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Wall Street corrige, craignant une nouvelle vague épidémique

Wall Street corrige, craignant une nouvelle vague épidémique
Wall Street corrige, craignant une nouvelle vague épidémique
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Wall Street ne parvient pas à se reprendre avant bourse ce jeudi, après sa lourde correction de la veille qui sanctionnait l'intervention de Jerome Powell. Le S&P500 perd encore 1% en pré-séance, alors que le Nasdaq s'affiche en retrait de 0,9% malgré les chiffres rassurants de Cisco. Le Dow Jones chute de 1,3%. Sur le segment des matières premières, le baril de brut WTI rebondit tout de même de 2% à près de 26$, alors que le Brent de la mer du Nord avance de 2,1%. L'once d'or s'adjuge 0,4% à 1.724$.

La progression du nombre de chômeurs aux États-Unis reste impressionnante. Le Département américain au Travail vient en effet d'annoncer, pour la semaine close au 9 mai, que les inscriptions au chômage ont atteint 2,981 millions, en repli de 195.000 par rapport à la lecture révisée de la semaine antérieure de 3,176 millions. Elles ressortent néanmoins plus élevées qu'anticipé, puisque le consensus était positionné à 2,5 millions. Avant que le coronavirus ne mette à l'arrêt la majeure partie de l'économie américaine, le précédent record datait de 1982 avec 695.000 demandes hebdomadaires.

La moyenne à quatre semaines ressort à 3,617 millions, en repli de 564.000. Enfin, le nombre de chômeurs indemnisés sur la semaine close le 2 mai s'établit à 22,83 millions, en progression de 456.000 sur sept jours.

L'indice américain des prix à l'import du mois d'avril 2020 est ressorti en retrait de 2,6% en comparaison du mois antérieur, contre un consensus de marché de -3%. L'indice des prix à l'export a reculé de 3,3% par rapport au mois précédent. En glissement annuel, les prix à l'import ont régressé de 6,8% et les prix à l'export de 7%, par rapport au mois d'avril 2019.

Neel Kashkari, Raphael Bostic et Robert Kaplan de la Fed, s'exprimeront durant la journée. Ils ne devraient toutefois pas dissiper la mauvaise impression laissée hier par Jerome Powell, qui s'est refusé à utiliser les taux négatifs comme l'exigeait Trump.

Les places boursières sont donc bien mal orientées ce jour, les investisseurs doutant de la capacité de l'économie mondiale à rapidement rebondir. De plus, les marchés craignent une résurgence de l'épidémie sous forme de deuxième vague, alors que l'OMS elle-même admet que le virus pourrait même ne pas disparaître du tout.

La levée des mesures de confinement dans différents pays, initialement bien perçue par les marchés, inquiète maintenant. Elle pourrait en effet relancer la pandémie si les mesures prises par ailleurs ne sont pas adaptées. L'Organisation Mondiale de la Santé estime pour sa part maintenant que le Covid-19 pourrait devenir endémique et ne jamais disparaître.

Pour couronner le tout, des pirates liés à la Chine viseraient selon les USA des instituts américains. Des pirates informatiques s'attaqueraient ainsi aux instituts de recherche américains travaillant sur le virus afin de subtiliser des informations, affirment le FBI et le département de la Sécurité intérieure, une investigation étant en cours sur le sujet suite à des intrusions dans les systèmes d'organismes américains par des pirates liés à la Chine. Ces hackers chercheraient à obtenir illégalement des données relatives aux vaccins potentiels, traitements éventuels et tests sur le Covid-19.

Ceci ne devrait guère améliorer des relations déjà tendues en Washington et Pékin sur la question du virus, Donald Trump et son administration ayant ouvertement critiqué la gestion chinoise de la crise sanitaire et même menacé de représailles commerciales.

"Comme je l'ai dit depuis longtemps, traiter avec la Chine coûte très cher. Nous venons de conclure un excellent Accord Commercial, l'encre était à peine sèche et le monde a été frappé par l'Épidémie en provenance de Chine. 100 Accords Commerciaux ne feraient pas la différence - et toutes ces vies innocentes perdues!", a encore tweeté Trump hier soir.

Trump s'est dit par ailleurs déçu par l'incapacité de la Chine à contenir l'épidémie, insinuant encore que la crise sanitaire serait susceptible de remettre en cause l'accord commercial précédemment conclu. "Je suis très déçu par la Chine", a indiqué le président américain sur Fox Business Network. "Ils n'auraient pas dû laisser cela se produire. Je boucle un superbe accord commercial et maintenant, je dis que ce n'est plus la même chose. L'encre était à peine sèche quand l'épidémie est arrivée. Et ce n'est plus la même chose".

