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Wall Street : valse-hésitation, la Chine inquiète

Wall Street : valse-hésitation, la Chine inquiète
Wall Street : valse-hésitation, la Chine inquiète
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Le vif rebond de jeudi a été stoppé net vendredi à Wall Street par de nouvelles inquiétudes venues de Chine, où le géant immobilier Evergrande n'a toujours pas versé le coupon attendu jeudi sur une de ses obligations libellée en dollars. Par ailleurs, Pékin a annoncé l'interdiction de toutes les transactions sur les cryptomonnaies, une nouvelle étape dans le tour de vis que le pouvoir a asséné ces derniers mois à ses entreprises internet. Les taux continuent de se tendre dans l'anticipation de politiques monétaires moins accommodantes de la Fed et la BCE.

A deux heures de la clôture, les indices boursiers sont hésitants. L'indice Dow Jones est stable (-0,05%) à 34.747 points après un gain de 1,48% jeudi , tandis que l'indice large S&P 500 cède 0,05% à 4.446 pts (après +1,2% jeudi) et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques et biotechs, cède 0,27% à 15.010 pts (après +1% jeudi).

Le pétrole et les taux poursuivent leurs ascension, le bitcoin plonge

Le cours du pétrole brut léger américain WTI avance encore de 1% à 74,05$ pour le contrat à terme de novembre sur le Nymex, retrouvant ses plus hauts niveaux depuis près de 3 ans. L'or a légèrement progressé(+0,1%) à 1.751,70$ l'once (contrat à terme de décembre), après une chute de 1,6% jeudi, au plus bas depuis 6 semaines.

Sur les marchés obligataires, le rendement du T-Bond à 10 ans grimpe encore de 2 points de base à 1,45% après un bond de 13 pb jeudi, au plus haut depuis début juillet. Les taux US à 30 ans se tendent à 1,97% contre 1,94% jeudi et 1,84% mercredi... En Europe, le rendement du Bund allemand à 10 ans a encore gagné 3 pb à -0,23%, là aussi dans l'anticipation de politiques monétaires moins accommodantes des deux côtés de l'Atlantique. Côté devises, l'indice du dollar cède 0,18% à 93,29 points, face à un panier de devises, et l'euro perd lui aussi 0,15% à 1,1718$.

Les cryptomonnaies souffrent des nouvelles mesures chinoises de répression contre l'industrie des cryptomonnaies et ses utilisateurs. Le bitcoin perd ainsi 6% sur 24h, autour de 41.970$ vendredi soir sur le site Coindesk.

Du côté des valeurs, Salesforce gagne encore 2% après avoir relevé ses prévisions financières, et Nike perd plus de 6% après avoir revu les siennes à la baisse, en raison de problèmes de chaîne d'approvisionnement qui l'empêchent de livrer ses équipements sportifs. Sept des onze indices sectoriels du S&P 500 pointent dans le vert, à commencer par l'énergie (+0,9% après +3,4% jeudi), saluant la hausse des cours du pétrole te du gaz.

Les financières gagnent encore 0,5% après +2,5% jeudi, soutenues par la tension observée sur les taux d'intérêts depuis que la Fed a confirmé mercredi qu'elle envisageait de réduire ses achats d'actifs à partir de la fin de l'année, et qu'elle pourrait commencer à relever ses taux directeurs l'an prochain et non en 2023 comme elle l'anticipait précédemment.

L'approche d'une normalisation de la politique monétaire de la Fed, qui sera très progressive et dépendra de l'évolution des indicateurs conjoncturels, n'a pas effrayé les investisseurs, les responsables de la Fed ayant trouvé les mots justes pour préparer les marchés. En outre, cette normalisation est synonyme de reprise économique solide, ce qui devrait avoir des répercussions positives sur les bénéfices des entreprises dans les prochains trimestres.

Retour des craintes de défaillance d'Evergrande

Vendredi, c'est donc encore le feuilleton Evergrande qui ravive les inquiétudes des marchés. Certains détenteurs d'obligations offshore de China Evergrande n'auraient pas reçu le paiement des intérêts d'un emprunt obligataire à la date-limite de jeudi, selon deux sources proches du dossier citées par l'agence Reuters.

