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Benjamin Louvet, Gérant matières premières chez OFI Asset Management

Benjamin Louvet Gérant matières premières chez OFI Asset Management

18 à 24 mois après la sortie de crise sanitaire, un choc pétrolier est tout à fait envisageable
Benjamin Louvet, Gérant matières premières chez OFI Asset Management

Boursier.com : Comment comprendre l'absence d'accord entre l'Arabie Saoudite et la Russie lors de la dernière réunion de l'OPEP ?

B.L. : Avant cette réunion, le ministre saoudien du pétrole a changé. Pour la première fois, il s'agit d'un membre de la famille royale. Ce nouveau ministre est compétent mais il n'entretient pas de bonnes relations avec son homologue russe. Lors de cette réunion de l'OPEP, les saoudiens ont voulu mettre la pression sur la Russie pour que les pays membres acceptent de réduire leur production de pétrole. L'Arabie Saoudite a échoué dans cette démarche...

Boursier.com : Pour quelles raisons ?

B.L. : Il faut savoir que Moscou espère vendre un système antimissiles aux saoudiens depuis longtemps mais que les négociations traînent en longueur. Par ailleurs, la réduction de la production de pétrole en Russie pose des problèmes techniques. En raison du froid, le redémarrage de la production est en effet compliqué... Enfin, les autorités russes ont considéré qu'il valait mieux attendre d'avoir davantage de visibilité sur les conséquences de la crise sanitaire plutôt que de réduire rapidement la production d'or noir.

Boursier.com : Quel est l'état actuel de la demande ?

B.L. : Avant même le confinement décidé en Inde, la baisse de la consommation mondiale de pétrole était était estimé par certains à 15 à 20 millions de baril par jour. Or, la consommation mondiale se situait autour de 100 millions de barils par jour en 2019...

Boursier.com : Quelles sont les conséquences du clash intervenu entre la Russie et l'Arabie Saoudite ?

B.L. : Chaque pays producteur décide aujourd'hui librement de sa production. Plusieurs d'entre eux dont l'Arabie Saoudite ont choisi de produire davantage. Les saoudiens veulent fragiliser les acteurs du pétrole de schiste américain qui sont endettés et qui vont avoir des difficultés à se refinancer ou tout autre producteur qui ne serait pas rentable. Traditionnel allié des Etats-Unis, l'Arabie Saoudite n'a pas apprécié que l'administration Trump cherche à condamner le comportement de cartel de l'OPEP et pourrait se servir de la situation pour obtenir des garanties des américains... La géopolitique du pétrole est toujours un peu compliquée.

Boursier.com : Mais les prix actuels du pétrole risquent de fragiliser l'Arabie Saoudite...

B.L. : L'Arabie Saoudite dispose de 500 Md$ de réserves de change. La dette du pays représente seulement 25% du PIB. On considère que le royaume peut tenir 2 ans avec les prix actuels du baril... Quant à la Russie, ses réserves de change sont de 600 Md$ et le rouble est une monnaie flottante. Les producteurs russes de pétrole vendent en $ mais leurs coûts sont en rouble. La baisse de la devise russe sur le marché des changes permet aux russes de gagner sur le change une partie de ce qu'ils perdent avec la baisse des prix du baril. La Russie pourrait peut-être envisager de réduire sa production si les américains acceptaient de lever les sanctions à leur encontre...

Boursier.com : Qu'en est-il de la situation américaine ?

B.L. : Le pétrole de schiste a permis de créer de nombreux emplois aux Etats-Unis. Mais cette industrie a affiché un free cash-flow positif sur un seul trimestre depuis 2008... Elle doit rembourser 400 Md$ sur les 4 prochaines années. Son prix de revient en incluant les charges financières se situe autour de 60-65 Dollars le baril. La baisse de la production d'un puit de pétrole classique est de 4% à 5% par an. Pour un gisement de pétrole de schiste, on est à -70% sur 18 mois.

Boursier.com : Quel est votre scénario central pour les prochains mois ?

B.L. : Tant que la crise sanitaire continuera, le prix de baril devrait demeurer sous pression. Mais en sortie de crise, la situation devrait rapidement évoluer. Selon un rapport de l'Agence Internationale de l'Energie datant de 2018, le pétrole conventionnel a atteint son pic de production en 2008. Or, la demande devrait se situer à 105 millions de barils/jour en 2025. En tenant compte de la baisse de production des puits actuels, on compte sur les pétroles de schiste qui doivent avoir une production supplémentaire de 10 à 12 millions de barils/jour d'ici 2025. Or, le pétrole de schiste n'a fourni que 8 millions de barils/jour additionnels entre 2008 et 2018... 18 à 24 mois après la sortie de crise sanitaire, un choc pétrolier est tout à fait envisageable.

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