Selon l'Université Johns Hopkins, devenue référence depuis le début de l'épidémie, le nouveau coronavirus a contaminé désormais un total de 4,36 millions de personnes à travers le monde et fait 297 milliers de morts. Le cap des 300.000 décès sera donc bientôt franchi dans le monde. Les USA comptent près de 1,4 million de cas pour plus de 84.000 morts. La Russie dénombre plus de 252 milliers de contaminations et le Royaume-Uni 231 milliers, contre 228 milliers pour l'Espagne.

Trump demeure, pour sa part, optimiste : "De bons chiffres provenant des Etats qui ouvrent. L'Amérique reprend vie! Le travail sur les vaccins semble TRÈS prometteur, avant la fin de l'année. De même, d'autres solutions!"

Dans l'actualité entreprises, Applied Materials, géant des équipements de production de semi-conducteurs, doit publier après bourse ce soir ses derniers résultats financiers trimestriels... Il s'agit d'un nouveau test pour les marchés technologiques, au lendemain des comptes de Cisco.

La Bourse de New York vient de reperdre près de 4% en deux séances, rattrapée par la crainte d'une reprise économique plus lente que prévu face à la crise du coronavirus. Mercredi, le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a tenu des propos très prudents et s'attend à une "période prolongée" de croissance faible, conjuguée à une stagnation des revenus aux Etats-Unis. Par ailleurs, la persistance de tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine continue d'inquiéter les investisseurs. Le pétrole a reculé, malgré l'annonce d'une baisse surprise des stocks de brut aux Etats-Unis.

A la clôture, l'indice Dow Jones a perdu 2,17% à 23.247 points (après -1,89% mardi), tandis que l'indice large S&P 500 a cédé 1,75% à 2.820 pts (-2,05% mardi), et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a abandonné 1,55% à 8.863 pts (-2,07% mardi). Le Nasdaq est désormais retombé dans le rouge depuis le début de l'année (-1,2%), après avoir pointé dans le vert pendant quelques séances. Le DJIA perd 18,4% depuis le début de l'année et le S&P 500 lâche 12,7%.

Lors d'une visioconférence organisée par l'institut Petersen, Jerome Powell a donc arrosé mardi les marchés d'une douche froide, en prévoyant une reprise lente et progressive, soumise aux aléas de la lutte contre le Covid-19. Sa prudence (déjà affichée ces derniers jours par d'autres membres de la Fed) a déprimé la Bourse, où les indices viennent de regagner environ 25% depuis leurs plus bas du 23 mars dernier, dans l'espoir d'un redémarrage rapide, après le déconfinement actuellement en cours aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde.

Mais la reprise "pourrait avoir besoin de temps pour trouver sa dynamique" et elle sera soumise aux progrès de la lutte contre le virus, a prévenu Jerome Powell. "La reprise pourrait prendre un certain temps pour s'accélérer, et le passage du temps pourrait transformer les problèmes de liquidité en problèmes de solvabilité", a prévenu le patron de la banque centrale américaine.

Il a assuré que la Fed, qui a lancé de nombreux programmes de soutien depuis mars, se tenait prête à "utiliser tous les outils" nécessaires pour soutenir l'économie. Il a cependant répété sa réticence à porter les taux directeurs en terrain négatif, une mesure que Donald Trump ne cesse de réclamer. Des taux négatifs allégeraient le poids de la dette de l'Etat, dans une période où ses dépenses (et donc ses émissions de dette) ont explosé, faisant flamber le déficit budgétaire à un niveau record en avril.

Alors que le Congrès américain a déjà adopté depuis mars une série de plans de soutien à l'économie, approchant les 3.000 Mds$, Jerome Powell a estimé qu'une plus ample aide fiscale pourrait se révéler nécessaire pour combattre la crise actuelle. A court terme, l'administration Trump a fait connaître son intention de faire une pause afin d'observer l'évolution de la situation sanitaire et économique. Mais les élus démocrates de la chambre des représentants ont présenté mardi un nouveau package géant d'un montant de 3.000 Mds$. Le projet a cependant été rejeté au Sénat, contrôlé par les républicains.

Avant le patron de la banque centrale, le Dr Anthony Fauci, le principal conseiller santé de la Maison Blanche, avait lui aussi jeté un froid, mardi, en mettent en garde contre une levée trop rapide des mesures de restriction sanitaires, sous peine de devoir faire face à des conséquences qui "pourraient être très graves".

Sur le front commercial entre les Etats-Unis et la Chine, où le climat s'était détendu en début de semaine, un nouveau sujet de tension est apparu, faisant craindre la poursuite des relations difficiles entres les deux pays.

Ainsi, mercredi, le fonds de pension finançant la retraite des fonctionnaires fédéraux américains (Federal Thrift Savings Plan) a annoncé le report d'une décision d'investissement de 50 milliards de dollars de fonds vers un indice boursier incluant des actions chinoises... Une décision prise notamment en raison d'un "changement significatif de l'environnement économique lié en grande partie à l'impact mondial du Covid-19", a indiqué le fonds.

