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Christopher Dembik, Chef économiste de Saxo Bank

Christopher Dembik Chef économiste de Saxo Bank

Le Marché cède complètement à l'irrationnel...
Christopher Dembik, Chef économiste de Saxo Bank

Boursier.com : La séquence qui a vu la Fed agir fort hier soir et les marchés européens dévisser dans la foulée, est-elle la preuve que les investisseurs considèrent que les banques centrales n'ont plus de cartouches?

C.D. : Le mouvement boursier repose sur beaucoup d'irrationalité et relève de la panique. On a assisté à de nombreux débouclages de positions de grands fonds institutionnels qui n'arrivent plus à analyser l'impact du coronavirus sur l'économie, alors que foncièrement, ce qui a été dévoilé hier soir est tout à fait adapté, notamment l'aspect 'QE' de la Fed, mis sur la table, d'une ampleur assez comparable à celui de 2010. Et puis la coordination des banques centrales, annoncée pour contrer le risque de liquidité en Dollar est essentielle. Ces mesures, au final, sont bonnes, mais le Marché cède complètement à l'irrationnel.

Boursier.com : Si on essaie de faire une comparaison avec 2008 : le risque de liquidité sur les banques, est-il exclu aujourd'hui ?

C.D. : En tout cas, on constate que préventivement, les banques centrales ont agi. Action qu'il faudra peut-être amplifier, mais le fait est que le risque de liquidité est écarté.

Boursier.com : La récession sera là en 2020. Sur des chiffres de quel ordre selon vous...?

C.D. : La récession sera extrêmement profonde. Ma crainte concerne la reprise économique, qui pourrait ne pas être rapide. Je pense qu'elle sera plutôt graduelle. Si on prend le cas de la France, déjà en récession au quatrième trimestre 2019, le premier trimestre 2020 s'annonce très mauvais en raison des données de mars et le deuxième trimestre 2020 sera lui vraisemblablement catastrophique. Notre scénario est celui d'une reprise très graduelle. Il n'y aura pas de reprise en "V"! Cela restait notre scénario tant que le virus se situait en Asie et en Chine. Mais dès qu'il s'est répandu en dehors de l'Asie, il a brisé l'espoir d'une reprise en "V".

Boursier.com : Le fait que les Etats-Unis soient au tout début de la crise sanitaire n'est-il pas un risque supplémentaire?

C.D. : Absolument. Un consensus est en train de s'établir pour envisager une récession aux Etats-Unis au T1 et T2, mais on peut envisager que ça le soit aussi au T3, étant donné le décalage temporaire par rapport à l'Europe. Et il faudra compter sur des mesures de quarantaine beaucoup plus importantes et qui auront un impact désastreux sur l'économie.

Boursier.com : Le débat existe autour de la fermeture des marchés ou de l'interdiction des ventes à découvert. Faut-il aller dans ce sens selon vous ?

C.D. : L'interdiction des ventes à découvert pourrait être décidée par Euronext. En revanche, fermer la Bourse n'aurait de sens que s'il s'agit d'une mesure concertée avec les autres places financières internationales. Sachant qu'une fermeture de la Bourse ne fait souvent que repousser la baisse dans le temps... Cela ne garantit en rien que la hausse reprendrait à la réouverture... Cela peut malgré tout s'avérer une solution si des mesures budgétaires et monétaires adéquates sont annoncées par la suite, avec une stabilisation du nombre de cas de contaminés.

Boursier.com : Ce sont les courbes de contamination et de décès qu'il faut regarder désormais?

C.D. : Ce seront des indicateurs de stabilisation et à ce titre, les experts nous disent qu'en France, la progression des chiffres devrait durer encore au moins 15 jours et ce, avec des mesures de quarantaines...

Boursier.com : Que penser des 30 à 40 MdsE de relance de la France par rapport aux 550 MdsE déployés en Allemagne?

C.D. : La France aime aller lentement. Les mesures, à ce stade ne semblent pas prendre l'ampleur de la crise. Il parait assez évident que le plan de relance doit être dimensionné à plus de 100 MdsE. Toutes les mesures prises concernent des garanties de prêts et de report de la fiscalité. Ça aide, mais une PME qui n'a plus de chiffre d'affaires pendant 2 mois, elle est à court de Trésorerie! Il faudra aller plus loin, soit avec des aides directes, soit avec une baisse massive de la fiscalité comme Singapour vient de le faire avec une baisse de -25% pour l'intégralité de 2020.

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