Fabrice Revol, Gérant de Kirao Multicaps

Fabrice Revol Gérant de Kirao Multicaps

Au vu de l'offre de GE, Alstom est faiblement valorisé
Fabrice Revol, Gérant de Kirao Multicaps

Boursier.com : Quelles sont vos impressions actuelles vis-à-vis des marchés ?

F.R. : On peut considérer que l'on a déjà fait le tour complet des possibilités de relance offertes par les banques centrales et qu'on revient au point de départ... Les Etats-Unis se pose aujourd'hui la question de la normalisation d'une politique monétaire expansionniste, alors que la Banque Centrale Européenne agit avec 3 ans de retard sur son homologue américaine... Au Japon, l'action de la BOJ n'a pas fonctionné, comme en témoigne les dernières statistiques. On a eu l'illusion de pouvoir résoudre les difficultés économiques grâce aux banques centrales.

Boursier.com : Vous conservez l'image d'un monde souffrant de profonds déséquilibres...

F.R. : Effectivement, les déséquilibres structurels persistent ! Il n'y a pas de gouvernance mondiale... La question de la répartition des richesses n'est toujours pas traitée, alors que le chômage de masse est la règle en Europe. On observe également de nombreuses rentes indues... Dans ces conditions, il convient de demeurer sur ses gardes et de ne pas relâcher le travail d'évaluation des risques des sociétés dans lesquelles nous investissons.

Boursier.com : La situation de l'Europe peut-elle se redresser rapidement ?

F.R. : Dans un contexte de guerre des changes au niveau mondial, de nombreux pays d'Europe n'ont pas procédé aux ajustements nécessaires dans la sphère réelle... Les retraites pèsent trop lourd sur le budget des Etats et, en ce qui concerne la France, les prix élevés de l'immobilier grève la compétitivité globale. Les niches fiscales persistantes dans l'immobilier en France ne contribuent pas à améliorer la compétitivité du secteur. On nage dans les déséquilibres... Les 30 glorieuses de l'après-guerre ont été accompagnées de gains de productivité, d'amélioration du pouvoir d'achat et d'acquis sociaux. A partir du premier choc pétrolier de 1974, la croissance s'est calmée et on est parvenu à maintenir les acquis grâce à la dette et à la baisse des taux... On se situe aujourd'hui dans une troisième phase avec une dépollution des excès...

Boursier.com : Les mesures prises sont-elles les bonnes ?

F.R. : L'action menée par les banques centrales peut être intéressante si on en profite pour prendre les mesures nécessaires. Ce n'est malheureusement pas le cas dans de nombreux pays... La bonne solution pour relancer l'activité en Europe passe par des gains de productivité avec des mesures dans l'éducation, les infrastructures, la recherche...

Boursier.com : Dans ce tableau d'ensemble, quelles valeurs doit-on privilégier ?

F.R. : Il s'agit de bien comprendre le métier d'une entreprise, de déterminer où elle se situe dans la chaîne de valeur. Ses avantages compétitifs doivent être durables, avec un maintien de la valeur ajoutée dans le temps.

Boursier.com : Vous appréciez tout particulièrement Alstom...

F.R. : Alstom est une société que je n'apprécie pas en temps normal du fait de cycles long et de risques d'exécution importants, le tout avec un bilan financier trop peu robuste. Cependant, actuellement, au vu de l'offre de reprise d'actifs formulée par GE, Alstom est faiblement valorisé. La somme des parties met en évidence une valeur de l'ordre de 35 Euros. Suite à la fusion avec Steria, Sopra est aussi un dossier intéressant à suivre dans les cours actuels. L'union de ces deux SSII offre un bon complément d'ADN. La marge des deux sociétés combinées devrait se rapprocher de celle de Sopra avant le mariage... J'apprécie également Oeneo qui constitue une véritable histoire de croissance...

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