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Wall Street hésite, plombé par Evergrande

Wall Street hésite, plombé par Evergrande
Wall Street hésite, plombé par Evergrande
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Wall Street, qui alignait hier jeudi une deuxième séance de vive progression (+1,48% sur le DJIA et +1,04% sur le Nasdaq), reperd du terrain ce vendredi, inquiet du dénouement de "l'affaire" Evergrande. Le Dow Jones est orienté en repli de 0,03% à 34.755 pts et le S&P 500 en baisse de 0,1% à 4.444 pts, tandis que le Nasdaq cède 0,45% à 14.985 pts. Le baril de brut WTI avance de 0,5% à 73,7$. L'once d'or perd 0,2% à 1.747$. L'indice dollar régresse de 0,1% face à un panier de devises de référence. Le bitcoin retombe de 4% sur les 42.000$, alors que la banque centrale de Chine a déclaré que toutes les activités liées à la monnaie virtuelle étaient illégales...

C'est une fois encore le feuilleton Evergrande qui ravive les inquiétudes des marchés. Certains détenteurs d'obligations offshore de China Evergrande n'auraient pas reçu le paiement des intérêts d'un emprunt obligataire à la date-limite de jeudi, selon deux sources proches du dossier citées par l'agence Reuters. L'éventuelle faillite du géant chinois de l'immobilier vient donc tourmenter encore les opérateurs, d'autant que Pékin a déjà préparé les autorités régionales chinoises à une telle possibilité. Evergrande, qui affiche un lourd fardeau d'endettement évalué à 300 milliards de dollars, n'a publié aucune information sur le paiement des 83,5 millions de dollars d'intérêts obligataires qu'il devait verser jeudi. Le groupe a 30 jours pour régulariser sa situation. Un autre paiement de 47,5 millions de dollars doit être en principe versé la semaine prochaine, ce qui devrait donner lieu au même suspense. Les marchés espèrent toutefois que Pékin intervienne ultimement pour éviter toute contagion.

La place américaine avait été soutenue cette semaine par une intervention mesurée de 'Jay' Powell. Le président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, a indiqué mercredi soir que la Fed pourrait commencer à réduire le montant de ses achats d'actifs dès le mois de novembre, et que le processus de 'tapering' pourrait être achevé "vers le milieu de l'année prochaine". Lors de sa traditionnelle conférence de presse suivant la réunion de politique monétaire de la Fed, M. Powell a dit que le "tapering pourrait commencer aussi tôt que la prochaine réunion", qui se tiendra les 2 et 3 novembre prochains. Powell a cependant ajouté que le calendrier de la Fed ne serait "pas un signal direct concernant le début du relèvement des taux directeurs de la Fed", qui dépendra d'autres facteurs.

Les nouvelles projections macro-économiques de la Fed, publiées mercredi soir, ont montré qu'elle pourrait procéder à une première hausse de ses taux directeurs dès 2022, et non en 2023 comme attendu jusqu'ici par les marchés financiers. Le taux des 'fed funds', actuellement proche de zéro, est désormais attendu à 0,3% fin 2022, 1% fin 2023 et 1,8% fin 2024.

La Fed a laissé sa politique monétaire inchangée, mais a signalé qu'une réduction du montant de son programme d'achat d'actifs (le "tapering") "pourrait bientôt être nécessaire", si les progrès observés vers les objectifs de la Fed en matière d'inflation et d'emploi se poursuivent globalement comme attendu. Rappelons que pour faire face à la crise provoquée par la pandémie de coronavirus, la Fed achète chaque mois 120 milliards de dollars d'actifs, dont 80 Mds$ de bons du Trésor et 40 Mds$ de créances adossées à des prêts immobiliers.

Le calendrier évoqué par M. Powell semble correspondre à peu près aux attentes des marchés, qui tablaient sur une réduction des achats, plutôt à partir de décembre, au rythme de 15 milliards de dollars par mois. A ce rythme, il faudrait 8 mois à la Fed pour ramener ses achats à zéro

Le patron de la Fed, qui a par ailleurs refusé de commenter les rumeurs selon lesquelles Joe Biden le reconduirait pour un 2e mandat de 4 ans, a ajouté que "de nombreux membres de la Fed pensent que l'objectif des "progrès substantiels" a d'ores et déjà été atteint sur le front de l'emploi. Pour sa part, il a estimé que cet objectif était "en grande partie atteint". Powell a ajouté qu'il y avait "un large soutien pour le calendrier du tapering" au sein du comité FOMC de politique monétaire de la Fed.

