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Wall Street fléchit, le ton monte entre Washington et Pékin

Wall Street fléchit, le ton monte entre Washington et Pékin
Wall Street fléchit, le ton monte entre Washington et Pékin
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — La cote américaine hésite ce vendredi, le DJIA abandonnant 0,39% à 24.378 pts et le Nasdaq 0,06% à 9.279 pts, contre une baisse de 0,18% de l'indice large S&P500 à 2.943 pts. Les cours du brut piquent du nez, le baril de brut WTI retombant de plus de 4% sous les 33$ sur le Nymex, contre un retrait de 5% sur le Brent de la mer du Nord à 34$. Le climat d'extrême prudence traduit les craintes persistantes sur la pandémie et le niveau de la reprise économique éventuelle. Par ailleurs, les tensions concernant Hong Kong accentuent le mouvement de repli, alors que Pékin y envisage une loi locale sur la sécurité nationale. En outre, la Chine ne daigne plus désormais fournir d'objectif de croissance pour cette année, ce qui n'est pas le signe de la plus franche confiance.

De nouvelles manifestations se profilent donc à Hong Kong et les tensions sur le sujet entre USA et Chine se confirment. Pékin a en effet annoncé hier un projet de loi de sécurité nationale relatif à Hong Kong, consécutif aux manifestations de l'année dernière. Des militants hongkongais ont appelé à manifester, alors que le projet suscite des craintes en matière de liberté et concernant par ailleurs le statut de centre financier de la ville. Trump a indiqué que les États-Unis réagiraient avec force si jamais la Chine choisit d'aller jusqu'au bout. Les sénateurs américains vont présenter un projet de loi en vue d'éventuelles sanctions contre les responsables chinois ou toute entité affectant l'autonomie de Hong Kong.

Les relations entre Washington et Pékin n'étaient déjà pas brillantes ces dernières semaines, les responsables américains et en premier lieu Trump ayant multiplié les critiques concernant la gestion par Pékin de la crise sanitaire du nouveau coronavirus et pointé du doigt la responsabilité chinoise. Le président américain avait même laissé entendre que cela pourrait remettre en question l'accord commercial de 'phase 1' pourtant durement arraché avec Pékin après de longs mois de négociations.

Sur le front économique outre-Atlantique ce jour, l'agenda reste vierge. De son côté, l'assemblée législative chinoise a abandonné son objectif concernant le produit intérieur brut national, pour la premier fois en trois décennies ! Cette décision constitue l'aveu de la grande incertitude économique actuelle, alors que l'éventuelle reprise consécutive à la pandémie demeure très difficile à évaluer.

Après un début de séance positif, les actions américaines avaient fini dans le rouge hier soir, réagissant à de nouveaux signes de tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. A la clôture, l'indice Dow Jones avait cédé 0,41% à 24.474 points, tandis que le S&P500 avait lâché 0,78% à 2.948 pts. Le Nasdaq avait reculé de 0,97% à 9.284 pts.

Le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin s'est monté optimiste hier, au sujet de la reprise économique malgré les doutes sur le calendrier de mise au point d'un vaccin contre le coronavirus. L'économie américaine va "toucher le fond" au 2e trimestre et commencera à se redresser au 3e avant une "progression gigantesque" au 4e trimestre, a-t-il déclaré lors d'un colloque organisé en ligne par le quotidien 'The Hill'. "Nous allons avoir des progressions très, très fortes, je pense que nous allons observer une reprise très forte - on peut dire gigantesque - au quatrième trimestre", selon Mnuchin.

Le ministre a aussi estimé que de nouvelles mesures budgétaires de soutien à l'économie américaine seront sans doute nécessaires d'ici quelques semaines. "Il y a une forte probabilité pour qu'un nouveau projet de loi soit nécessaire", après les près de 3.000 milliards de dollars déjà débloqués par l'administration Trump et le Congrès depuis le mois de mars, a-t-il affirmé.

En attendant, les marchés financiers s'inquiètent du déclenchement d'une nouvelle guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, au moment où l'économie mondiale est déjà durement touchée par la crise du coronavirus.

Le ton est ainsi monté ces derniers jours entre les deux premières puissances économiques mondiales. Donald Trump a accusé mercredi la Chine d'incompétence" dans la gestion de la pandémie, qu'il a comparée à une "tuerie de masse mondiale". Jeudi, le président américain a poursuivi en affirmant que "l'attaque de désinformation et de propagande de la Chine contre les Etats-Unis est une honte".

