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Emeric Blond, Gérant chez Haas gestion

Emeric Blond Gérant chez Haas gestion

Se positionner à court terme sur des dossiers cycliques
Emeric Blond, Gérant chez Haas gestion

Boursier.com : Comment analysez-vous le rebond des marchés ?

E.B. : Le rebond s'est opéré de manière ciblé : les valeurs de croissance ont progressé en premier, puis une rotation sectorielle, très forte, s'est opérée et les valeurs de moins bonne qualité ainsi que les dossiers "values" ont pris le relais : l'automobile, les banques, l'aéronautique, les foncières... Le Marché a considéré que la dépréciation était trop importante pour des titres de sociétés conservant une valeur résiduelle...

Boursier.com : L'ampleur du rebond est-elle justifiée ?

E.B. : On a effectivement l'impression que les investisseurs ont oublié les raisons qui poussaient à fuir ces valeurs il y a quelques semaines. On est donc en droit de se demander si elles progressent pour de bonnes raisons. Et le mouvement de rattrapage se fait au détriment des valeurs de qualité, plus chères... Nous avons malgré tout fait le choix d'aller sur ces dossiers un peu plus volatiles, à court terme. Les nouvelles annonces de la BCE sont de nature à les soutenir, alors qu'ils n'ont pas de momentum propre... C'est le cas pour le secteur automobile par exemple, toujours en bas de cycle. Je pense néanmoins que c'est un mouvement très ponctuel qui aura du mal à dépasser l'été.

Boursier.com : Pourquoi ?

E.B. : Les difficultés opérationnelles des différents groupes risquent de réapparaître au cas par cas. Les publications du deuxième trimestre, les indications pour le troisième trimestre, les perspectives de fin d'année avec de nouvelles 'guidances' pour certains, risquent de ramener le Marché à la réalité et il pourrait alors choisir de privilégier de nouveau les dossiers de croissance.

Boursier.com : Tous les secteurs cycliques et/ou values sont-ils à jouer ?

E.B. : Nous préférons nous abstenir concernant les foncières, notamment celles présentes sur les centres commerciaux qui devraient faire face à des défauts d'enseignes. Les loyers risquent de se retrouver sous pression, alors même qu'elles font face à des échéances de dettes. De plus, le modèle de ces valeurs repose sur le versement de dividendes. Si elles ne remplissent plus cette fonction initiale de rendement, elles perdent de facto beaucoup de leur attrait.

Boursier.com : En revanche, vous êtes positifs sur l'automobile...

E.B. : Nous sommes effectivement revenus sur la thématique automobile, mais en choisissant les dossiers les plus qualitatifs : Peugeot qui ne connaît pas les mêmes déboires que Renault et qui fait aussi partie des meilleurs élèves en termes de réduction d'émissions de CO2. De plus, Peugeot se portant mieux que Fiat, il existe la possibilité d'une renégociation favorable des termes de l'accord de fusion en sa faveur. Parmi les équipementiers, nous misons sur Faurecia et Plastic Omnium qui ont montré par leur qualité opérationnelle qu'elles avaient bien appréhendé la crise. Très rapidement, en début de crise, elles ont averti sur leurs guidances annuelles et les premières inflexions opérationnelles favorables semblent présentes. Nous avons aussi investi dans FFP, holding de Peugeot.

Boursier.com : Vous aviez positionné le fonds que vous gérez sur de nombreuses valeurs de santé en début de crise. Qu'en est-il aujourd'hui ?

E.B. : Nous avons allégé les dossiers ayant le plus progressé comme Stedim et bioMérieux dont les titres ont littéralement explosé dans un mouvement de "flight to quality". En revanche, les maisons de retraite qui ont lourdement chuté, notamment en raison du battage médiatique, méritent un nouvel intérêt... Orpea et Korian ont sans doute perdu quelques points d'occupation, mais avec un impact minimal sur le chiffre d'affaires. Le défi sera de faire face à la pression sur les loyers en raison de la mortalité plus importante des secteurs public et associatif, moins chers, qui auront besoin d'attirer de nouveau des personnes âgées.

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