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Wall Street hésite après l'avalanche de 'stats', Walmart flambe, Cisco et GE s'effondrent

Wall Street hésite après l'avalanche de 'stats', Walmart flambe, Cisco et GE s'effondrent
Wall Street hésite après l'avalanche de 'stats', Walmart flambe, Cisco et GE s'effondrent
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — La cote américaine, qui tentait un sursaut en tout début de journée après la purge brutale de la veille, s'affiche maintenant en ordre dispersé, malgré les bons chiffres de Walmart et la solidité des ventes de détail ainsi que des indicateurs manufacturiers. Il faut dire que dans le même temps, les chutes de Cisco et General Electric pèsent lourdement. Le DJIA grappille actuellement 0,03% à 25.488 pts, alors que le Nasdaq perd 0,14% à 7.763 pts. Le S&P500 gagne 0,07% à 2.843 pts.

Les opérateurs, qui avaient cédé hier un peu rapidement à la panique du fait notamment de l'inversion de la courbe des taux, prennent connaissance aujourd'hui d'une batterie de statistiques plutôt réconfortante dans l'ensemble, malgré quelques faiblesses concernant l'emploi ou la production industrielle.

La Chine va quant à elle devoir prendre des contre-mesures suite aux tarifs douaniers que les Etats-Unis menacent d'imposer sur 300 milliards de dollars d'importations chinoises supplémentaires. C'est ce qu'a précisé ce jour le ministère des Finances, repris notamment par Reuters. Ces taxes douanières enfreindraient en effet le consensus auquel étaient parvenus les dirigeants des deux superpuissances et n'iraient pas dans le sens d'un règlement du conflit par la négociation. Début août, Donald Trump avait rappelons-le annoncé son intention d'appliquer des taxes supplémentaires de 10% à 300 milliards d'imports de produits chinois additionnels à partir de 1er septembre. L'administration Trump avait ensuite adoucit quelque peu le ton, avant-hier, en reportant jusqu'au 15 décembre des droits de douane sur certains produits tels que les téléphones mobiles ou les consoles de jeux...

Le compte Twitter de Donald Trump n'était quant à lui pas resté inactif hier soir, face à l'effondrement de la cote américaine. Le président américain avait envoyé quelques messages concernant la Chine et la politique monétaire, tentant sans doute ainsi de contrebalancer quelques annonces antérieures. "De bonnes choses ont été dites lors de la conversation téléphonique avec la Chine l'autre jour. Ils absorbent les Tarifs avec la dévaluation de leur monnaie et en 'déversant' de l'argent dans leur système. Le consommateur américain va bien avec ou sans l'échéance du mois de septembre, mais le léger report à décembre sera très bénéfique. En réalité, cela aide réellement la Chine plus que nous, mais cela deviendra réciproque. Des millions d'emplois sont perdus en Chine au profit d'autres pays non tarifés. Des milliers d'entreprises partent. Bien sûr, la Chine veut conclure un accord. Laissez-les travailler humainement avec Hong Kong d'abord!", avait lancé Trump.

Trump estime que les États-Unis "gagnent contre la Chine". "Les entreprises et les emplois s'enfuient. Les prix chez nous n'ont pas augmenté et, dans certains cas, ont baissé. La Chine n'est pas notre problème, bien que Hong Kong n'aide pas. Notre problème est avec la Fed. Elle a relevé (ndlr : ses taux) trop et trop vite. Maintenant, trop lente à couper. Le différentiel est bien trop important alors que d'autres pays disent MERCI de ne rien comprendre à Jay Powell et à la Fed". Trump constate que l'Allemagne et d'autres jouent quant à eux le jeu, et déplore l'inversion de la courbe des taux aux Etats-Unis. Il pense que les USA devraient récolter de gros bénéfices de la situation, mais que la Fed les en empêche...