La Chine a réagi jeudi, en affirmant qu'elle "protégera sa souveraineté, sa sécurité et ses intérêts" et menaçant Washington de mesures de rétorsion. Pékin réagissait notamment à l'adoption par le Sénat américain d'un projet de loi qui pourrait empêcher les entreprises chinoises de se faire coter et de lever des fonds à la Bourse de New York. Dans la foulée, des sources citées par Reuters ont indiqué que le géant chinois d'internet, Baidu (+1,8%), envisageait de quitter la bourse de New York. Le groupe chinois prépare en parallèle une cotation à Hong Kong, où son compatriote Alibaba (-2,3%, coté à New York) est également inscrit depuis novembre 2019.

Sur le plan sanitaire, la pandémie de coronavirus continue de progresser dans le monde, bien qu'à un rythme moins rapide en Europe et aux Etats-Unis. Le nombre de cas avérés a dépassé jeudi les 5 millions et ressort maintenant à 5,12 millions selon l'Université Johns Hopkins, qui fait état de plus de 333.000 morts dans le monde dont près de 95.000 aux Etats-Unis et plus de 36.000 au Royaume-Uni. Le nombre de cas décelés aux USA ressort à 1,58 million.

Alors que les études se poursuivent sur de possibles traitements, et que la course au vaccin s'intensifie, un scientifique américain de premier plan a déclaré mercredi qu'il ne fallait pas trop tabler sur un vaccin efficace contre la Covid-19.

Dans un entretien avec l'agence 'Reuters', William Haseltine a ainsi déclaré que la meilleure solution face au coronavirus consiste à gérer l'évolution de l'épidémie grâce à un arsenal de mesures : masques et gestes barrières, tests, suivi et confinements ciblés des foyers épidémiques... Interrogé au sujet d'un vaccin, il a déclaré: "N'écoutez pas les politiciens qui vous disent qu'ils auront un vaccin d'ici à leur ré-élection", faisant allusion à Donald Trump... "Peut-être que nous aurons (ce vaccin), mais je dis juste qu'on ne peut pas du tout en être sûr... parce qu'à chaque fois qu'on a essayé de faire un vaccin contre d'autres types de coronavirus (Sars et Mers), il n'a pas été réellement protecteur".

De son côté, Robert Redfield, le directeur du CDC (centre de prévention et de contrôle des maladies) a mis en garde contre un retour en force de la Covid-19 à l'automne et en hiver, ce qui pourrait nécessiter de prendre de nouvelles mesures de confinement. Dans un entretien au 'Financial Times', M. Redfield a estimé que les Etats-Unis doivent accélérer leurs capacités de tracer les cas de la maladie afin d'éviter une nouvelle crise sanitaire.

Les valeurs

Hewlett Packard Enterprise (-12% !) a annoncé des revenus en déclin du fait de la crise sanitaire et économique, et fait état de plans de réduction d'effectifs. Les revenus du trimestre clos fin avril ont chuté de 16% en glissement annuel, à 6 milliards de dollars. Le groupe californien de San Jose fait moins bien que prévu, puisque le consensus se situait à 6,19 milliards. Le bénéfice ajusté par action s'est élevé à 22 cents, contre un consensus de marché de 28 cents. Le groupe envisage un milliard de dollars d'économies d'ici la fin de l'exercice 2022. HPE entend notamment simplifier son portefeuille produits et sa chaîne d'approvisionnement, modifier le support client (...). Antonio Neri, directeur général du groupe, souligne la difficulté du trimestre, mais ne perçoit pas cette performance comme une indication de ses capacités. Le management espère une reprise séquentielle de l'activité.

Deere (+1%), le géant américain des équipements agricoles, a annoncé des comptes en forte baisse. Il dépasse néanmoins les attentes de marché. Pour le second trimestre fiscal clos début mai 2020, le bénéfice net est ressorti à 666 millions de dollars soit 2,11$ par titre, contre 1,14 milliard de dollars un an plus tôt. Le consensus FactSet était toutefois encore plus déprimé à 1,69$ de bpa. Les revenus trimestriels se sont affaissés de 18% en glissement annuel à 9,25 milliards de dollars, alors que le consensus était de 9 milliards. Le groupe table désormais, pour l'exercice, sur un bénéfice net allant de 1,6 milliard à 2 milliards de dollars. Le consensus est pour sa part de 2,04 milliards de dollars sur cette période.

