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Frédéric Rollin, Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM

Frédéric Rollin Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM

Les effets de la politique accommodante menée par la BCE nous semblent positifs
Frédéric Rollin, Conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM

Boursier.com : Quel est le bilan de la politique de la BCE depuis les premières mesures d'assouplissement monétaire ?

F.R. : Les effets de la politique accommodante menée par la BCE nous semblent positifs... La croissance économique est soutenue par la baisse de l'euro qui favorise les exportations et par la faiblesse des taux qui dope la demande de crédit. On ne peut exactement savoir quelle aurait été la croissance européenne avec un politique monétaire moins accommodante, mais il est aisé d'imaginer qu'elle aurait été plus faible...

Boursier.com : Pourquoi la BCE vient-elle de décider d'en faire davantage ?

F.R. : Les données économiques sont mieux orientées, mais elles ne sont pas encore pleinement satisfaisantes. Plusieurs points d'insatisfaction subsistent... Au sein des pays périphériques, les dernières statistiques en matière de crédit ont été assez volatiles. Cela montre une fragilité de la demande de crédit dans cette zone. Par ailleurs l'économie mondiale ralentit... La hausse des taux de financement des obligations 'high yield' et la baisse du marché des actions constituent en elles mêmes un durcissement des conditions de financement pour les entreprises. Enfin, et par dessus tout, le principal mandat de la Banque Centrale Européenne porte sur une inflation qui doit se situer à +2%... On est loin du compte ! En 2015, l'inflation au sein de la zone Euro s'est établie à +0,2%. Les anticipations d'inflation 2016 établies par la BCE pour la zone Euro ont été révisées ce mois de +1% à +0,1%. La BCE est loin de son objectif, elle doit agir.

Boursier.com : Pourquoi l'inflation doit-elle se situer à +2% ?

F.R. : Une inflation trop forte peut rapidement devenir incontrôlable, ce qui rend la vie des entreprises et des particuliers difficile... De l'autre coté du spectre, une inflation qui baisse met en difficultés ceux qui ont emprunté à des taux auparavant élevés. De plus, les augmentations de salaires s'adaptent au niveau de l'inflation et diminuent... Les consommateurs l'anticipent et réduisent leur consommation, ce qui fait encore baisser les prix. Et ainsi de suite... En somme, une très faible inflation comprime l'activité et il est difficile de sortir d'une telle situation.

Boursier.com : L'inflation est donc le gros sujet actuel de préoccupation pour la BCE ?

F.R. : Oui ! Du point de vue de l'inflation, la politique de la BCE n'a pas gagné son combat et souhaite donc en faire plus... Mais c'est un dur combat. Les surcapacités dans le pétrole, l'acier et beaucoup de matières premières induisent un phénomène déflationniste. A cela s'ajoutent des chiffres de croissance décevants et une situation de fort endettement des acteurs économiques. Mais, au final, elle agit en mars car les nouvelles récentes sur l'inflation et la croissance sont moins bonnes que prévu...

Boursier.com : Que pensez-vous de ces nouvelles mesures ?

F.R. : Dans l'ensemble, ces nouvelles mesures apparaissent adaptées... La BCE achètera des obligations d'entreprises, ce qui fera baisser les coûts de financement, tout en augmentant les volumes de prêts. Ceci tombe bien, car les prêts aux entreprises des pays périphériques montrent de la faiblesse. De plus, il annonce qu'il ne baissera pas ses taux de nouveau. Nous estimons que c'est une bonne chose, car une politique de taux fortement négatifs est pénalisante pour la profitabilité des banques et au final contre productif... Autre aspect positif de cette annonce selon laquelle les taux n'iront pas plus bas, l'euro remonte par rapport au dollar US. Pas forcement bon pour l'économie européenne, mais excellent pour les marchés globaux. L'appréciation du dollar US est devenue trop forte, les investisseurs craignant pour les entreprises émergentes ayant emprunté en dollar US. De plus, une pression supplémentaire à la hausse du dollar risque d'entraîner un décrochage du yuan qui déstabiliserait l'ensemble des devises mondiales. La hausse de l'euro réduit les craintes de ce coté...

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