François-Xavier Chauchat, Stratégiste chez Dorval AM

François-Xavier Chauchat Stratégiste chez Dorval AM

Les PER ont baissé en 2021...
François-Xavier Chauchat, Stratégiste chez Dorval AM

Boursier.com : Quel est votre vision des marchés en ce début d'année?

F-X. C. : On peut craindre la fin du soutien monétaire des banques centrales, la remontée des taux d'intérêt, une politique budgétaire américaine moins expansionniste que prévu... Pour autant, il nous semble que les équilibres entre la croissance mondiale, l'inflation, les taux d'intérêt et les enjeux climatiques devraient rester favorables aux actions. Tout d'abord, la croissance économique devrait s'afficher à au moins à 4% dans les pays avancés en 2022, soit le double de son niveau historique habituel. Elle va continuer à bénéficier des plans de relance, des taux réels bas, de l'épargne des ménages... Concernant l'inflation, le scénario d'un atterrissage en douceur nous parait légitime avec un niveau de 6% aux Etats-Unis, revenant à 2,5% début 2023 et même sous les 2% en zone Euro début 2023. Tout ceci est favorable aux actions.

Boursier.com : Les marchés ne sont-ils pas trop chers?

F-X. C. : On constate que le PER MSCI Monde a baissé de 2 points en 2021 et que celui du MSCI Monde équipondéré, qui fait une part plus belle aux valeurs moyennes, est descendu à des niveaux cohérents, proches de ceux des années 2010... Nous en tirons la conclusion qu'une approche très diversifiée et équipondérée se justifie en ce début 2022. De plus, la prime de risque des actions est extrêmement confortable aujourd'hui par rapport aux obligations. Le marché des actions peut donc facilement absorber 1 ou 2 points de hausse de taux réels.

Boursier.com : Quels éléments vous rendent toutefois plus prudent?

F-X. C. : La maturité du marché. Les valeurs cycliques ont quasiment rattrapé leur retard sur les valeurs défensives et le marché des actions est logiquement très mûr, avec une reprise économique largement dans les cours. C'est un bémol qui nous conduit à limiter la prise de risque dans nos portefeuilles. Nous pensons qu'au cours de l'année 2022 notre exposition au risque sera un peu plus modérée qu'en 2020 et 2021.

Boursier.com : Quel thème majeur allez-vous jouer cette année?

F-X. C. : Notre sélection de sociétés est déterminée par le thème embarquant le plus de croissance et le plus d'opportunités : celui de l'accélération de l'économie et de la finance durables. Ce thème est foncièrement macroéconomique, même si ce n'est pas au sens classique du terme. Nous pensons que les acteurs vont accélérer dans le sens de l'ESG et que cela va créer une dispersion majeure des performances des actions ainsi qu'un choc sur les rapports rendement/risques sur l'ensemble des classes d'actifs. Selon MSCI, l'écart de PER entre les leaders de l'ESG et le marché est aujourd'hui de 7%. Nous pensons que c'est encore limité et que l'accélération des flux vers l'ESG et l'amplification des politiques en sa faveur, vont accroître ce niveau.

Boursier.com : Comment jouer efficacement cette thématique?

F-X. C. : Une première méthode consiste à sélectionner les sociétés qui s'organisent pour intégrer l'ESG comme moteur de profitabilité. De plus, l'impulsion autour du "Capex vert" est mondiale, notamment à travers les plans de relance de différents pays. Nous la jouons à travers différents secteurs et pas seulement la greentech. Notre approche est équipondérée à travers 40 valeurs et nous ne misons pas de façon déraisonnable sur les mastodontes du secteur comme Tesla... Enfin, l'Europe est largement en avance et c'est pour ceci que nous lançons un nouveau fonds "Dorval European Climate Initiative."

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