L'éventuelle faillite du géant chinois de l'immobilier vient donc tourmenter encore les opérateurs, d'autant que Pékin a déjà préparé les autorités régionales chinoises à une telle possibilité. Evergrande, qui affiche un lourd fardeau d'endettement évalué à 300 milliards de dollars, n'a publié aucune information sur le paiement des 83,5 millions de dollars d'intérêts obligataires qu'il devait verser jeudi.

Le groupe a 30 jours pour régulariser sa situation. Un autre paiement de 47,5 millions de dollars doit être en principe versé la semaine prochaine, ce qui devrait donner lieu au même suspense. Les marchés espèrent toutefois que Pékin intervienne ultimement pour éviter toute contagion.

La Fed prépare la normalisation de sa politique monétaire

La place américaine avait été soutenue cette semaine par une intervention mesurée de Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale américaine. Il a indiqué mercredi soir que la Fed pourrait commencer à réduire le montant de ses achats d'actifs dès le mois de novembre, et que le processus de 'tapering' pourrait être achevé "vers le milieu de l'année prochaine". Lors de sa traditionnelle conférence de presse suivant la réunion de politique monétaire de la Fed, M. Powell a dit que le "tapering pourrait commencer aussi tôt que la prochaine réunion", qui se tiendra les 2 et 3 novembre prochains. Powell a cependant ajouté que le calendrier de la Fed ne serait "pas un signal direct concernant le début du relèvement des taux directeurs de la Fed", qui dépendra d'autres facteurs.

Les nouvelles projections macro-économiques de la Fed, publiées mercredi soir, ont montré qu'elle pourrait procéder à une première hausse de ses taux directeurs dès 2022, et non en 2023 comme attendu jusqu'ici par les marchés financiers. Le taux des 'fed funds', actuellement proche de zéro, est désormais attendu à 0,3% fin 2022, 1% fin 2023 et 1,8% fin 2024. La Fed a relevé ses prévisions d'inflation, mais elle continue de juger transitoire la hausse des prix actuelle, liée selon elle aux soubresauts de la sortie de la pandémie de coronavirus.

Menace de "shutdown" aux Etats-Unis le 30 septembre

Jerome Powell a par ailleurs appelé le Congrès américain a voter aussi vite que possible pour relever le plafond de la dette fédérale et éviter le risque d'un défaut des Etats-Unis sur sa dette, un événement aussi inédit qu'inimaginable pour les marchés financiers. "Je pense que nous sommes tous d'accord pour dire que les Etats-Unis ne devraient faire défaut sur aucune de leurs obligations... et que personne ne devrait penser que la Fed ou qui que ce soit d'autre serait capable de protéger les marchés ou l'économie si un tel défaut se produisait", a prévenu M. Powell.

Ces dernières semaines, les tensions politiques à Washington autour du budget et des vastes projets d'investissement de Joe Biden ont fait craindre que les élus ne jouent avec le feu en retardant l'échéance concernant le plafond de la dette... Si celui-ci n'est pas relevé avant le 30 septembre prochain, les services fédéraux ne pourront plus être financés, et devront fermer ("shutdown").

Or, il n'y a pas de grand progrès aux Etats-Unis en cette fin de semaine autour de la législation du plafond de la dette et de la fermeture potentielle du gouvernement. Le leader républicain du Sénat Mitch McConnell a réitéré jeudi que les Républicains ne voteraient pas pour augmenter le plafond de la dette. Le chef de la majorité au Sénat, Chuck Schumer, a lui déposé hier un texte pour un vote lundi à la Chambre, qui maintiendrait les agences fédérales ouvertes jusqu'en décembre. Cependant, ce vote intervient juste avant le "deadline" du 30 septembre qui déclencherait une fermeture ("shutdown"), et il est presque certain qu'il sera bloqué par le GOP (parti républicain). 'Punchbowl News' a indiqué que les Démocrates devraient ensuite décider des prochaines étapes, qui pourraient comprendre une augmentation de la limite d'endettement par eux-mêmes ou l'inclure dans le cadre d'un plan 'de réconciliation' séparé.

