Erik L. Knutzen, CIO Multi-actifs chez Neuberger Berman

Erik L. Knutzen CIO Multi-actifs chez Neuberger Berman

De plus en plus important de se repositionner vers la "value"
Erik L. Knutzen, CIO Multi-actifs chez Neuberger Berman

Boursier.com : Les récents propos de Jerome Powell préfigurent-ils la fin du resserrement monétaire de la Fed?

E.K.: Nous pensons effectivement que la Fed va maintenant faire une pause, au moins pour le premier semestre de 2019, qui serait suivie par la suite d'une ou deux autres hausses de taux plus tard dans l'année. Les salaires sont en hausse mais n'alimentent pas l'inflation globale. La baisse des prix du pétrole contribue également à atténuer cette pression. La Fed a également clairement affiché son intention de tolérer une inflation légèrement supérieure au taux cible. Fin 2018, les marchés ont brusquement basculé pour valoriser un ralentissement marqué de l'économie américaine, y compris les marchés à terme sur les taux de la Fed, mais nous restons néanmoins confiants dans la capacité de la banque centrale à préparer un "atterrissage en douceur". Nous prévoyons un ralentissement de la croissance du PIB américain, passant de 3% en 2018 à 2,0 ou 2,5% en 2019. Cela constituerait un retour à des tendances de croissance post-crise, connues dans le reste du monde depuis l'année dernière. Il s'agit donc d'un niveau de croissance bien plus tenable qui, avec la pause de la Fed, pourrait prolonger le cycle jusqu'en 2020. Ajoutons à cela que nous voyons peu de menaces en provenance de la politique de la Fed sur son bilan, de même que pour celle de la Banque Centrale Européenne d'ailleurs. Les rendements des bons du Trésor américain sont sous contrôle, car l'offre accrue est actuellement satisfaite par une demande robuste en liquidités et, en cas de déception face à la croissance, les moyens d'actions sur les taux peuvent être utilisés avant que le passage de l'assouplissement quantitatif au resserrement quantitatif ne soit abandonné.

Boursier.com : Pourquoi misez-vous sur les marchés émergents en 2019

E.K.: En dehors des États-Unis, l'activité économique a commencé à ralentir il y a un an ; par conséquent, la Chine, en particulier, a de nouveau adopté des politiques de relance. L'absence de demande intérieure et les tensions commerciales avec les États-Unis pourraient encore faire obstacle à cette politique de relance, mais notre scénario principal prévoit que le ralentissement de la Chine se stabilisera cette année. Cela améliorerait probablement à la fois le climat des affaires et l'activité des économies développées et émergentes, mais hors États-Unis, grâce à la baisse des coûts de l'énergie et un possible affaiblissement du dollar en raison de l'atterrissage en douceur prévu aux États-Unis et d'une position moins ferme de la Réserve fédérale américaine. Le risque politique demeure très important en Europe et, dans l'ensemble, notre Comité d'Investissement a donc un biais positif en faveur du Japon et des marchés émergents sur les régions hors Etats-Unis, du moins à court terme, en attendant que ces risques soient clarifiés. Nous estimons que la braderie sur les marchés émergents de l'été 2018 a laissé des valorisations attrayantes qui restent intéressantes même après la légère reprise récente.

Boursier.com : Etant donné la baisse de 2018, faut-il se repositionner sur les marchés actions européens et spécifiquement sur le marché français ou bien est-ce encore trop tôt?

E.K.: Nous avons un avis modérément positif concernant les fondamentaux de l'économie européenne et les valorisations des actifs à risque européens. Malgré un ralentissement en 2018, la croissance est toujours égale ou supérieure à la tendance. Bien qu'il y ait des signes de reprise de la croissance des salaires, il y a peu de signes d'inflation des prix à la consommation, ce qui permet à la BCE de rester accommodante alors même qu'elle commence à réduire son bilan ; elle a déclaré qu'elle n'a pas l'intention de relever ses taux d'intérêt avant l'été. Néanmoins, nous restons prudents à court terme, car il existe des risques politiques importants, notamment le Brexit, le compromis budgétaire de l'Italie, les troubles sociaux actuellement en France, la possibilité que les partis populistes obtiennent de bons résultats lors des élections au Parlement européen en mai, la fin de l'ère Merkel en Allemagne et de l'ère Draghi à la Banque Centrale Européenne.

Boursier.com : Quels types d'actions sont à privilégier? Une stratégie 'value' fait-elle sens?

E.K.: Nous avons une très légère préférence pour la "value" par rapport aux actions "growth", notamment parce que la stratégie croissance a si fortement surperformé ces derniers mois que nous prévoyons un certain retour à la moyenne. Néanmoins, à mesure que les marchés passent d'un environnement d'assouplissement quantitatif à un environnement de resserrement quantitatif et d'une dynamique de milieu de cycle à celle d'une fin de cycle, une volatilité accrue est fort probable. C'est pourquoi, en actions comme en crédit, nous croyons qu'il sera de plus en plus important de se repositionner vers la value en se concentrant sur les sociétés de qualité.

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