François-Xavier Chauchat, Membre du comité d'investissement économiste et stratégiste chez Dorval AM

François-Xavier Chauchat Membre du comité d'investissement économiste et stratégiste chez Dorval AM

La baisse pourrait encore être insuffisante, notamment à Wall Street, pour revenir sur les actions...
François-Xavier Chauchat, Membre du comité d'investissement économiste et stratégiste chez Dorval AM

Boursier.com : Qu'est-ce qui plaide, à vos yeux, pour un retour sur les marchés actions?

F.X.C. : Le PER du MSCI Monde est tombé autour de 14, contre 16 pour sa moyenne historique, ce qui suggère que le Marché est sous-évalué dans une optique de long terme. En outre, les primes de risque des actions par rapport aux obligations demeurent attractives, notamment en zone Euro à près de 10%, en dépit de la remontée des taux obligataires. Pour ce qui est des actions européennes justement, le PER est de 11 et même de 10 pour le CAC40.

Boursier.com : A l'inverse quels éléments plaident pour une attitude toujours prudente?

F.X.C. : La baisse pourrait encore être insuffisante, notamment à Wall Street dont le niveau de valorisation demeure supérieur à celui de fin 2018. Le PER y est encore au-dessus de 15 et il faut peut-être que le Marché aille encore plus bas, jusqu'au sentiment qu'il faut tout vendre, avant d'envisager un retour de la hausse. Et il faudra de toute façon un assainissement économique pour que le Marché retrouve du potentiel de progression.

Boursier.com : Quel est le scénario économique que vous privilégiez?

F.X.C. : D'une courte tête, et sachant que les probabilités évoluent rapidement, un scénario de modération de la croissance et des pressions inflationnistes l'emporte à nos yeux... Soit un ralentissement économique, mais pas un écroulement de la croissance, avec un atterrissage de l'inflation vers 3-4%. C'est le scénario positif pour les actions. A l'inverse, existe le scénario d'un fort ralentissement dès 2022, qui voit l'inflation aboutir à la récession. Les actions souffriraient. Un scénario intermédiaire verrait l'économie demeurer résiliente en 2022, avant que les hausses de taux du "quoiqu'il en coûte" de la Fed contre l'inflation, ne fassent plonger l'économie américaine en récession en 2023.

Boursier.com : Quelle ligne de conduite tenez-vous dans un tel environnement?

F.X.C. : Les investisseurs font face à un dilemme : le Marché est attractif en termes de valorisation, cela ne peut qu'éveiller leur appétit. Mais face à ce constat, existent des scénarios de lutte contre l'inflation s'avérant "coûteux"... Dans un tel contexte, il convient d'adapter notamment son taux d'exposition de façon rapide. D'éviter l'empilement des risques, de faire désormais toujours plus attention aux valorisations, contrairement à l'attitude de nombreux investisseurs dans les années précédentes, via une approche GARP comme nous la pratiquons chez Dorval AM et enfin, être intraitable sur la diversification géographique et sectorielle des portefeuilles.

Boursier.com : Sur quelles valeurs vous positionnez-vous?

F.X.C. : Nos fonds internationaux privilégient les sociétés se distinguant par la qualité de leur gouvernance, et nous investissons de manière très diversifiée dans le thème de la transition énergétique et depuis début juin dans celui d'un rebond sélectif de la Tech américaine. Dans nos fonds de stock picking européens, depuis la mi-mai, nous profitons des baisses de marché pour racheter des valeurs de luxe via LVMH, les "technos" via STM, les valeurs de sortie du Covid comme Accor et Vinci. Nous avons aussi pris nos bénéfices sur les Télécoms, pharmas et l'alimentaire.

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