Christopher Gannatti, Responsable de la recherche chez WisdomTree

Christopher Gannatti Responsable de la recherche chez WisdomTree

Les small caps ont aussi la capacité de distribuer des dividendes en croissance régulière
Christopher Gannatti, Responsable de la recherche chez WisdomTree

Boursier.com : Distribution de dividendes et small caps ne vont a priori pas de pair... Quelles sont les petites valeurs qui ont la capacité de distribuer un coupon ?

C.G. : D'après nous, c'est un mythe que beaucoup pensent vrai mais qui ne correspond pas à ce que nous observons. Ce que l'on observe sur le marché américain fait école et sur ce marché, l'indice Russell 2000 a effectivement plus de 50 % de sa pondération dans des sociétés qui n'ont pas versé de dividendes au cours des 12 derniers mois. La majorité des sociétés qui ne versent pas de dividendes dans cet indice exercent dans les secteurs de la santé (généralement les biotechnologies), des technologies de l'information et de la consommation. Par conséquent, l'expérience américaine donne du fil à retordre à tous ceux qui pensent que les sociétés versant des dividendes doivent forcément évoluer dans les secteurs les plus défensifs et à faible empreinte carbone. Il est important de noter que l'expérience américaine n'est pas caractéristique de ce qui se passe sur d'autres marchés régionaux. On peut dire que les petites capitalisations des pays émergents n'ont pas les mêmes pratiques que celles du marché américain. Si l'on examine l'indice MSCI Emerging Markets Small Cap, plus de 79 % de sa pondération est constituée de sociétés ayant versé au moins un dividende au cours des 12 derniers mois. L'un des facteurs à prendre en compte est que le marché américain est celui où les rachats d'actions sont les plus nombreux, soit une option avantageuse pour le management étant donné le montant élevé de leur rémunération à base d'actions ou d'options. En dehors des États-Unis, la culture de rachat d'actions est beaucoup plus faible que celle des dividendes, et nous constatons que les entreprises versent des niveaux variables de dividendes beaucoup plus tôt dans leur cycle de vie.

Boursier.com : Quelle est leur performance par rapport aux autres petites valeurs ?

C.G. : Bien sûr, cela varie selon les périodes, mais notre analyse se fonde sur une période d'un an glissant à partir du 30 septembre 2017. Au cours de cette période, si l'on examine l'exemple américain et que l'on se concentre sur l'indice Russell 2000, les entreprises ne versant pas de dividendes ont enregistré des performances de 21,7 %. Dans le même temps, les actions de cet indice offrant les plus importants rendements ont dégagé une performance de 6,88 %. On en déduit donc que se concentrer sur les petites capitalisations à haut rendement n'était pas une stratégie gagnante côté performance. Par ailleurs, si nous examinons l'exemple des marchés émergents et que nous nous concentrons sur l'indice MSCI Emerging Markets Small Cap, au cours de cette même période de 12 mois, les entreprises ne versant pas de dividende ont perdu 3,51 %, tandis que celles en ayant distribué ont lâché 2,19 %. Ainsi, dans un contexte plus difficile pour les petites capitalisations des marchés émergents, il y a eu un certain amortissement à la baisse chez les sociétés offrant un rendement plus élevé.

Boursier.com : Cette distribution ne bride-t-elle pas la capacité de ces jeunes entreprises à investir et in fine leur développement donc à terme leur cours de Bourse ?

C.G. : Évidemment, si les entreprises ont les moyens de réinvestir, il est plus avantageux pour elles de le faire que de verser un dividende. Le paiement d'un coupon n'est pas l'apanage de toutes les entreprises du monde. Toutefois, si ces petites entreprises sont en mesure de réinvestir de façon appropriée et qu'il leur reste encore des liquidités, le versement d'un dividende ne nuit pas, à notre avis, à leur croissance future. Il est difficile pour nous de généraliser à toutes les small caps, car ces sociétés peuvent être très différentes.

Boursier.com : Est-ce une stratégie sur laquelle miser dans l'univers des small caps ? Autrement dit, la politique de distribution est-elle suffisamment constante, pérenne ; et ces sociétés ont-elles la capacité de distribuer davantage de coupons ?

C.G. : D'après notre expérience, les small caps ont la capacité de distribuer des dividendes en croissance régulière. Comme les grandes capitalisations. Si l'on se tourne vers le marché américain où nous avons déjà établi la faible capacité des small caps à distribuer un dividende, au cours des cinq derniers exercices clos le 30 septembre 2018, la croissance du coupon a été légèrement supérieure à 8,5% annualisée. Si nous comparons cela à la même mesure de l'indice S&P 500 pour la même période, la hausse annualisé est d'environ 8,8 %.

Boursier.com : Y a-t-il des différences selon les zones géographiques ? En termes de distribution chez les small caps et en termes de parcours boursier lié...

C.G. : La performance boursière des small caps que nous avons tous connue récemment a mis à l'honneur le marché américain, ce qui ne devrait surprendre personne, dans la mesure où les actions américaines ont nettement surperformé par rapport aux autres régions du monde. Nous constatons donc qu'en matière de distribution de dividende au sein des small caps à l'échelle mondiale, les États-Unis font figure d'exception par rapport aux autres grands marchés régionaux qui se montrent beaucoup plus généreux. L'Europe et le Japon sont par exemple deux pays versant d'importants dividendes et nous avons déjà cité les marchés émergents, où la proportion de distribution de dividendes s'élève à près de 80%. Il est important de noter que sur le marché américain, une fois qu'un dividende est déclaré, il devient un paiement trimestriel et doit être versé sur une base continue. A l'échelle mondiale, les entreprises sont plus enclines à verser un pourcentage en fonction de leurs bénéfices, et les marchés acceptent une plus grande variabilité. Aux États-Unis, les marchés ne font pas exception à la variabilité des dividendes, mais acceptent aussi la variabilité des rachats. C'est ce qui explique toutes ces différences entre les marchés. D'où l'intérêt de comprendre les particularités du marché américain des petites capitalisations par rapport à celles des autres régions du monde.

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