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Alexandre Baradez, Responsable de l'analyse marché chez IG

Alexandre Baradez Responsable de l'analyse marché chez IG

Pourquoi le Marché retracerait-il aussi rapidement le terrain perdu en une semaine ?
Alexandre Baradez, Responsable de l'analyse marché chez IG

Boursier.com : Les marchés sont suspendus à une communication du G7 aujourd'hui... Y a t-il vraiment matière à attendre des mesures fortes par rapport au coronavirus ?

A.B. : La question est de savoir s'il y a nécessité de mettre en place des mesures d'ampleur ou s'il faut conserver des cartouches pour plus tard si la situation économique venait à se dégrader... Et on peut se demander si une intervention forte suffirait a relancer l'économie alors que la visibilité demeure extrêmement faible sur les conséquences du coronavirus, notamment sur les résultats trimestriels des sociétés. Mais a contrario si rien n'est fait, le Marché pourrait être déçu... Le Marché paye déjà depuis hier des mesures fortes prises par le G7. C'est l'objet du rebond de 5% hier à Wall Street.

Boursier.com : Que peuvent faire les banques centrales ?

A.B. : Le Marché a aussi déjà commencé à acheter l'intervention des banques centrales. 50 points de base de baisse de taux de la Fed sont déjà "pricés" à 100% pour le 18 mars. Concernant la BCE, les taux étant déjà très bas, une nouvelle baisse mettrait à mal la santé des banques.

Boursier.com : La question étant avant tout d'ordre épidémiologique, on a du mal à comprendre quelle stratégie les banques centrales sont censées adopter...

A.B. : Selon moi, la BCE ne peut user que d'outils comme les TLTROs, outils de financements des entreprises. Les mesures purement monétaire sont stériles. Le sujet du moment pour une entreprise n'est absolument pas de savoir si on va payer 0,5% ou 1% sur un taux bancaire... Celles qui seraient utiles aux entreprises et à l'économie concerneraient des mesures d'aide à la trésorerie, à travers des reports ou étalements fiscaux. Mais cela dépend des Etats et non des banques centrales.

Boursier.com : L'intervention ne pourrait-elle pas avoir un effet inverse à celui voulu?

A.B. : Effectivement, les investisseurs pourraient se demander pourquoi les banques centrales interviendraient-elles, suite à une baisse de 10 à 12% des marchés ? Une intervention acterait un risque bien plus important sur l'économie aux yeux des investisseurs et donc cela les légitimerait à pousser les cours encore plus bas.

Boursier.com : Au final, selon vous, la baisse peut-elle reprendre?

A.B. : Il est sain de voir un Marché valoriser correctement un risque. La baisse de 10-12% semble légitime étant donné les premiers retours des sociétés concernant les dégâts engendrés par le virus. Après le rebond actuel, on peut très bien aller revisiter des niveaux plus bas, selon l'évolution de la situation. En revanche, si les banques centrales parvenaient à rétablir la confiance et à faire repartir les cours sur les plus hauts d'il y a quelques semaines, cela se ferait par étirement des multiples de valorisation étant donné la baisse des résultats qui s'annoncent au premier trimestre. Le mouvement serait complètement artificiel et participerait à la construction d'un schéma de valorisation excessive.

Boursier.com : L'hypothèse existe t-elle, selon vous ?

A.B. : Pourquoi le Marché aurait-il tout vendu en l'espace d'une semaine, retraçant le parcours depuis les anticipations de l'accord commercial Chine-USA, avec les injections de la Fed, si c'est pour tout racheter la semaine qui suit? Le schéma serait trop binaire et c'est pour cela que je serai très surpris que les banquiers centraux parviennent à remettre les marchés au plus haut. D'autant que la visibilité sur les résultats des entreprises est nulle. Si les sociétés devaient annoncer des résultats en baisse de 20 à 30%, le recul de 10% des marchés apparaîtrait faible!

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