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Eric Bertrand, Directeur de la gestion Taux et Crédit chez CPR

Eric Bertrand Directeur de la gestion Taux et Crédit chez CPR

Une première remontée des taux américains au début de l'été
Eric Bertrand, Directeur de la gestion Taux et Crédit chez CPR

Boursier.com : Quelle est la rémunération actuelle des obligations en Europe ?

E.B. : On estime qu'il existe un gisement de 10.000 Milliards d'Euros d'obligations à plus d'un an en Europe... 20% de la totalité de cet encours affiche aujourd'hui des taux négatifs dont 25 à 30% de la dette d'Etat ! Cela concerne surtout la dette d'Etats bien notés comme l'Allemagne, les Pays-Bas ou la France. En Allemagne, les taux sont négatifs pour les échéances de moins de 7-8 ans. Sur l'ensemble de l'encours, le taux médian se situe actuellement autour de 0,4%. Un niveau aussi faible n'a jamais été observé...

Boursier.com : Comment en est-on arrivé là ?

E.B. : Outre l'anticipation des annonces de la BCE, puis ses achats effectifs, de nombreux investisseurs sont obligés d'avoir de la dette bien notée dans leur portefeuille. Les banques sont ainsi soumises aux règles dites 'Bâle III'. Mis en lumière dans le cadre des stress de liquidité, les établissements financiers doivent avoir une réserve importante d'actifs liquides et de grande qualité. Dans ce cadre, la partie courte des courbes de taux est très utilisée... En outre, la dette d'Etat de bonne qualité est souvent présente en collatéral dans le cadre d'opérations financières. Enfin, certaines banques centrales non résidentes sont contraintes d'acheter de l'Euro pour éviter une baisse de leur devise... Cela les amène à acheter de la dette d'Etats européens bien notés.

Boursier.com : Quel est le mécanisme de diffusion des mesures de la BCE ?

E.B. : L'augmentation du nombre d'Euros en circulation a un impact direct sur le change, qui se reflète dans la baisse de la monnaie unique. La présence de la BCE sur le marché des dettes d'Etat incite les banques à aller chercher plus de risque et à mettre leur argent ailleurs. Elles se tournent ainsi vers le crédit corporate, le high yield, le financement des infrastructures... Une autre conséquence des mesures de la Banque Centrale Européenne passe par la hausse du prix des actifs alors que le risque de déflation s'éloigne.

Boursier.com : On peut donc se montrer plus optimiste quant à la conjoncture européenne...

E.B. : La BCE souhaite insuffler un choc de confiance. Jusqu'à présent, les entreprises se montraient prudentes dans leurs décisions d'investissement car elles avaient peur de l'environnement... La levée des inquiétudes devrait contribuer à relancer les investissements. En réalité, trois 'Quantitative Easings' sont aujourd'hui à l'oeuvre en Europe, à savoir la baisse de la devise qui redonne de la compétitivité, la chute des prix du pétrole et les mesures de la BCE.

Boursier.com : A terme, risque-t-on de perdre beaucoup d'argent sur les obligations bien notées ?

E.B. : Le rendement de la dette allemande à 10 ans se situe actuellement à 0,2%. En achetant maintenant, on va bénéficier d'un coupon de 0,2% tous les ans pendant 10 ans. Si la conjoncture va mieux, si la Banque Centrale reprend de la liquidité ou si l'inflation est plus élevée, les taux devraient normalement remonter... Si les taux remontent de 100 points de base, le prix de l'obligation allemande à 10 ans devrait perdre autour de 8%.

Boursier.com : Les taux actuels sont-ils 'rationnels' ?

E.B. : Ce qui dirige les prix ce sont les flux... Il n'y a plus guère de rationalité dans les prix actuels de certaines obligations au sein de la zone Euro. Aux Etats-Unis, la Fed devrait bientôt se montrer un peu moins accommodante. Notre scénario est basé sur une première remontée des taux américains au début de l'été, puis sur un mouvement haussier très progressif. La FED doit retrouver des marges de manoeuvre si la situation venait à se dégrader...

Boursier.com : Les réformes des Etats européens vont-elles se poursuivre selon vous ?

E.B. : Les Etats se réforment lorsqu'ils ont le pistolet sur la tempe... Le coût politique des réformes telles qu'elles ont été pratiquées en Espagne ou en Grèce est élevé, sic la montée des extrêmes. La situation actuelle éloigne la pression à mettre en place des réformes...

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