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Clôture de Wall Street : la Bourse broie du noir, craintes sur la croissance

Clôture de Wall Street : la Bourse broie du noir, craintes sur la croissance
Clôture de Wall Street : la Bourse broie du noir, craintes sur la croissance
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — La baisse a repris de plus belle, vendredi soir à Wall Street, où les principaux indices ont chuté dans la crainte d'un ralentissement de l'économie américaine, après des chiffres de l'emploi décevants en novembre. Le regain des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine pourrait encore aggraver la pression sur l'activité économique. Les valeurs technologues et financières ont été particulièrement attaquées, et même les pétrolières n'ont pas profité de l'accord de l'Opep+ pour une baisse de production.

A la clôture, l'indice Dow Jones a chuté vendredi de 2,24% à 24.388 points, tandis que l'indice large S&P 500 a cédé 2,33% à 2.633 pts et que l'indice Nasdaq composite, riche en valeurs technologiques et biotechnologiques, a abandonné 3,05% à 6.969 pts.

Le Nasdaq et le S&P 500 en zone de correction, le DJIA en approche

Sur l'ensemble de la semaine, les trois indices américains ont reperdu respectivement 4,5% (DJIA), 4,6% (S&P 500) et 4,9% pour le Nasdaq (leur pire performance hebdomadaire depuis mars), après avoir bondi tous les trois d'environ 5% la semaine précédente.

Avec un recul de 14% par rapport à son record d'août, le Nasdaq est retombé cette semaine en zone de correction (définie par une perte de plus de 10% sur les sommets), de même que le S&P 500 (-10,1% sur ses plus hauts), tandis que le Dow Jones (-9%) frôle aussi cette zone de correction.

Sur le marché des changes, le dollar a reculé vendredi après la publication de chiffres de l'emploi décevants en novembre aux Etats-Unis. L'indice du dollar, qui mesure son évolution face à 6 devises de références (euro, yen, livre sterling, franc suisse, dollar canadien et couronne suédoise) a cédé 0,2% à 96,64 points, portant son recul à 0,5% sur la semaine.

Les marchés obligataires ont continué de servir de refuge pour les investisseurs fuyant la prise de risque, ce qui a accentué le recul des taux d'intérêts, déjà affaiblis par le virage plus "colombe" amorcé la semaine dernière par le président de la Fed Jerome Powell, jugeant les taux directeurs "juste en dessous" d'un niveau "neutre" et suggérant une prochaine pause dans les hausses. Vendredi soir, le rendement de l'obligation d'Etat américaine (T-Bond) à 10 ans a fini à 2,85% (-4 points de base) alors qu'un mois plus tôt, il avait culminé à 3,25%.

L'affaire Huawei empoisonne les relations Etats-Unis-Chine

Les marchés ont peu apprécié les chiffres de l'emploi en novembre aux Etats-Unis, qui ont donné quelques signes de faiblesse, malgré un taux de chômage au plancher à 3,7%. Les créations de postes ont été bien inférieures aux prévisions des économistes, à 155.000 au lieu de près de 200.000 attendues.

Les investisseurs craignent pour la croissance, d'autant que les négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine risquent d'être empoisonnées par l'arrestation, mercredi soir au Canada, de la directrice financière de Huawei, le géant chinois des smartphones et des équipements télécoms, à la demande de la justice américaine, qui a demandé son extradition.

Vendredi, lors d'une audience de demande de remise en liberté sous caution devant un tribunal de Vancouve, les détails des accusations de la justice américaine contre Mme Meng ont été révélés. Elle est ainsi soupçonnée d'avoir menti à plusieurs banques au sujet d'une filiale de Huawei, Skycom, afin de pouvoir accéder au marché iranien entre 2009 et 2014 en violation des sanctions américaines. Mme Meng aurait personnellement nié auprès de banquiers américains tout lien direct entre Huawei et la société Skycom. La dirigeante est notamment accusée de "complot d'escroquerie au détriment de plusieurs institutions financières", un chef d'accusation passible de plus de 30 ans de prison aux Etats-Unis...

Les nuages gris s'accumulent sur la croissance

Si la croissance économique reste globalement solide aux Etats-Unis, des fêlures sont apparues ces derniers mois. La croissance économique, qui avait atteint 4,2% au 2ème trimestre en rythme annuel, a ralenti au 3ème trimestre à 3,5%.

Quant aux profits des entreprises américaines, ils ont bondi de près de 25% au 3ème trimestre par rapport à 2017, mais les analyses s'attendent à un net ralentissement en 2019. L'an prochain, l'effet positif des baisses d'impôts de Donald Trump s'estompera, et la montée des barrières douanières risque d'avoir un effet négatif (encore difficile à mesurer) sur de nombreuses compagnies américaines.