Une véritable avalanche de statistiques est tombée outre-Atlantique ce jour. D'abord, les ventes de détail du mois de juillet 2019 aux USA sont ressorties en progression de 0,7% en comparaison du mois antérieur, alors que le consensus était de +0,3%. La croissance du mois antérieur a été revue quant à elle à +0,3%, contre +0,4% précédemment estimé. Les ventes de détail hors automobile ont grimpé quant à elles de... 1%, contre +0,4% de consensus et +0,3% un mois plus tôt. Enfin, les ventes de détail considérées hors automobile et essence se sont appréciées d'un généreux +0,9%, contre +0,5% de consensus et +0,6% sur le mois de juin.

Les inscriptions hebdomadaires nouvelles au chômage pour la semaine close au 10 août sont ressorties pour leur part au nombre de 220.000 selon le Département au travail, contre 208.000 de consensus et 211.000 pour la lecture révisée de la semaine antérieure. Les inscriptions ressortent donc en hausse de 9.000 par rapport à la semaine précédente, et ratent le consensus.

L'indice manufacturier de la Fed de Philadelphie pour le mois d'août 2019 s'est établi à +16,8 (indice des conditions générales d'activité), contre +11,1 de consensus. L'indice Empire State d'activité manufacturière de la Fed de New York pour le mois d'août a également dépassé les attentes, à 4,8 contre 2,5 de consensus.

La productivité non-agricole américaine du second trimestre 2019, en lecture préliminaire, a progressé sur un rythme de 2,3%, contre +1,5% de consensus et +3,4% pour la période antérieure. Les coûts unitaires du travail se sont appréciés sur un rythme de +2,4%, contre +2% de consensus et -1,6% pour la période précédente.

Les opérateurs ont pris aussi connaissance de chiffres plus mitigés de la production industrielle du mois de juillet 2019. Cette dernière ressort en repli de 0,2% en comparaison du mois de juin selon la Fed, alors que le consensus était de +0,1%. Notons toutefois que la variation du mois de juin, initialement estimée à zéro ou presque, a été révisée à +0,2%. La production manufacturière du mois de juillet a quant à elle corrigé de 0,4%, contre -0,1% de consensus et une évolution révisée en hausse à +0,6% pour le mois de juin. Pour finir, le taux d'utilisation des capacités de production s'est établi à 77,5% en juillet, contre 77,8% de consensus et 77,8% un mois plut tôt.

L'indice du marché immobilier américain mesuré par la National Association of Home Builders pour le mois d'août 2019 est ressorti à 66, en ligne avec le consensus des économistes de la place, contre un niveau de 65 pour le mois de juillet 2019. L'indicateur demeure donc à un niveau élevé ce mois.

Les stocks des entreprises américaines pour le mois de juin 2019, qui viennent également d'être publiés, sont ressortis stables en comparaison du mois précédent, contre un consensus de +0,1% et après un gain de +0,3% pour le mois de mai.

Ces statistiques calment quelque peu les investisseurs, qui commençaient à craindre une récession à court terme suite à l'inversion de la courbe des rendements obligataires aux Etats-Unis. Pour la première fois depuis 2007, le rendement de l'emprunt à 2 ans américain avait ainsi dépassé celui du 10 ans. Une telle inversion de la courbe avait précédé chacune des récessions américaines des 50 dernières années ou presque... Les zones d'incertitudes demeurent toutefois nombreuses et freinent toute tentative de rebond boursier à Wall Street.

Les valeurs

Walmart (+5%) s'enflamme à Wall Street. Le colosse de l'Arkansas a publié en effet des comptes de grande qualité, se permettant dans la foulée de doper ses prévisions annuelles de bénéfices. Le détaillant de Bentonville a réalisé sur le trimestre clos des revenus de 130,4 milliards de dollars en progression de 1,8% en glissement annuel, alors que le consensus était de 130,1 milliards. Les ventes en ligne se sont littéralement envolées de 37%, confirmant leur rythme impressionnant du trimestre antérieur, alors que le groupe n'envisageait 'que' 35% de hausse. Le bénéfice ajusté trimestriel par action est ressorti quant à lui à 1,27$, contre 1,22$ de consensus. Le bénéfice net consolidé a atteint 3,61 milliards de dollars et 1,26$ par titre, contre une perte de 861 millions de dollars un an plus tôt.