Powell a appelé le Congrès américain a voter aussi vite que possible pour relever le plafond de la dette fédérale et éviter le risque d'un défaut des Etats-Unis sur sa dette, un événement aussi inédit qu'inimaginable pour les marchés financiers. "Je pense que nous sommes tous d'accord pour dire que les Etats-Unis ne devraient faire défaut sur aucune de leurs obligations... et que personne ne devrait penser que la Fed ou qui que ce soit d'autre serait capable de protéger les marchés ou l'économie si un tel défaut se produisait", a prévenu M. Powell.

Ces dernières semaines, les tensions politiques à Washington autour du budget et des vastes projets d'investissement de Joe Biden ont fait craindre que les élus ne jouent avec le feu en retardant l'échéance concernant le plafond de la dette... La secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, a prévenu ces derniers jours que les fonds spéciaux alloués fin août à l'Etat pourraient être épuisés dès la mi-octobre, jugeant urgent que le Congrès agisse pour permettre à l'Etat fédéral de continuer à payer ses factures, son personnel et a refinancer sa dette.

Il n'y a pas grand progrès aux États-Unis en cette fin de semaine autour de la législation du plafond de la dette et de la fermeture potentielle du gouvernement. Le leader républicain du Sénat Mitch McConnell a réitéré hier que les républicains ne voteraient pas pour augmenter le plafond de la dette. Le chef de la majorité au Sénat, Chuck Schumer, a lui déposé hier pour un vote lundi le projet de loi de la Chambre, qui maintiendrait les agences fédérales ouvertes jusqu'en décembre. Cependant, le vote intervient juste avant l'expiration des dépenses gouvernementales du 30 septembre qui déclencherait une fermeture et il est presque certain qu'il sera bloqué par le GOP (parti républicain). Punchbowl News a indiqué que les démocrates devraient ensuite décider des prochaines étapes, qui pourraient comprendre une augmentation de la limite d'endettement par eux-mêmes ou l'inclure dans le cadre d'un plan 'de réconciliation' séparé.

Le Wall Street Journal a noté hier que la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, avait laissé entendre que les démocrates pourraient dissocier le financement du gouvernement du plafond de la dette, de peur qu'il n'y ait pas assez de temps pour insérer la suspension du plafond de la dette dans le projet de loi de réconciliation.

Le consensus de marché semble être que le Congrès américain évitera une fermeture du gouvernement et parviendra à un accord pour augmenter ou suspendre le plafond de la dette. Cependant, les économistes et les stratèges mettent de plus en plus en garde contre l'incertitude élevée et le risque global associé. En ce qui concerne l'impact potentiel sur le marché, Goldman Sachs a déclaré que les fermetures du gouvernement américain n'avaient généralement pas eu d'impact significatif sur les performances des actions. Les données historiques ne montrent aucun impact important sur le S&P des fermetures ou des récentes confrontations sur la question du plafond de la dette.

L'agence de notation Moody's a averti néanmoins que le 'non-relèvement' de la limite d'endettement pourrait plomber les actions... de près d'un tiers, anéantissant près de 15 000 milliards de dollars de richesse et coûtant jusqu'à 6 millions d'emplois à l'économie, ce qui entraînerait une augmentation du taux de chômage à environ 9%...

Comme la Secrétaire au Trésor Janet Yellen, Moody's Analytics critique ainsi "le jeu dangereux" joué actuellement au Congrès sur cette question du plafond de la dette. L'administration Biden et le Congrès ont beaucoup à résoudre dans les semaines à venir, entre efforts législatifs massifs pour augmenter les dépenses d'infrastructure et soutien fiscal pour une gamme de programmes sociaux et dédiés au changement climatique. "Mais plus urgent encore, le Congrès a une échéance au 30 septembre pour renouveler l'autorisation de dépenser du gouvernement venant à expiration pour l'exercice 2022 qui commence le 1er octobre. Ne pas le faire entraînerait une fermeture du gouvernement. Ensuite, il y a la limite de dette du Trésor, qui a été rétablie le 1er août de cette année. Incapable d'emprunter davantage, le Trésor a utilisé ses liquidités disponibles pour payer ses factures, mais d'ici la mi-octobre à la fin octobre, ces fonds seront épuisé", s'alarme Moody's.

