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Arnaud Cadart, Gérant de portefeuilles chez Flornoy & Associés Gestion

Arnaud Cadart Gérant de portefeuilles chez Flornoy & Associés Gestion

Deux thématiques à jouer pour la sortie de crise!
Arnaud Cadart, Gérant de portefeuilles chez Flornoy & Associés Gestion

Boursier.com : Comment s'explique le fort rebond des marchés depuis une dizaine de jours ?

A.C. : Plusieurs éléments participent d'une amélioration du sentiment de marché : d'abord les données sanitaires sont moins mauvaises en Europe et le confinement porte ses fruits. Ensuite, le marché intègre une mobilisation probablement unique dans l'histoire en temps de paix : les banques centrales ont été réactives et mettent les moyens pour éviter une crise de liquidité et soutenir le crédit ; les Etats ont promis des politiques budgétaires volontaristes pour absorber le choc économique et limiter les risques de défaut des entreprises les plus exposées ; enfin la société civile s'est mobilisée comme jamais pour produire des équipements de protection individuelle ou de soins, qui permettront de sauver des vies et sortir un peu plus tôt du confinement. Cette mobilisation plaît aux marchés. Elle donne à penser que les économies vont se remettre en ordre de marche, comme annoncé en Autriche et au Danemark aujourd'hui. Les investisseurs tablent aussi sur l'arrivée rapide d'un vaccin, de nombreux laboratoires avançant à grands pas. Je suis toutefois surpris par la vigueur du rebond face à une forte hausse du nombre de cas à venir aux Etats-Unis qui va fortement affecter cette économie très réactive.

Boursier.com : Avez-vous réalisé des arbitrages durant la séquence de forte chute ?

A.C. : Nos portefeuilles sont entrés dans la crise avec un profil plutôt défensif qui leur ont permis de faire mieux que les indices, en particulier la SICAV FLORNOY Midcap EUrope. Nous avions par exemple renforcé les lignes bioMérieux, DiaSorin et Eurofins en janvier-février. Et depuis, nous ne nous précipitons pas pour revenir vers les valeurs les plus cycliques. Nous avons toutefois conservé en portefeuille certains titres en souffrance sur lesquels nous misons toujours sur un rebond structurel, à l'image d'Imerys, de Lisi, de TFF ou FFP. Il s'agit d'histoires particulières auxquelles nous croyons.

Boursier.com : Une chose semble demeurer durant cette crise : la distinction valeurs de croissance/valeurs décotées ("value") !

A.C. : Après un dernier quadrimestre 2019 qui avait vu un rebond plus marqué de la 'value', les valeurs de croissance ont en effet mieux résisté. L'environnement de taux d'intérêt durablement faibles pousse ces valeurs-là! Acheter de la croissance n'a jamais été aussi peu cher! En revanche, certaines valeurs décotées, qui ont subi de plein fouet la chute, comme l'automobile, les compagnies aériennes ou les banques, avec des revers majeurs, de plus de 40%, rebondissent aussi logiquement très fortement, sur des achats à bon compte.

Boursier.com : Quid des petites et moyennes capitalisations dans le contexte actuel?

A.C. : Le marché avait un aspect "très ETF" depuis quelques années, les institutionnels ayant été encouragés à chercher du rendement sur le marché actions en même temps qu'ils voulaient de l'hyper liquidité. C'est grâce au flux des ETF que les grandes capitalisations ont surperformé les moyennes et petites. Ces liquidités-là ont été les premiers à se retirer, ce qui explique que les petites et moyennes capitalisations aient un peu moins souffert lors de la purge. Mais pour que ces valeurs retrouvent des couleurs sur le long terme, il va falloir que des grands institutionnels croient de nouveau en la gestion active et investissent, avec un horizon de 3 ans, dans cette classe d'actifs qui regorge d'opportunités aujourd'hui. L'univers d'investissement ne se résume pas à un ETF Stoxx 50 d'un côté, et au Private Equity de l'autre.

Boursier.com : Aujourd'hui il n'y a plus de dividende. Ce fut un fort facteur de soutien aux marchés actions pendant des années...

A.C. : Le rendement du marché actions était effectivement resté à un niveau attractif au regard de celui du marché obligataire et constituait un facteur de soutien. Nous avons d'ailleurs profité du rapprochement entre Flornoy et Fox pour lancer en décembre dernier un fonds "Dividende Durable". C'est un produit très patrimonial, parfois destiné à un premier investissement en actions, investi dans des 'dividend aristocrats' comme les surnomment les anglo-saxons, des sociétés de grande qualité qui distribuent des dividendes par actions stables ou en croissance depuis 10 ans, au minimum. C'est donc un fonds de croissance plus qu'un fonds 'value', constitué d'entreprises qui ont déjà affronté des crises économiques. Nous avons 53 valeurs aujourd'hui en portefeuille et, effectivement, l'univers investissable s'est contracté depuis un mois, en raison des pressions économique et politique sur les dividendes. Et cela pourrait encore se prolonger en 2021. Pour notre part, nous sommes des investisseurs raisonnables et responsables, qui comprenons que des entreprises qui font largement appel à l'argent public doivent renoncer au dividende et se donner pour priorité le rétablissement de leur santé financière. Mais il faut aussi faire comprendre que des groupes comme L'Oréal, LVMH ou Hermès, qui ne demandent pas d'aide publique, qui sont en bonne santé et qui contribuent massivement aux finances publiques depuis des décennies, puissent rester maîtres de leur distribution. Avec ces entreprises, que nous avons évidemment en portefeuille, le dividende sert l'épargne de tous, permet le versement des pensions et le financement de l'innovation. Nous sommes donc très heureux de proposer un produit d'épargne de cette nature à nos clients.

Boursier.com : Comment imaginer, en Bourse, la sortie de crise?

A.C. : La crise sanitaire n'est pas terminée mais on sait d'ores-et-déjà que le bilan humain, social et économique en sera très lourd : plus de 75 000 décès à ce jour, des millions d'emplois, et 5 000 MM$ de PIB. Tout cela à cause de quoi ? D'une soupe de chauve-souris ?! Cela doit amener des changements de comportements et de politiques publiques. D'autant que les virus de cette nature sont de plus en plus fréquents et de plus en plus rapides à se propager dans un monde ouvert. Nous pensons que les pouvoirs publics vont renforcer les dispositifs de guérison et de prévention des maladies infectieuses. Nous insistons sur deux thématiques de moyen terme pour l'après crise : le lancement de plans publics en faveur des hôpitaux, en particulier des urgences hospitalières. En ce sens, les équipementiers hospitaliers, les diagnostiqueurs, les medtechs constituent des supports d'investissement importants pour les prochaines années. Et il faudra profiter de leur relatif délaissement en sortie de crise sanitaire. Une autre thématique sur laquelle nous portons notre réflexion est le passeport biologique. Le traumatisme du 11 septembre 2001 avait conduit à des contrôles resserrés, notamment aux aéroports. Nous pensons que la crise actuelle aura le même effet avec, possiblement, la mise en place d'un passeport biologique. Pour pouvoir voyager, il faudra probablement prouver l'état de ses vaccinations. Les spécialistes de la protection de données et les diagnostiqueurs en profiteront.

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