Les ventes américaines à comparable ont grimpé de 2,8% en glissement annuel, hors essence, sur ce trimestre clos fin juillet 2019, alors que les analystes envisageaient une croissance à peine supérieure à 2%.

Walmart affiche donc une santé insolente. Surtout, la performance du groupe sur son marché domestique est positive depuis désormais 20 trimestres, ce qui montre l'incroyable régularité du groupe malgré la montée en puissance des acteurs du e-commerce tels qu'Amazon. Le groupe envisage, pour l'exercice, une évolution du bénéfice ajusté par action comprise entre 'une légère baisse' et une légère hausse', alors qu'il tablait auparavant sur un déclin à un chiffre de 1-4%. La guidance nouvelle comprend l'impact de l'acquisition de l'Indien Flipkart.

Alibaba (+3%), le géant chinois du e-commerce, désormais coté à Wall Street, n'a pas démérité au premier trimestre fiscal. Ainsi, le groupe a réalisé des revenus en vive croissance de 42% en glissement annuel à 16,74 milliards de dollars, dépassant assez nettement le consensus de marché. Le bénéfice net trimestriel sur cette période close fin juin 2019 est ressorti à 3,1 milliards de dollars, pour un bénéfice par action représentant l'équivalent de 1,17$. Hors éléments non récurrents, ce bénéfice par titre a atteint 1,83$, contre moins de 1,6$ de consensus.

Le nombre des utilisateurs actifs mensuels mobiles sur les places de marché chinoises du groupe a grimpé à 755 millions sur le mois de juin, contre 721 millions en mars. Le nombre des consommateurs actifs annuels a représenté 674 millions, contre 654 millions sur la période de douze mois se terminant en mars. Autre point positif, les revenus cloud se sont envolés de 66% à 1,13 milliard de dollars.

Cisco Systems (-8%) décroche à Wall Street, suite à ses résultats trimestriels. Les comptes du trimestre sont ressortis assez solides, mais les marchés sanctionnent surtout les perspectives du géant californien des équipements de réseaux. Pour son quatrième trimestre fiscal, le groupe a révélé hier soir des revenus de 13,43 milliards de dollars (+6% en glissement annuel) et un bénéfice ajusté par action de 83 cents, ce qui ressort meilleur que prévu. Le bénéfice net non-GAAP était en effet attendu à 81 cents, pour des ventes de 13,4 Mds$. Le bénéfice net consolidé a atteint 2,2 milliards de dollars et 51 cents par action. Sur l'ensemble de l'exercice, le groupe de San Jose a affiché un bénéfice par action de 2,61$ et des revenus de 51,7 Mds$.

Les prévisions fournies sont en revanche bien prudentes, le CEO du groupe, Chuck Robbins, évoquant des évolutions macroéconomiques depuis juillet et en particulier une faiblesse en Chine et dans les dépenses technologiques. Cisco table sur des revenus stables ou en croissance timide de 2% sur la période entamée, pour un bénéfice ajusté par action allant de 80 à 82 cents. Le consensus était de 2,5% de croissance pour 83 cents de bpa ajusté.

NetApp (+4%), le groupe californien qui conçoit des solutions dans le stockage informatique, a annoncé pour le premier trimestre fiscal 2020 un bénéfice net de 103 millions de dollars et 42 cents par action, contre 283 millions de dollars un an plus tôt. Le bénéfice ajusté par action s'est élevé à 65 cents, contre un consensus de marché de 62 cents et une guidance antérieure allant de 55 à 60 cents - fournie lors de l'avertissement récent du groupe. Les revenus trimestriels du groupe ont régressé à 1,24 milliard de dollars, contre 1,47 milliard un an plus tôt. Ces revenus ressortent en ligne avec les attentes. Pour le trimestre entamé cette fois, NetApp envisage un bénéfice allant de 91 à 99 cents par titre, pour des revenus logés entre 1,33 et 1,48 milliard de dollars.

