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Guy Wagner, Chef économiste à la Banque de Luxembourg

Guy Wagner Chef économiste à la Banque de Luxembourg

Il est logique que les multiples soient aujourd'hui élevés
Guy Wagner, Chef économiste à la Banque de Luxembourg

Boursier.com : Quel est l'état actuel de la croissance américaine ?

G.W. : La croissance des Etats-Unis est structurellement plus faible qu'elle ne l'était auparavant. Son potentiel de croissance se situait autour de 3% avant la crise de 2008 alors qu'il est désormais plus proche de 2%. En cause, l'évolution de la démographie, la faible productivité mais aussi l'endettement des différents agents économiques... Si la croissance américaine est moins forte, elle est en revanche plus stable. Cela tient au poids élevé des services qui sont moins cycliques que l'activité manufacturière.

Boursier.com : Comment voyez-vous évoluer la conjoncture aux Etats-Unis ?

G.W. : La consommation des ménages représente plus des deux tiers du PIB américain. Avec le recul des taux longs, la baisse du chômage et la progression des salaires, les dépenses des ménages américains devraient demeurer favorablement orientées en 2020... En Europe, l'économie est davantage dépendante des exportations et donc de la conjoncture économique mondiale. De ce point de vue, l'Europe peut apparaître moins solide que les Etats-Unis...

Boursier.com : Pourquoi les marchés actions ont-ils autant progressé l'an dernier ?

G.W. : L'élément décisif porte sur le changement de cap de la Fed. Le rallye observé sur les places financières en 2019 a été alimenté par une hausse des multiples alors que les bénéfices connaissaient une faible croissance... Pour ce qui est de la surperformance de Wall Street sur les marchés européens, elle est en grande partie liée au poids des valeurs technologiques qui pèsent pour 25% dans les indices aux Etats-Unis contre 6% en Europe. En ajustant les multiples de valorisation à la croissance des bénéfices, les marchés européen et américain se situent à des niveaux de valorisation similaires.

Boursier.com : Que peut-on attendre de la performance des marchés actions pour les prochaines années ?

G.W. : Dans la mesure où les multiples de valorisation se situent à des niveaux élevés, les rendements à attendre sur les marchés actions au cours de la décennie 2020 devraient être très faibles. Il est par contre logique que les multiples soient aujourd'hui élevés. Les taux d'intérêt sont bas et la rentabilité des entreprises plus élevée que par le passé. On constate ainsi que les entreprises américaines génèrent deux fois plus de free cash-flow qu'avant la crise de 2008. Cela tient à une moindre taxation des bénéfices, à la baisse de la charge d'intérêt, aux efforts de restructuration, au contrôle des coûts... De plus, l'écart entre le rendement du dividende et le rendement obligataire plaide aussi en faveur des actions. La bonne performance des indices boursiers en 2019 ne constitue dès lors pas une raison suffisante pour en sortir. Sur le long terme ces facteurs favorables à la valorisation des actions risquent toutefois de se retourner progressivement. La baisse des multiples qui en résultera pèsera alors sur le rendement des marchés boursiers.

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