Le consensus de marché semble être que le Congrès américain évitera une fermeture du gouvernement et parviendra à un accord pour augmenter ou suspendre le plafond de la dette. L'agence de notation Moody's a averti néanmoins que le 'non-relèvement' de la limite d'endettement pourrait plomber les actions... de près d'un tiers, anéantissant près de 15.000 milliards de dollars de richesse et coûtant jusqu'à 6 millions d'emplois à l'économie, ce qui entraînerait une augmentation du taux de chômage à environ 9%...

Coup de mou sur le climat des affaires allemand

Sur le front économique outre-Atlantique ce vendredi, les ventes de logements neufs aux États-Unis pour le mois d'août 2021 sont ressorties au nombre de 740.000, contre un consensus de 708.000 et un niveau révisé (en hausse) à 729.000 pour le mois antérieur.

Ailleurs dans le monde, l'indice Ifo allemand du climat des affaires a reculé à 98,8 en septembre après 99,6 pour août, alors que le marché n'attendait qu'un repli à 99. La composante de la situation actuelle est ressortie à 100,4, inférieure aux attentes, mais la composante des anticipations est supérieure au consensus, à 97,3.

Enfin, le PMI manufacturier japonais du mois de septembre est ressorti inférieur aux attentes à 51,2, alors que le CPI national du Japon a baissé plus que prévu en glissement annuel pour le mois d'août, mais est demeuré stable 'hors denrées périssables'.

VALEURS A SUIVRE

Nike (-6%) a publié jeudi soir un bénéfice net supérieur aux attentes pour son 1er trimestre fiscal, mais son chiffre d'affaires a légèrement manqué le consensus des analystes financiers. Le bénéfice net du numéro un mondial des équipements sportifs a atteint 1,87 milliard de dollars pour le trimestre achevé le 31 août, en hausse de 23% par rapport à la même période de 2020. Le bénéfice net par action s'est établi à 1,16$, supérieur au 1,12$ attendu par le consensus. Les ventes du groupe ont progressé de 16% par rapport à la même période de 2020 (et de 12% à taux de change constant), pour atteindre 12,2 milliards de dollars, un chiffre toutefois un peu inférieur aux attentes des analystes, qui tablaient sur 12,47 Mds$.

Les ventes du groupe aux Etats-Unis ont grimpé de 15% à 4,88 Mds$, mais ont été plus faibles que prévu par les marchés (5,05 Mds$), en raison des difficultés liées à la chaîne d'approvisionnement sur fond de propagation du variant delta du coronavirus. La croissance des ventes en Chine (+11%) a aussi été jugée un peu juste, comparée à celle des autres régions du monde.

Les ventes en ligne de la marque Nike ont bondi de 29% sur un an (+25% à taux de change constant) et les ventes directes ont elles aussi bondi de 28% (+25% à TCC) pour atteindre 4,7 Mds$.

Costco Wholesale (+2%), le géant américain de la distribution, a annoncé pour son quatrième trimestre fiscal un bénéfice ajusté par action de 3,90$, contre 3,55$ de consensus et 3,13$ un an auparavant. Les revenus ont totalisé 62,7 milliards de dollars sur la période close en août, proches des attentes du consensus, contre 53,4 milliards de dollars sur la période correspondante de l'an dernier. La pandémie de Covid-19 a même permis au groupe de réaliser sur l'ensemble de l'exercice sa meilleure croissance annuelle depuis les années 90.

La chaîne d'entrepôts accessibles sur adhésion uniquement a aussi décidé de restaurer les limitations d'achat sur certains articles, dont l'eau en bouteille ou l'essui-tout, sur fond "d'achats en panique" de certains clients, face à la croissance du nombre de cas covid. Pour le trimestre clos, la croissance à comparable de l'activité, hors impact de l'essence et fluctuations de changes, a été de 9,4% en glissement annuel, contre 8% de consensus. La croissance des ventes consolidées a atteint 17,5%. Le bénéfice net a représenté 1,67 milliard de dollars et 3,76$ par titre, contre 1,39 milliard un an avant.

