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Éric Bourguignon, Directeur Général Délégué de Swiss Life AM

Éric Bourguignon Directeur Général Délégué de Swiss Life AM

Pas de récession en vue aux Etats-Unis
Éric Bourguignon, Directeur Général Délégué de Swiss Life AM

Boursier.com : Comment appréciez-vous la croissance américaine ?

E.B. : Selon les derniers chiffres, la croissance américaine demeure forte mais les salaires commencent à déraper. Dans ce contexte, les taux devraient être plus élevés. Actuellement à 2,9%, le 10 ans américain se situe à un niveau faible compte tenu des fondamentaux économiques du pays. Malgré la fin du QE, la Fed est encore très présente dans le marché obligataire. De plus, la dette américaine constitue une sorte de valeur refuge face à la guerre commerciale et à la crise des pays émergents. Cet afflux d'acheteurs conduit logiquement à une baisse des taux.

Boursier.com : A quel niveau devrait se situer les taux américains ?

E.B. : Le niveau actuel des taux est artificiellement bas, il ne reflète pas leur valeur réelle. Cette situation n'est pas saine car elle fausse l'allocation de l'épargne et alimente des bulles... Avec une inflation autour de 2% et une croissance vers 2,5%, le taux court aux Etats-Unis devrait se situer vers 4%-4,5%. Compte tenu de l'attitude de la plupart des banques centrales, les taux sont quasiment administrés dans la plupart des pays.

Boursier.com : Une récession est-elle proche aux Etats-Unis ?

E.B. : il n'y a pas de récession en vue aux Etats-Unis. L'économie américaine fonctionne très bien... Elle risque paradoxalement de souffrir de sa bonne santé en buttant sur un problème de ressources. On peut assister à un ralentissement faute de combattants, la main d'oeuvre disponible n'étant plus assez nombreuse pour faire face aux besoins.

Boursier.com : Pouvez-vous expliquer l'actuelle crise des émergents ?

E.B. : Tout d'abord, cette zone est hétérogène. Plus un pays émergent affiche un déficit extérieur élevé, plus il se trouve en situation de fragilité. La hausse des taux américain a servi de catalyseur. Les capitaux quittent la sphère émergente pour se diriger vers les Etats-Unis. Ces mouvements déclenchent une baisse de la devise des pays émergents concernés. Cela conduit à un alourdissement du poids de leur dette alors que ces pays ont souvent des emprunts en devises fortes. De plus, les importations deviennent plus onéreuses et la consommation s'en ressent. Pour défendre leur monnaie, les banques centrales remontent alors les taux mais cela amplifie la baisse de la consommation. Le marasme économique qui s'en suit risque de conduire les pays émergents les plus fragiles à faire défaut...

Boursier.com : Quelle est la situation en Europe ?

E.B. : Fin 2017, la croissance en Europe avait agréablement surpris par sa vigueur. On converge désormais vers un rythme de croissance habituel ce qui n'est pas surprenant... En Europe aussi, la banque centrale a pris la main sur l'économie via les taux. La baisse des taux visaient à stimuler le crédit alors que la crise de 2008-2009 était précisément liée à un endettement trop élevé. Aujourd'hui, la dette est élevée mais la croissance européenne reste médiocre. La BCE est condamnée à gagner du temps pour générer un peu d'inflation et stabiliser les dettes publiques.

Boursier.com : Quelle est votre allocation d'actifs ?

E.B. : La situation actuelle nécessite beaucoup de prudence et un grand discernement. Nous sommes très prudents sur les emprunts d'Etat et prudents sur le marché du crédit. L'abondance monétaire a porté les marchés et provoqué un écrasement des primes de risque. En revanche, les actions européennes demeurent relativement attractives... Avec les changements prochains en matière de politique monétaire, la fête est bientôt finie sans qu'on éteigne vraiment les lumières.

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