Daniel Morris, Senior Strategist chez BNP Paribas AM

Daniel Morris Senior Strategist chez BNP Paribas AM

Nous tablons sur un rebond tactique entre la fin 2018 et le début 2019
Daniel Morris, Senior Strategist chez BNP Paribas AM

Boursier.com : Anticipez-vous une récession aux Etats-Unis dès 2019 ?

D.M. : Le risque d'une récession en 2019 est relativement faible à nos yeux. Notre scénario central reste donc celui d'une croissance mondiale encore solide, quoique moins soutenue, d'une hausse progressive de l'inflation et de la normalisation des politiques monétaires dans les grandes économies développées. Aux États-Unis, la croissance devrait se situer entre 2,25 et 2,5 %. Il est difficile d'imaginer un scénario où l'on passerait de ce niveau (et après une croissance de près de 3 % en 2018) à deux trimestres de croissance négative. Nous considérons donc que l'économie américaine continuera d'être le principal moteur de cette croissance mondiale, la solidité du marché du travail soutenant la confiance des ménages et les salaires. Après une année 2018, l'investissement productif devrait contribuer davantage à la croissance décevante par rapport aux intentions d'investissement exprimées par les entreprises. Par ailleurs, la politique budgétaire devrait rester expansionniste et la politique monétaire neutre ou même légèrement accommodante pendant encore une bonne partie de l'année.

Boursier.com : Quelles sont vos anticipations quant au nombre de hausses de taux de la Fed en 2019 ? Le marché ne semble pas "pricer" le nombre annoncé par l'institution...

D.M. : Il existe en effet un écart important entre la communication de la Fed sur le niveau de taux qu'elle juge " approprié " pour fin 2019 et fin 2020, et les niveaux de taux qui ressortent des contrats à terme sur les fonds fédéraux. La Fed indique de plus en plus explicitement que la question du niveau de taux neutre n'est pas tranchée et va continuer à affiner ses conclusions. Après avoir fait preuve de créativité pendant la Grande Récession, la réserve fédérale américaine semble opter pour une approche très pragmatique dans la première phase de la normalisation de sa politique monétaire. Nous sommes convaincus qu'elle va rester sur cette ligne et que, face aux incertitudes liées, notamment, à la politique commerciale américaine, elle va choisir de faire une pause dans son cycle de remontée des taux sans pour autant l'interrompre. La Fed estime que le taux de croissance de l'économie américaine compatible avec des prix stables est de 1,8%. Un taux suffisamment en dessous du niveau actuel pour lui permettre d'intervenir pour ralentir la croissance, faute de quoi l'inflation pourrait s'accélérer. Nous nous attendons donc à ce qu'elle procède à trois hausses de taux en 2019.

Boursier.com : Les différents risques (Brexit, Italie) qui pèsent sur la croissance de la zone Euro peuvent-ils faire renoncer la BCE à une première remontée de taux à l'été 2019 ou va-t-elle à tout prix vouloir reconstituer ses marges de manoeuvre monétaires ?

D.M. : Les risques liés au Brexit et à l'Italie, mais aussi le niveau de croissance enregistré cette année, l'un des plus faibles pour la zone euro, pourraient contraindre la BCE à l'attentisme. En effet, les récentes données économiques dans la zone euro sont restées décevantes : non seulement la croissance du PIB est ressortie à 0,2 % seulement au 3e trimestre mais la composition de cette croissance fait ressortir la faiblesse de la demande intérieure finale, consommation comme investissement. Par ailleurs, les exportations nettes, qui avaient contribué de façon importante à la croissance en 2017, ont fortement ralenti cette année. Si la faiblesse de la croissance persiste, la BCE pourrait choisir d'attendre, même si elle souhaite toujours voir les taux d'intérêt revenir à des niveaux "normaux". Dans ce contexte, notre scénario central retient l'hypothèse d'une première hausse des taux directeurs de la BCE au 4e trimestre 2019. Plusieurs éléments paraissent encourageants, en particulier la reprise régulière de l'emploi qui commence à se traduire par une remontée plus nette des salaires. Cet élément sera crucial pour la BCE alors que l'inflation sous-jacente (hors alimentaire et énergie) continue à évoluer sans tendance autour de 1 %. Rappelons que les aspects " non conventionnels " de la politique monétaire (Public Sector Purchase Programme et TLTRO) vont rester importants en 2019 compte tenu de la taille du bilan de la BCE..

Boursier.com : Comment voyez-vous évoluer le prix du baril de pétrole en 2019 ?

D.M. : Nous avions une vue baissière sur la seconde partie d'année 2018, faisant le pari d'un retournement de marché. Cette vue s'est réalisée et nous affichons désormais une vue neutre sur le pétrole. Néanmoins nous pensons que celui-ci atteindra de nouveaux points bas dans le courant de l'année 2019. Après une baisse de 30% des prix du brut, l'OPEC a annoncé une réduction de la production et il est vraisemblable que cette annonce aide le marché à corriger un peu ce mouvement de baisse à court terme. Cependant, les facteurs conditionnant la baisse des cours seront toujours présents en 2019, l'offre américaine restant très vigoureuse et le ralentissement de l'économie mondiale continuant à peser sur la demande.

Boursier.com : Quels sont vos scénarios concernant les évolutions des indices boursiers pour 2019 ?

D.M. : Compte tenu de notre scénario de référence, qui envisage un ralentissement de la croissance mondiale et une prépondérance des risques baissiers, nous préférons désormais afficher un positionnement structurellement neutre sur les actions car ces dernières nous semblent promises à une volatilité plus marquée. Cet environnement de marché nous amène à adopter un positionnement très flexible pour pouvoir répondre à une évolution des cours en dents de scie. Les marchés devraient essuyer des corrections substantielles dont l'identification précoce nous conduira à devenir plus défensifs dans le courant de l'année 2019.

Boursier.com : Faut-il se tenir à l'écart des marchés actions ou profiter des points d'entrée qui ne manqueront pas ...?

D.M. : Il ne nous apparaît pas encore opportun de rester structurellement à l'écart des marchés actions. Nous avons très fortement réduit notre exposition en septembre, nos indicateurs d'analyse de la dynamique des marchés montrant une forte probabilité de correction sur le mois d'octobre. Depuis, nous avons profité du repli pour racheter les marchés actions des pays développés. Nous tablons sur un rebond tactique entre la fin d'année 2018 et le début 2019. Nous sommes plus réservés par la suite car le resserrement monétaire aux Etats-Unis, la dissipation des effets de la relance budgétaire aux Etats-Unis, la poursuite des tensions entre la Chine et les Etats-Unis, voire de nouvelles tensions sur le front européen pourraient de nouveau peser sur les actions.

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