle d'un intérêt de la Chine ou de la Russie pour la Grèce...

J.B. : La Chine n'est pas intéressée par la Grèce sur le plan stratégique, Pékin souhaite que le pays reste dans la zone Euro. Les chinois ont effectué des investissements dans le port du Pirée car il s'agit d'une porte d'entrée vers l'Europe. Si la Grèce sort de l'Union, ces opérations perdront une grande partie de leur intérêt. L'attitude de la Russie est plus complexe. Des affinités existent entre les deux pays du fait de l'orthodoxie. La Russie est protectrice des orthodoxes et si la Grèce connaît de graves problèmes, cette solidarité deviendra sans doute effective. Mais Poutine ne semble pas prêt à se substituer aux européens...

Boursier.com : Quelles leçons tirez-vous de cette crise ?

J.B. : Cette crise se traduit par un affaiblissement politique de l'Europe, sa crédibilité est affectée. L'Europe apparaît incapable de mettre en place une solution crédible en vue de résoudre la crise grecque. Il s'agit d'un signe de faiblesse. L'avenir de l'Union Européenne est mis en cause avec des problèmes d'organisation et de gouvernance qui apparaissent. L'irréversibilité de l'Union Européenne n'est plus un principe absolu. L'idée que l'Europe ne pouvait que s'agrandir est remise en cause. Si la Grèce quitte l'Union, on crée un précédent qui risque d'encourager d'autres initiatives de la sorte. Cette crise grecque met aussi en évidence le fait que le couple franco-allemand ne fonctionne pas bien. L'approche des deux pays est différente et on observe un affaiblissement de l'influence française.

Boursier.com : Comment voyez-vous cette crise aboutir ?

J.B. : Si lors des négociations avec les européens, Monsieur Tsipras apporte les mesures espérées, la crise devrait se résorber. En revanche, si Monsieur Tsipras ne se montre pas convaincant, la position dure prévaudra avec une sortie de la Grèce de l'Euro.

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