Accueil
»
Sicav FCP
»
Actualités
»
Interviews
»
Consultation
Alexandre Hezez, Directeur de la Gestion institutionnelle d'Auris Investment Managers

Alexandre Hezez Directeur de la Gestion institutionnelle d'Auris Investment Managers

L'union bancaire n'est pas une énième réforme mise en place dans l'urgence mais bien un processus pérenne qui devrait ramener la confiance dans le système bancaire à terme
Alexandre Hezez, Directeur de la Gestion institutionnelle d'Auris Investment Managers

Boursier.com : Quelles sont les solutions de sauvetage pour une banque européenne en difficultés ?

A.H. : Jusqu'en 2017, tout se passait comme si le lien étroit entre les Etats et les banques ne pouvait être rompu. Pour éviter des crises systémiques dues à des faillites bancaires, le renflouement d'une banque directement par un Etat semblait être la solution unique et sans alternative. Les premiers sauvetages ont été effectués en catastrophe et directement par les Etats. Les conséquences furent dramatiques pour les plus fragiles d'entre eux car non seulement cette solution mettait à mal leur solvabilité et la soutenabilité de leur propre dette, mais surtout parce que le contribuable était sollicité de manière indirecte. Cela posait inexorablement des questions politiques et des revendications sociétales dangereuses pour le processus démocratique futur. Cela posa de sérieux problèmes, avec un report dans le futur des crises, des finances publiques de plus en plus dégradées et une pression fiscale de plus en plus insupportable.

Boursier.com : Que prévoit-on aujourd'hui ?

A.H. : Le Mécanisme de Résolution Unique (MRU) des crises bancaires, deuxième pilier de l'union bancaire européenne, est entré en vigueur le 1er janvier 2016. En cas de faillite d'une banque, leMRU prévoit de solliciter en premier les actionnaires et les créanciers plutôt que l'Etat. Cependant, le passage du bail-out au bail-in n'était pas sans danger. Pour mémoire, le premier pilier de l'union bancaire, à savoir le Mécanisme de Supervision Unique (MSU) est déjà à pied d'oeuvre, la BCE étant le gendarme des principales banques européennes depuis le 4 novembre 2014. Un premier bail-in mise en place à Chypre en 2013 n'a pas donnée une solution probante et satisfaisante. Les déposants ont été mis à mal, en juillet 2013, le taux de ponction des dépôts supérieurs à 100 000EUR de la Bank of Cyprus est passé de 37,5% à 47,5%. Plus récemment en novembre 2015, l'Italie a sauvé de la faillite quatre petites banques régionales afin de garantir les comptes courants des clients, en mettant en place un fonds de sauvetage afin d'éviter la contribution des épargnants. La conséquence directe devint rapidement un risque politique inévitable avec la défiance grandissante envers certaines banques fragiles et des Bank-Run à répétition. La solution du bail-in trouvait donc ses limites.

Boursier.com : Où en est-on désormais ?

A.H. : Il convenait de retrouver la confiance dans le système bancaire, la crédibilité de la banque centrale et montrer aux investisseurs que la résolution trouvée était de nature à pérenniser le système. Il fallait un succès qui scelle définitivement le deuxième pilier de l'union bancaire.
Début juin a signé une nouvelle étape dans la construction de la zone euro et des mécanismes de l'union avec un bail-in grandeur nature réussi. Le superviseur unique des banques, logé à la Banque Centrale Européenne (BCE) à Francfort, a annoncé que Banco Popular était en faillite, ou s'apprêtait à le devenir. Le conseil de résolution unique a alors décidé qu'il n'y avait pas d'autre issue que d'appliquer les règles de renflouement de la banque par ses actionnaires et ses détenteurs de dettes. Poussée par les autorités européennes, la banque espagnole Santander a alors racheté Banco Popular pour 1 Euro symbolique, via le mécanisme européen visant à éviter la contagion des crises bancaires aux Etats, une première. Les impacts négatifs collatéraux ont été minimes voire insignifiants. La première banque espagnole y a vu l'occasion de renforcer sa position sur le crédit aux PME. Seuls les créanciers juniors et les actionnaires ont été impactés.

Boursier.com : Quelles leçons peut-on en tirer ?

A.H. : L'union bancaire n'est pas une énième réforme mise en place dans l'urgence mais bien un processus pérenne qui devrait ramener la confiance dans le système bancaire à terme. La BCE apparaît maintenant non seulement comme un organe de supervision mais aussi comme un garant de la santé du système bancaire. Depuis l'arrivée de Mario Draghi, elle est devenue au fil des années le socle crédible de la zone euro que ce soit en termes de communication ou d'actions. Au niveau des banques, cette expérience tend à montrer qu'il est possible en Europe de gérer une faillite bancaire sans que ce soit un risque important, aussi bien au niveau économique que politique. Cet élément est central pour assurer la confiance des épargnants et des déposants. Seuls les investisseurs avertis (qui investissent sur des produits plus risqués) sont touchés. De plus, un événement de crédit sur une banque ne doit plus se diffuser aux autres banques par effet domino. Les spreads de crédit des autres banques n'ont pas évolué lors de la faillite suivie du rachat de Banco Popular. Les épargnants ont été protégés et le risque politique écarté. Même si l'autorité de tutelle a clairement demandé à Banco Santander de racheter Banco Popular, cela démontre indirectement que les grandes banques systémiques sont maintenant capables d'intervenir sans se sacrifier et mettre en péril leur propre solvabilité. Il n'aurait jamais été exigé cela de la part d'un acteur fragile. Les efforts consentis en termes de ratio de fonds propres permettent maintenant à la BCE d'appuyer sa politique monétaire sur un groupe de banques plus solides. Ce sera sans aucun doute ces grandes banques qui constitueront le bras armé de la banque centrale par leur impact sur l'économie réelle. Elles seront au coeur de la consolidation voulue par les autorités européennes au sein du système bancaire européen.

Boursier.com : Les crises bancaires sont-elle terminées ?

A.H. : Il est évident qu'il faudra certainement d'autres bail-in réussis pour démontrer que la crise européenne de 2011 est derrière nous, mais nous prenons le meilleur des chemins pour y arriver. Il faudrait aussi plus de rachat transfrontalier pour créer une dynamique européenne. Que nous l'acceptions ou non, n'oublions pas que 75% du financement de l'économie de la zone Euro passe par les banques. La santé de ces dernières est la condition nécessaire mais non suffisante d'un retour à la croissance et à une confiance mise à mal depuis près de 10 ans. Le Conseil de l'Europe travaille encore à l'élaboration de nouvelles mesures de réduction des risques et de partage des risques pour renforcer l'union bancaire. La construction européenne passera par la réussite de ce mécanisme dans le cas contraire nous serons encore soumis à des crises économiques qui auront de grave répercutions politiques et sociales.

©2017-2020,