Les cours du pétrole ont terminé vendredi en forte hausse après un accord entre l'Opep et ses alliés pour une réduction de la production supérieure aux attentes des marchés, à 1,2 million de barils par jour. Le contrat janvier sur le brut léger américain (WTI) a gagné 2,18% à 52,61$ le baril, tandis que le Brent à échéance en février a gagné 2,68% à 61,67$. En séance, les cours avaient cependant flambé de 5% à 6% en séance avant de se calmer nettement en clôture.

La Fed s'interroge sur sa politique monétaire

Mercredi, dans son dernier Livre Beige, la Fed a aussi noté un ralentissement ces dernières semaines sur le marché de la construction, tout en dépeignant une économie américaine toujours en croissance modeste à modérée selon les régions.

Les responsables de la Fed se montrent désormais plus prudents dans leurs discours, alors que jusqu'à très récemment, ils laissaient entendre que la banque centrale relèverait ses taux à l'issue de sa réunion des 18 et 19 décembre, puis poursuivrait en 2019 son cycle haussier, avec environ 3 tours de vis...

Vendredi, James Bullard, le président de la Fed de Saint-Louis, s'est montré franchement "colombe" en estimant que la banque centrale devrait envisager de ne pas relever ses taux lors de sa réunion de décembre. Jusqu'ici, les marchés anticipaient fortement cette hausse, tout en tablant sur une pause en 2019. Dans un discours, James Bullard a estimé qu'en n'agissant pas en décembre, la Fed se donnerait plus temps pour comprendre pourquoi les marchés financiers étaient devenus si volatils. Elle pourrait "avoir plus d'informations sur ce qui inquiète les marchés financiers", et aurait une "meilleure lecture" de la saison des ventes de fin d'année, ainsi que du PIB du 4ème trimestre, a expliqué M. Bullard.

En revanche, Lael Brainard, gouverneur de la Fed, s'est montrée plus ferme, vendredi, en estimant toujours "approprié" que la Fed poursuivre son processus de relèvement progressif des taux. La majorités des traders s'attendent encore à un tour de vis en décembre, mais selon des sources citées par le 'Wall Street Journal', la Fed envisage d'adopter ensuite une approche plus pragmatique sur les taux. "A mesure qu'ils relèvent les taux directeurs, ils sont de moins en moins sûrs du rythme auquel ils doivent agir et jusqu'où ils doivent aller, et ils veulent évaluer la réaction de l'économie aux mesures qu'ils ont déjà prises", a écrit le journal.

VALEUR A SUIVRE

La chute a concerné vendredi soir tous les secteurs. Pas une seule des 30 valeurs du Dow Jones n'a terminé dans le vert. Trois valeurs technologiques, Intel (-4,4%), Cisco Systems (-4,03%) et et Microsoft (-4%) ont signé les pires performances, tandis qu'Apple a cédé 3,5% et IBM a perdu 3,7%.

Parmi les autres "technos", Alphabet a perdu 2,9%, Facebook 1,6%, Amazon a lâché 4,1% et Netflix a reperdu 6,3%. A noter qu'Amazon envisage d'implanter ses magasins sans caisse dans les aéroports américains afin de profiter de la clientèle des voyageurs pressés, selon des documents officiels et une personne informée de ce projet cités par l'agence 'Reuters'.

Les pétrolières n'ont pas profité de l'accord de l'Opep+ pour réduire la production, les craintes de ralentissement de la croissance (et donc de la demande pétrolière) prenant le dessus : -0,9% pour ExxonMobil, -0,3% pour Chevron, -5% pour Transocean, -0,37% pour Halliburton et -1,9% pour Devon Energy.

Les valeurs financières ont à nouveau dégringolé sous l'effet des craintes pesant sur la croissance et l'approche probable d'une pause dans le cycle de hausse des taux de la Fed. Goldman Sachs a cédé 2,4%, JP Morgan Chase a perdu 1,8%, Morgan Stanley a abandonné 3%, Bank of America a lâché 3,2% et Wells Fargo a chuté de 1,6%.

Parmi les secteurs défensifs, Altria (-0,4%) propriétaire de la marque de cigarettes Marlboro, a annoncé un investissement de 1,8 milliard de dollars dans le producteur canadien de cannabis Cronos pour prendre 45% de son capital. Altria va acquérir 146,2 millions d'actions nouvelles à 16,25 dollars canadiens le titre, soit une prime de 16% par rapport au cours de clôture de sa cible jeudi à Toronto. A l'issue de l'opération, Altria pourra nommer au conseil de Cronos quatre administrateurs.

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