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Esty Dwek, Global Stratégiste Marchés Emergents chez Loomis Sayles

Esty Dwek Global Stratégiste Marchés Emergents chez Loomis Sayles

La majorité des pays émergents sont des importateurs de matières premières et bénéficient de la forte baisse des prix
Esty Dwek, Global Stratégiste Marchés Emergents chez Loomis Sayles

Boursier.com : Quel bilan tirez-vous de l'année 2015 pour les marchés émergents ?

E.D. : 2015 a été une année difficile pour les marchés émergents, mais elle a aussi été une année de différenciation entre les classes d'actifs... En effet, la dette corporate en USD a bien performé - comparée aux autres classes d'actifs émergentes et comparée aux classes d'actifs des marchés développés. Par contre, les devises émergentes et les actions ont à nouveau beaucoup souffert, surtout pour un investisseur en dollar (pour un investisseur en euro, la situation était meilleure). Ce que nous avons aussi constaté en 2015, c'est une augmentation de la corrélation à la fois entre les différents marchés et avec le pétrole, qui dirige les performances depuis des mois. Cette relation risque de continuer...

Boursier.com : Quels sont les pays les plus risqués ?

E.D. : Les pays les plus liés au pétrole et aux matières premières en général restent les plus risqués car une grande partie de leurs budgets fiscaux dépend de leurs revenus pétroliers. Leur visibilité fiscale se détériore donc, et une période prolongée de prix aussi bas risque d'attirer l'attention des agences de rating, en plus de celle des marchés... De notre point de vue, le Brésil reste risqué au vu de la situation politique et du scandale de corruption qui continue à impacter le pays - incertitudes qui s'ajoutent à l'exposition importante aux matières premières. La Russie reste dépendante du prix du pétrole, mais elle a su bien gérer la crise des deux dernières années... Nous ne sommes pas aussi inquiets à propos de la Chine, car nous pensons que les autorités ont encore quelques cartes en main à jouer pour permettre un ralentissement graduel et non catastrophique de l'économie. Par ailleurs, nous nous concentrons surtout sur le secteur corporate, où nous voyons de belles opportunités dans les quasi-souverains.

Boursier.com : Certaines régions émergentes parviennent-elles à tirer leur épingle du jeu ?

E.D. : Ce qui est souvent oublié est que la majorité des pays émergents sont des importateurs de matières premières et bénéficient donc au final de cette forte baisse des prix... Ceci ne s'est que peu traduit dans les marchés pour l'instant, mais nous devrions, avec le temps, en voir les bénéfices dans l'économie et dans le profil fiscal de ces pays. Un pays qui s'en sort plutôt bien est l'Inde, gros importateur de pétrole, qui a vu son problème d'inflation diminuer et son profil fiscal s'améliorer. La Corée du Sud se trouve dans une situation semblable d'importateur de pétrole, comme la Turquie. Par contre, la Turquie a d'autres soucis, politiques et géopolitiques...

Boursier.com : Que conseillez-vous aux investisseurs ?

E.D. : Nous restons positionnés de manière défensive pour limiter la volatilité dans nos portefeuilles. Nous pensons qu'une stratégie qui vise la stabilité et un peu de rendement devrait relativement bien performer dans cette période où nous constatons peu de fortes convictions dans les marchés et beaucoup de peur...

Boursier.com : Le manque de liquidité risque-t-il de provoquer à l'avenir une crise majeure ?

E.D. : Le manque de liquidité reste un risque non-négligeable car il exacerbe les mouvements de prix, surtout à la baisse, et pourrait créer une crise si tout le monde voulait vendre en même temps. Ce n'est pas notre 'base case', mais nous pensons tout de même que la prudence sera rémunérée pendant cette période volatile...

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