Sur le front économique outre-Atlantique ce vendredi, les ventes de logements neufs aux États-Unis pour le mois d'août 2021 sont ressorties au nombre de 740.000, contre un consensus de 708.000 et un niveau révisé (en hausse) à 729.000 pour le mois antérieur.

Raphael Bostic, Esther George, David Bowman et Richard Clarida de la Fed, interviennent ce jour, mais c'est une fois encore le président de la digne institution monétaire américaine, Jerome Powell, qui retiendra l'attention. Compte tenu des éléments déjà fournis à l'occasion de la réunion monétaire de cette semaine, il est toutefois peu probable que les discours des différents responsables de la banque centrale américaine offrent ce jour une quelconque surprise.

Ailleurs dans le monde ce vendredi, le PMI manufacturier japonais du mois de septembre est ressorti inférieur aux attentes à 51,2, alors que le CPI national du Japon a baissé plus que prévu en glissement annuel pour le mois d'août, mais est demeuré stable 'hors denrées périssables'.

L'indice Ifo allemand du climat des affaires pour septembre est ressorti proche du consensus à 98,8, avec une composante de la situation actuelle de 100,4 inférieure aux attentes, mais une composante des anticipations supérieure au consensus à 97,3.

Les valeurs

Costco Wholesale (+2%), le géant américain de la distribution, a annoncé pour son quatrième trimestre fiscal un bénéfice ajusté par action de 3,90$, contre 3,55$ de consensus et 3,13$ un an auparavant. Les revenus ont totalisé 62,7 milliards de dollars sur la période close en août, proches des attentes du consensus, contre 53,4 milliards de dollars sur la période correspondante de l'an dernier. La pandémie de Covid-19 a même permis au groupe de réaliser sur l'ensemble de l'exercice sa meilleure croissance annuelle depuis les années 90.

La chaîne d'entrepôts accessibles sur adhésion uniquement a aussi décidé de restaurer les limitations d'achat sur certains articles, dont l'eau en bouteille ou l'essui-tout, sur fond "d'achats en panique" de certains clients, face à la croissance du nombre de cas covid. Pour le trimestre clos, la croissance à comparable de l'activité, hors impact de l'essence et fluctuations de changes, a été de 9,4% en glissement annuel, contre 8% de consensus. La croissance des ventes consolidées a atteint 17,5%. Le bénéfice net a représenté 1,67 milliard de dollars et 3,76$ par titre, contre 1,39 milliard un an avant.

Sur l'exercice, le bénéfice net s'est ainsi établi à 5,01 milliards de dollars et 11,27$ par titre, contre 4 milliards un an avant. Les revenus de l'exercice ont progressé de 17,7% à plus de 192 milliards de dollars.

Nike (-7%) a publié jeudi soir un bénéfice net supérieur aux attentes pour son 1er trimestre fiscal, mais son chiffre d'affaires a légèrement manqué le consensus des analystes financiers. Le bénéfice net du numéro un mondial des équipements sportifs a atteint 1,87 milliard de dollars pour le trimestre achevé le 31 août, en hausse de 23% par rapport à la même période de 2020. Le bénéfice net par action s'est établi à 1,16$, supérieur au 1,12$ attendu par le consensus. Les ventes du groupe ont progressé de 16% par rapport à la même période de 2020 (et de 12% à taux de change constant), pour atteindre 12,2 milliards de dollars, un chiffre toutefois un peu inférieur aux attentes des analystes, qui tablaient sur 12,47 Mds$.

Les ventes du groupe aux Etats-Unis ont grimpé de 15% à 4,88 Mds$, mais ont été plus faibles que prévu par les marchés (5,05 Mds$), en raison des difficultés liées à la chaîne d'approvisionnement sur fond de propagation du variant delta du coronavirus. La croissance des ventes en Chine (+11%) a aussi été jugée un peu juste, comparée à celle des autres régions du monde.

