Frédéric Rollin, Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM

Frédéric Rollin Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM

Dans l'attente du bon moment pour nous repositionner sur les actions...
Frédéric Rollin, Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM

Boursier.com : Quel est le choix de Pictet aujourd'hui vis-à-vis de l'exposition aux actions ?

F.R. : Nous étions à l'achat sur les actions en début d'année, puis plus prudents par la suite. Nous sommes aujourd'hui dans l'attente du bon moment pour nous repositionner sur les actions, probablement via les actions chinoises, moins chères et qui ont sous-performé pendant de nombreux mois. Nous ne pensons pas encore que le moment soit arrivé, mais des opportunités existent déjà, au cas par cas et dans un horizon de moyen terme, il s'agit selon nous du marché actions le plus attrayant. Nous aimons aussi les obligations chinoises, qui offre un rendement élevé alors même que sa devise est sous-évaluée.

Boursier.com : Quelle évolution anticipez-vous sur les marchés actions pour la fin d'année ?

F.R. : Nous ne pensons pas que l'heure d'une franche baisse soit venue, mais on constate toutefois des rachats importants sur les fonds. Les plus importants depuis mars 2020. On constate aussi que les rebonds, suite aux baisses, sont moins puissants. Pour autant, l'économie mondiale demeure solide, la demande est forte, les stocks sont très bas, ce qui cause des goulots d'étranglements dans de nombreux secteurs. Ceci doit continuer à soutenir le cycle économique et les bénéfices des entreprises.

Boursier.com : Quels secteurs ont votre préférence pour la fin d'année ?

F.R. : Nous préférons les actions européennes, y compris britanniques et suisses aux actions américaines. Ainsi que les secteurs défensifs comme la Santé, qui accumule du retard, la Nutrition ou l'Environnement dopé par les programmes publics pour lutter contre le changement climatique. Nous sommes aussi positifs sur les financières en raison de l'amélioration du risque crédit et de la remontée des taux.

Boursier.com : La Chine, à travers le promoteur Evergrande, concentre beaucoup des inquiétudes des investisseurs. Est-ce légitime?

F.R. : Les signes annonciateurs de crise doivent être analysés au regard de l'écart à la tendance et du niveau d'endettement. On peut ainsi comparer la situation actuelle à celle qui prévalait aux Etats-Unis avant la grande crise. Or, on constate que les prix de l'immobilier chinois n'ont pas véritablement progressé au-delà du rythme qui étaient le leur les années passées. Et que pour ce qui est du levier d'endettement, les banques chinoises prêtent aux particuliers à hauteur de seulement 20% de la valeur du bien acquis. Selon nous, il peut y avoir des problèmes touchant les promoteurs immobiliers, mais qui ne devraient pas atteindre les niveaux de la crise américaine aboutissant à Lehman Brothers. On constate d'ailleurs que les tensions sur les obligations de haut rendement chinoises ne se sont pas propagées au segment des obligations les mieux notées.

Boursier.com : L'inflation continue aussi d'agiter les marchés...

F.R. : Nous pensons que le scénario à l'oeuvre depuis les années 90 se répétera : à savoir que l'inflation sera plus élevée que les hausses de salaire, ce qui entrainera une baisse de pouvoir d'achat et in fine un recul de la croissance. C'est plutôt rassurant. Il faudra toutefois suivre dans l'avenir si la hausse des salaires et des prix pince les marges des entreprises...

©2021