Boeing (stable) a reporté l'entrée en service de la version très longue portée de son 777X, qui doit devenir le plus gros biréacteur du monde. Le géant aéronautique américain doit composer avec l'affaire du 737 MAX, cloué au sol depuis le mois de mars suite à deux accidents mortels ayant fait près de 350 victimes. L'avionneur de Chicago est par ailleurs frappé par les problèmes du moteur GE9X de General Electric, supposé équiper le 777X. Ces éléments contraignent donc Boeing à repousser à l'an prochain le premier vol du 777-9.

Tapestry (-20%), ex-Coach, dévisse à Wall Street. Le groupe de luxe, propriétaire de Coach, Kate Spade et Stuart Weitzman, a annoncé pour le quatrième trimestre fiscal des ventes plus faibles que prévu. Les perspectives ressortent également sans relief. Le bénéfice net trimestriel est ressorti à 149 millions de dollars soit 51 cents par action, contre 212 millions de dollars un an avant. Le bénéfice ajusté par action s'est élevé à 61 cents, en ligne avec le consensus. Les ventes ont totalisé 1,51 milliard de dollars, contre 1,48 milliard un an plus tôt et 1,53 Md$ de consensus. Victor Luis, CEO du groupe, admet que Kate Spade n'a pas atteint les objectifs, le redressement de ses opérations demandant plus de temps. Le groupe table désormais sur des revenus en croissance de 1-4% sur l'exercice 2020, pour un bénéfice par action assez stable en comparaison de 2019.

General Electric décroche de 13% ! GE est en effet visé par un lanceur d'alerte, le comptable qui avait sonné l'alarme concernant Bernard Madoff et sa pyramide de Ponzi. Harry Markopolos et son équipe, dans un rapport de 175 pages posté sur Internet, préviennent donc que GE aurait commis une fraude comptable supposée de... 38 milliards de dollars ! "C'est la plus grosse, plus gros qu'Enron et WorldCom réunis", s'exclame donc Markopolos. "En fait, la fraude comptable de 38 milliards de dollars de GE représente plus de 40% de la capitalisation boursière de GE, ce qui la rend bien plus sérieuse que les fraudes comptables d'Enron ou de WorldCom", assure le spécialiste, affublant désormais le géant industriel américain du surnom peu flatteur de GEnron.

Il estime en effet que GE semble utiliser bon nombre des 'tours comptables' de la triste époque du courtier en énergie texan Enron, dont la faillite frauduleuse est entrée dans l'histoire boursière. Harry Markopolos se concentre notamment sur des 'deals' d'assurance long terme exécutés par GE. Pour cet expert, le groupe américain aurait masqué des ratios massifs de pertes et des pertes exponentielles en dollars. Selon lui, les pertes du groupe devraient se creuser. GE aurait besoin dans l'immédiat de 18,5 milliards de dollars de cash afin de faire face aux déficiences de son unité assurances. Markopolos ne pense pas que GE soit en mesure de faire face, et juge que les pertes à venir vont détruire le bilan du groupe et détériorer plus encore ses ratios d'endettement au point de ne plus respecter les covenants. Une fois prise en compte la fraude comptable potentielle, le spécialiste calcule que le ratio dette sur equity de GE sera de 17/1 ! Ce niveau intenable laisserait donc présager le pire pour le groupe.

Notons tout de même qu'Harry Markopolos a confié au Wall Street Journal qu'il travaillait avec un hedge fund affichant une position de vente à découvert sur GE, et jouant donc ouvertement la baisse du titre.

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