Alibaba (-5%) le colosse chinois du e-commerce, désormais coté à Wall Street, vient de publier des résultats trimestriels supérieurs aux attentes. Mieux encore, le groupe constate une "reprise régulière" de l'activité depuis le mois de mars, malgré l'épidémie de Covid-19. Pour le quatrième trimestre fiscal, le bénéfice net a représenté l'équivalent de 447 millions de dollars, ce qui traduit une division par huit du profit en comparaison de l'an dernier. Le déclin du bénéfice reflète surtout, selon le détaillant en ligne, les pertes sur investissements. Sur une base ajustée cette fois, le bénéfice par action a en fait progressé en glissement annuel et dépasse nettement le consensus de marché (9,2 RMB contre 6,05 de consensus FactSet). Les revenus ont également battu le consensus, à près de 16 milliards de dollars contre 15,1 milliards attendus.

Maggie Wu, la directrice financière du groupe, indique que bien que la pandémie ait négativement impacté la majeure partie des activités domestiques depuis la fin du mois de janvier, le groupe a observé depuis mars une régulière reprise. Pour le nouvel exercice fiscal, le groupe envisage des revenus supérieurs à 650 milliards de renminbis, contre 659 milliards de consensus.

Foot Locker (-8%), le détaillant américain en chaussures de sport, décroche à Wall Street. Il faut dire que le groupe a déploré des pertes sur le trimestre clos, les revenus ayant chuté plus que prévu. Victime de la pandémie, le groupe affiche une marge brute dégradée et suspend par ailleurs son dividende trimestriel afin de préserver sa "flexibilité". Pour le trimestre clos début mai, le déficit net se chiffre à 98 millions de dollars soit 93 cents par titre, contre un profit net de 172 millions de dollars un an plus tôt. La perte ajustée par action est ressortie à 67 cents, alors que le consensus FactSet était de 12 cents de perte par titre seulement. Les revenus se sont effondrés de 43% en glissement annuel à 1,18 milliard de dollars, contre 1,36 milliard de consensus. La marge brute a chuté à 23%, contre plus de 33% sur la période correspondante de l'an dernier.

Le groupe précise que la réouverture progressive de ses magasins est en cours, alors que le stock de marchandises ressortait en vive hausse de plus de 20% à 1,46 milliard de dollars sur le trimestre clos.

Nvidia (+3%). Le fabricant américain de cartes graphiques et processeurs a publié des résultats trimestriels meilleurs que prévu, notamment dans ses branches puces pour centres de données et jeux vidéo, qui ont profité d'une demande accrue liée aux mesures de confinement prises pour faire face à la pandémie de coronavirus. Pour son 1er trimestre fiscal achevé fin avril, le groupe a affiché un bénéfice net de 917 millions de dollars (1,47$ par action) contre 394 M$ (+133% !) un an plus tôt. En données ajustées des éléments non récurrents, le bénéfice par action s'élève à 1,80$ contre 0,88$ un an plus tôt, et 1,65$ attendu par le consensus. Les revenus ont totalisé 3,08 milliards de dollars, en hausse de 39% et supérieurs aux attentes du marché. Les ventes dépassent aussi la fourchette haute donnée par la direction de Nvidia. Les revenus de la branche jeux vidéo ont bondi de 26% à 1,34 Mds$, tandis que le chiffre d'affaires de puces pour centres de données a flambé de 80% pour atteindre 1,14 Md$.

Les deux divisions ont profité d'un impact positif de la pandémie de coronavirus, qui a fait bondir le télétravail et toutes les activités en ligne. "Nvidia est bien placé pour alimenter les forces technologiques les plus puissantes de notre temps, à savoir le cloud computing et l'intelligence artificielle", a commenté le directeur général et fondateur du groupe, Jensen Huang. Pour le 2e trimestre en cours, le groupe prévoit des ventes de 3,58 Mds$ à 3,72 Mds$, supérieures aux attentes du marché (3,25 Mds$ en moyenne).

Alphabet (-1%). Le cabinet de conseil ISS recommande aux actionnaires du groupe, maison-mère du moteur de recherche Google, de rejeter la proposition de rémunération des dirigeants lors de l'assemblée générale attendue le mois prochain. C'est ce qu'indique un rapport qu'a pu consulter l'agence Reuters.

IBM (-1%), géant américain des services technologiques, va supprimer un certain nombre de postes aux États-Unis, dans au moins cinq Etats. Le groupe n'a toutefois pas spécifié le nombre de salariés concernés. Les coupes semblent assez étendues, constate cependant l'agence Bloomberg. Le groupe explique que son travail sur un marché hautement concurrentiel demande de la flexibilité, afin de constamment "ajouter des capacités de haute valeur" à ses effectifs. Selon un porte-parole du groupe, ces décisions sont dans l'intérêt de la santé de l'activité d'IBM sur le long terme.

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