L'annonce intervient alors que Donald Trump menaçait, selon la presse, de signer un décret présidentiel pour interdire tout placement dans des actions chinoises par ce fonds de pension fédéral, en invoquant des raisons de sécurité nationale.

Les valeurs

Cisco Systems a annoncé mercredi soir des bénéfices supérieurs aux attentes des analystes pour son 3e trimestre fiscal, achevé fin avril. Les ventes sont ressorties légèrement supérieures aux attentes, même si ces dernières avaient été revues en nette baisse en raison de la crise du Covid-19, qui a rogné le chiffre d'affaires.

Le bénéfice net du fabricant d'équipement de réseaux, de solutions de visioconférence et de sécurité informatique, s'est élevé à 2,8 milliards de dollars (0,65$ par action) pour un chiffre d'affaires de 12 Mds$, en recul de 8% par rapport à la même période de 2019. Les ventes ont été un peu supérieures aux 11,9 Mds$ attendus par le consensus FactSet. Toutefois, en janvier, avant que la crise du Covid ne s'étende hors de Chine, les analystes tablaient encore sur des ventes de 12,7 Mds$. Après ajustement pour tenir compte des éléments non récurrents, le bénéfice par action (bpa) s'est élevé à 0,79$, supérieur aux attentes des analystes (0,71$).

Pour son 4ème trimestre fiscal, Cisco s'attend à un recul plus prononcé de ses ventes, de 8,5% à 11,5% par rapport à la même période de 2019, où elles avaient dépassé les 13 Mds$... Ce qui suggère donc que les ventes trimestrielles vont tomber sous les 12 Mds$, alors que les analystes s'attendaient à 12,07 Mds$ en moyenne.

3M, le géant industriel du Minnesota, a annoncé pour le mois d'avril 2020 des ventes en baisse de 11%, le secteur de la santé demeurant la seule poche de résistance. La pandémie de Covid-19 a donc plombé les revenus du groupe le mois dernier, en ligne avec les dernières informations fournies par le groupe. La firme diversifiée a donc réalisé en avril des revenus de 2,3 milliards de dollars, en retrait à deux chiffres en glissement annuel. Le segment santé a progressé de 5%, mais le secteur consommation a décliné d'autant, alors que les activités industrielles et de sécurité ont chuté de 11%. Le segment transport et électronique, principale victime de la crise, décroche de 20% en avril. Le groupe, qui a retiré en avril sa guidance annuelle 2020, entend désormais fournir des chiffres mensuels pour un meilleur suivi des répercussions de la crise sanitaire et économique.

Abbott Laboratories. Son test rapide de détection du nouveau coronavirus pourrait générer entre un tiers et la moitié de résultats... faux négatifs, si l'on en croit une étude de chercheurs de l'Université de New York. Le laboratoire pharmaceutique américain conteste bien évidemment avec vigueur les résultats de cette étude.

Gilead reste aussi sous surveillance, alors que le Japon a commencé à traiter des malades atteints d'une forme grave du Covid-19 avec son prometteur remdesivir.

Fiat Chrysler Automobiles renonce à son dividende régulier. La crise liée au Covid-19 n'aura, pour le moment du moins, pas eu raison du mariage entre le Groupe PSA et Fiat Chrysler Automobiles. Elle a en revanche conduit les deux constructeurs automobiles à renoncer à verser un dividende ordinaire de 1,1 milliard d'euros à leurs actionnaires respectifs. FCA et Groupe PSA, qui n'ont pas évoqué le dividende extraordinaire qu'ils sont également censés verser à leurs actionnaires au cours des prochains mois, ont en revanche confirmé que les préparatifs de la fusion 50/50 de leurs activités, annoncée en décembre 2019, avancent bien, notamment en ce qui concerne les réglementations antitrust et autres dépôts réglementaires.

Norwegian Cruise Lines a passé dans ses comptes une charge de dépréciation de 1,6 milliard de dollars du fait de l'impact du coronavirus. Le trimestre clos fin mars du croisiériste est marqué par une perte nette massive de 1,9 milliard de dollars, contre un profit net positif de 118 millions de dollars un an auparavant.

Intelsat, fournisseur de services de télécommunications par satellites, a annoncé avoir déposé une demande de placement sous protection du fameux chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, du fait des importantes perturbations commerciales causées par le virus.

Delta Air Lines va retirer les Boeing 777 de sa flotte d'ici la fin de l'année. Le conseil d'administration du partenaire d'Air France KLM a également décidé d'accélérer la sortie des MD-90 d'ici le mois de juin alors que la compagnie brûle actuellement environ 50 millions de dollars par jour, selon un mémo du PDG adressé aux employés. Les Airbus A330 et A350-900, plus économes en carburant et plus rentables, seront déployés sur les vols long-courriers au fur et à mesure du retour de la demande internationale, précise Ed Bastien.

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