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Frédéric Rollin, Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM

Frédéric Rollin Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM

L'exposition des banques européennes à la Turquie est à relativiser...
Frédéric Rollin, Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM

Boursier.com : Après le bon mois de juillet, les marchés ont accusé le coup au mois d'août... Quelle est votre analyse ?

F.R. : Tout d'abord, même si la croissance mondiale demeure solide, beaucoup d'investisseurs pensent que le plus fort de la croissance mondiale est désormais derrière nous et que cette dernière est sur la pente d'un ralentissement. L'économie américaine a fortement progressé au 2ème trimestre, à plus de 4%, et les investisseurs pensent que ce rythme n'est pas tenable. De plus, la politique fiscale américaine et la Fed, qui continue de à normaliser sa politique monétaire, font fortement monter le dollar US, ce qui crée de la volatilité. Automatiquement, les marchés vont chercher des pays fragilisés par ce mouvement, les économies émergentes à fort déficits de comptes courants : l'Argentine, la Turquie...

Boursier.com : La crise concernant la livre turque est-elle circonscrite à la Turquie ? Quel est le risque de contagion ?

F.R. : La réponse du gouvernement turc aux pressions sur sa devise a été peu orthodoxe : le choix de la banque centrale de ne pas relever les taux a marqué sa dépendance à Erdogan. Ce n'est pas un bon signe donné aux investisseurs. Selon nous, le risque de contagion est toutefois surestimé par les marchés. La Turquie représente 1% du PIB mondial et moins de 3% des exportations de la zone Euro. Son poids économique est tel que, même en récession, l'économie turque ne fera pas chuter la croissance mondiale. Le risque est plus d'ordre financier : la Turquie a beaucoup emprunté en devises étrangères. La dette privée dépasse 100% du PIB.

Boursier.com : Quel est le risque pour les banques européennes ?

F.R. : L'exposition des banques européennes à la Turquie est à relativiser : les plus exposées sont les espagnoles pour lesquelles les créances turques totalisent environ 5% de leurs créances internationales seulement. Les suivantes, les italiennes, affichent une exposition de 1,9% aux créances turques. Autrement dit, c'est une situation tout à fait gérable !

Boursier.com : La défiance des marchés touche toutefois les pays émergents depuis plusieurs mois...

F.R. : Nous pensons que le mouvement de défiance vis-à-vis des marchés émergents qui se matérialise par les rachats enregistrés sur les fonds émergents est exagéré. Nous demeurons exposés sur les pays émergents, dont les actifs affichent des valorisations intéressantes. Nous sommes "surpondérés " sur cette classe d'actifs qui mérite que nous nous montrions patients...

Boursier.com : Quels peuvent être les catalyseurs à la hausse pour les marchés européens et le CAC40 désormais ?

F.R. : Ils sont difficiles à cerner... Nous faisons le choix de ne pas prendre de positions fortes sur les actions de la zone Euro et sommes " neutres ". Si l'économie européenne demeure robuste, les statistiques marquent une pause dans le cycle. Autre inquiétude : la politique italienne et le vote du nouveau budget à la rentrée. Il n'est pas évident d'imaginer comment les 2 partis au pouvoir vont parvenir à s'entendre... De nouvelles élections ne sont pas à exclure. Le socle qui maintient les marchés demeure toutefois la croissance bénéficiaire des entreprises et le rendement des marchés actions qui en découle via les dividendes.

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