Sur l'exercice, le bénéfice net s'est ainsi établi à 5,01 milliards de dollars et 11,27$ par titre, contre 4 milliards un an avant. Les revenus de l'exercice ont progressé de 17,7% à plus de 192 milliards de dollars.

IAC/Interactive (+2%) serait en discussions avancées pour l'acquisition de Meredith Corp dans le cadre d'un deal valorisé plus de 2,5 milliards de dollars, indique le Wall Street Journal, citant des sources proches de la question. IAC se positionnerait devant un rival de private equity sur le dossier, et un accord pourrait être trouvé dans les prochaines semaines.

Parker-Hannifin (stable). Le Royaume-Uni pourrait enquêter sur le rachat de Meggitt par le conglomérat américain Parker-Hannifin, précise le Daily Mail, citant une source au sein de l'industrie. Ainsi, la Competition and Markets Authority pourrait étudier le deal afin de déterminer s'il menace la sécurité nationale britannique. Cela pourrait repousser l'opération d'au moins quelques mois.

Twitter (stable), le réseau social média de Jack Dorsey, a indiqué hier jeudi qu'il allait permettre à ses utilisateurs de verser des 'tips' (pourboires) en bitcoin aux créateurs de contenus sur sa plateforme et qu'il lancerait un fonds pour rémunérer certains utilisateurs hébergeant des salles de discussion audio sur Spaces, son espace de conversation en direct.

Baidu (-2%). Dur d'être un groupe chinois coté... Deux sources de Reuters proches de la question précisent qu'il est peu probable que l'autorité chinoise de concurrence donne son feu vert au rachat par Baidu, moteur de recherche en chinois, coté à Wall Street, du spécialiste de la vidéo Joyy pour 3,6 milliards de dollars.

Pfizer (-0,7%) / BioNTech (-3,8%). Le groupe américain et son partenaire allemand font toujours l'actualité avec leur vaccin contre le Covid-19. Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) se sont prononcés en faveur de l'administration d'une dose de rappel du vaccin chez les Américains âgés de 65 ans et plus, ainsi que chez certains adultes présentant des facteurs de risque de développer une forme grave de la maladie. Cette décision intervient après qu'un comité des CDC a refusé la veille de recommander une dose de rappel du vaccin pour certaines professions jugées à risque, comme les enseignants.

McDonald's (+0,5%). Le géant américain de la restauration rapide a annoncé qu'il allait reprendre ses rachats d'actions et renforcer par ailleurs de 7% son dividende trimestriel. La chaîne de fast food de Chicago avait suspendu en début d'année dernière son programme de rachat d'actions de 15 milliards de dollars, afin de préserver sa trésorerie durant la pandémie. Alors que les ventes mondiales de la compagnie de l'Illinois sont désormais supérieures aux niveaux pré-pandémiques, et suite au relèvement de la guidance financière annoncé en juillet pour l'exercice 2021, la chaîne vient de déclarer un dividende trimestriel cash de 1,38$ par titre, payable le 15 décembre, ce qui représente un paiement total de plus d'un milliard de dollars pour le seul quatrième trimestre !

Tesla (+1,7%). Elon Musk a déclaré que les nouvelles usines de 'puces' prévues ou en construction devraient permettre de réduire l'an prochain la pénurie affectant le secteur... A ce sujet, notons par ailleurs que la Maison Blanche a demandé aux constructeurs automobiles, aux fabricants de puces et à d'autres groupes du secteur de fournir des informations sur la crise des semi-conducteurs perturbant la production sectorielle aux USA. Mieux vaut tard que jamais.

Carnival (+2,5%) gagne du terrain, alors que le croisiériste a pourtant publié au titre du troisième trimestre fiscal une perte nette de 2,8 milliards de dollars, contre 2,1 milliards de dollars au deuxième trimestre et 2,9 milliards de dollars sur la période comparable de l'an dernier. Sur le troisième trimestre fiscal 2019, période pré-pandémique comparable, le groupe avait dégagé un bénéfice net de 1,8 milliard de dollars. La perte ajustée trimestrielle a été de 2 milliards de dollars sur la période close, contre 1,7 milliard un an avant. Les investisseurs préfèrent cependant anticiper la reprise de l'activité, après cette longue période de disette.

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