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Frédéric Rollin, Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management

Frédéric Rollin Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management

Si la Grèce venait à faire défaut, l'économie européenne tiendrait le choc
Frédéric Rollin, Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management

Boursier.com : Pourquoi la croissance mondiale est-elle structurellement plus faible qu'avant la crise de 2008 ?

F.R. : Deux raisons principales expliquent ce phénomène... Tout d'abord, le volume total de dette au niveau mondial est aujourd'hui plus élevé qu'en 2008. Nous avons essentiellement assisté à un transfert partiel de la dette depuis la sphère privée vers la sphère publique. La contrainte budgétaire sur les Etats est donc plus forte qu'auparavant, ce qui génère un effet modérateur sur la croissance. De plus, les pays émergents arrivent progressivement à maturité. Lorsqu'on passe d'une économie agricole vers une économie industrielle, la croissance est rapide. Mais maintenant que la plupart de ces pays doivent évoluer depuis une économie tournée vers les investissements et l'export vers une économie basée sur la consommation intérieure et les services, la croissance est moins forte...

Boursier.com : Comment peut-on doper la croissance potentielle en Europe ?

F.R. : Aujourd'hui, la croissance potentielle est assez faible en Europe... Cela peut changer si les pays concernés mettent en place des réformes, mais ceci reste lent. Une nouvelle révolution technologique se traduirait également par une plus forte croissance potentielle, mais ce n'est pas dans les cartes...

Boursier.com : Pourquoi les taux longs en Europe se sont-ils récemment tendus ?

F.R. : L'économie européenne rebondit... Le QE de la BCE quant à lui n'est pas nécessairement un soutien. Les agents économiques ont désormais une meilleure assurance que la BCE va se montrer accommodante pour longtemps. Leur confiance a donc tendance à revenir : les banques prêtent davantage, les consommateurs dépensent plus... L'écosystème devient donc plus favorable et on assiste à un rebond de l'économie. Les anticipations d'inflation remontent alors rapidement. Dans ces conditions, il est normal d'assister à une remontée rapide des taux longs...

Boursier.com : L'économie américaine est-elle arrivée en fin de cycle ?

F.R. : Nous pensons plutôt que l'économie américaine est en pleine maturité du cycle. On assiste aujourd'hui à une reprise des volumes de crédit et à des hausses de salaires. Nous ne sommes toutefois pas encore en fin de cycle. L'endettement privé n'est pas excessif et les tensions sur le marché de l'emploi sont largement supportables... Du côté des actions américaines en revanche, le potentiel semble réduit avec la hausse des taux et la remontée du Dollar contre la plupart des monnaies.

Boursier.com : Comment voyez-vous évoluer la crise grecque ?

F.R. : Nous pensons qu'une issue favorable devrait être trouvée, mais probablement tardivement, à l'instar des crises précédentes... Mais si la Grèce venait à faire défaut, l'économie européenne devrait tout de même tenir. Le risque de contagion semble improbable car la dette grecque est essentiellement détenue par des institutions européennes. En outre, la BCE a le mandat pour acheter éventuellement des obligations des pays périphériques, potentiellement sensibles à un défaut grec, et ceci devrait éviter une crise de financement dans les pays périphériques. Il ne faut toutefois pas écarter l'impact psychologique d'un défaut ou d'une sortie de la Grèce. A court terme, les marchés pourraient connaître un épisode de forte volatilité...

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