Les ventes en ligne de la marque Nike ont bondi de 29% sur un an (+25% à taux de change constant) et les ventes directes ont elles aussi bondi de 28% (+25% à TCC) pour atteindre 4,7 Mds$.

IAC/Interactive (+2%) serait en discussions avancées pour l'acquisition de Meredith Corp dans le cadre d'un deal valorisé plus de 2,5 milliards de dollars, indique le Wall Street Journal, citant des sources proches de la question. IAC se positionnerait devant un rival de private equity sur le dossier, et un accord pourrait être trouvé dans les prochaines semaines.

Parker-Hannifin (stable). Le Royaume-Uni pourrait enquêter sur le rachat de Meggitt par le conglomérat américain Parker-Hannifin, précise le Daily Mail, citant une source au sein de l'industrie. Ainsi, la Competition and Markets Authority pourrait étudier le deal afin de déterminer s'il menace la sécurité nationale britannique. Cela pourrait repousser l'opération d'au moins quelques mois.

Twitter (stable), le réseau social média de Jack Dorsey, a indiqué hier jeudi qu'il allait permettre à ses utilisateurs de verser des 'tips' (pourboires) en bitcoin aux créateurs de contenus sur sa plateforme et qu'il lancerait un fonds pour rémunérer certains utilisateurs hébergeant des salles de discussion audio sur Spaces, son espace de conversation en direct.

Baidu (-2%). Dur d'être un groupe chinois coté... Deux sources de Reuters proches de la question précisent qu'il est peu probable que l'autorité chinoise de concurrence donne son feu vert au rachat par Baidu, moteur de recherche en chinois, coté à Wall Street, du spécialiste de la vidéo Joyy pour 3,6 milliards de dollars.

Pfizer (-2%) / BioNTech. L'Américain et son partenaire allemand font toujours l'actualité avec leur vaccin contre le Covid-19. Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) se sont prononcés en faveur de l'administration d'une dose de rappel du vaccin chez les Américains âgés de 65 ans et plus, ainsi que chez certains adultes présentant des facteurs de risque de développer une forme grave de la maladie. Cette décision intervient après qu'un comité des CDC a refusé la veille de recommander une dose de rappel du vaccin pour certaines professions jugées à risque, comme les enseignants.

McDonald's (+1%). Le géant américain de la restauration rapide a annoncé qu'il allait reprendre ses rachats d'actions et renforcer par ailleurs de 7% son dividende trimestriel. La chaîne de fast food de Chicago avait suspendu en début d'année dernière son programme de rachat d'actions de 15 milliards de dollars, afin de préserver sa trésorerie durant la pandémie. Alors que les ventes mondiales de la compagnie de l'Illinois sont désormais supérieures aux niveaux pré-pandémiques, et suite au relèvement de la guidance financière annoncé en juillet pour l'exercice 2021, la chaîne vient de déclarer un dividende trimestriel cash de 1,38$ par titre, payable le 15 décembre, ce qui représente un paiement total de plus d'un milliard de dollars pour le seul quatrième trimestre !

Tesla (+1%). Elon Musk a déclaré que les nouvelles usines de 'puces' prévues ou en construction devraient permettre de réduire l'an prochain la pénurie affectant le secteur... A ce sujet, notons par ailleurs que la Maison Blanche a demandé aux constructeurs automobiles, aux fabricants de puces et à d'autres groupes du secteur de fournir des informations sur la crise des semi-conducteurs perturbant la production sectorielle aux USA. Mieux vaut tard que jamais.

Carnival (+4%) gagne du terrain en début de séance à Wall Street, alors que le croisiériste a publié pourtant au titre du troisième trimestre fiscal une perte nette de 2,8 milliards de dollars, contre 2,1 milliards de dollars au deuxième trimestre et 2,9 milliards de dollars sur la période comparable de l'an dernier. Sur le troisième trimestre fiscal 2019, période pré-pandémique comparable, le groupe avait dégagé un bénéfice net de 1,8 milliard de dollars. La perte ajustée trimestrielle a été de 2 milliards de dollars sur la période close, contre 1,7 milliard un an avant. Les investisseurs préfèrent cependant anticiper la reprise de l'activité, après cette longue période de disette.

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