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Devises : le dollar chute, rattrapé par les craintes de récession

Devises : le dollar chute, rattrapé par les craintes de récession

Le dollar a cédé lundi au pessimisme ambiant sur les marchés. L'escalade des tensions commerciales et le plongeon des taux souverains américains font craindre une récession. Les marchés anticipent désormais plusieurs baisses de taux de la Fed.

Devises : le dollar chute, rattrapé par les craintes de récession
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Le billet vert, qui était resté ferme ces dernières semaines malgré l'escalade des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, a reculé lundi pour la deuxième séance consécutive, face à l'escalade des tensions commerciales qui font craindre pour la croissance. Le récent plongeon des taux d'intérêts de la dette souveraine illustre les craintes d'une récession, et appelle la Réserve fédérale à baisser ses taux directeurs.

L'indice du dollar (qui mesure son évolution face à un panier de 6 monnaies de référence) cédait ainsi lundi soir 0,53% à 97,23 points, ce qui porte sa chute à près d'1% en deux séances. Le dollar ne gagne plus qu'1% depuis le début de l'année.

Sur les marchés obligataires, le rendement de l'emprunt d'Etat américain de référence, le T-Bond à 10 ans a encore baissé lundi de 5 points de base à 2,07% ( au plus bas depuis octobre 2016), tandis que celui du T-Bond à trois mois a cédé 1 pdb à 2,33%. L'écart entre les deux taux a atteint 26 pdb, au plus haut depuis 2007. Normalement, les taux des emprunts à court terme sont moins élevés que ceux à long terme, une inversion signalant un risque de récession à venir...

L'euro a en revanche progressé lundi de 0,7% à 1,1247$ malgré la situation politique compliquée en Europe après les élections européennes. Lundi, en Italie, le président du Conseil Giuseppe Conte, a mis sa démission dans la balance si la Ligue (extrême droite, 34% au Européennes) et le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème, 17% aux Européennes) ne mettaient pas fin à leurs incessantes polémiques. Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur et leader de la Ligue, a entamé un bras de fer avec la Commission de Bruxelles, qui menace de lancer une procédure pour déficit excessif contre Rome.

La Chine hausse le ton, doutes sur la rencontre Xi-Trump fin juin

Aux Etats-Unis, l'escalade des tensions commerciales avec Pékin, mais aussi avec le Mexique et l'Europe, font craindre désormais aux économistes un net ralentissement de la conjoncture américaine et mondiale, sous l'effet de la montée des droits de douanes...

Ce week-end, la Chine a relevé comme prévu ses taxes sur 60 Mds$ de produits américains importés, et a publié un livre blanc de 21 pages dans lequel la 2ème puissance économique mondiale a accusé les Etats-Unis d'être seuls responsables de l'impasse actuelle dans les négociations. La Chine a répété qu'elle ne souhaitait pas une guerre commerciale, mais a ajouté que "s'ils veulent l'affrontement, nous sommes prêts".

En outre, en présentant le livre blanc, le vice-ministre de l'Information Guo Weimin n'a pas confirmé la tenue d'une réunion, fin juin, entre Xi Jinping et Donald Trump à l'occasion du sommet du G20 d'Osaka, laissant planer un doute sur cette rencontre dont les marchés espéraient encore un possible compromis.

Morgan Stanley, JP Morgan et Goldman Sachs deviennent plus pessimistes

A Wall Street, les économistes des grandes banques ont revu en baisse leurs prévisions de croissance pour 2019 et au-delà. Ceux de Morgan Stanley ont même estimé lundi, dans une note envoyée à leurs clients, que la guerre commerciale pourrait déclencher une récession mondiale dans trois trimestres à venir, si les Etats-Unis mettent en oeuvre leur menace de taxer à 25% la totalité des biens chinois, soit environ 300 Mds$ de plus qu'actuellement (plus de 200 Mds$).

Lorsque les droits de douane de 10% ont été imposés, les entreprises étaient en mesure de les absorber, mais si Washington met à exécution sa menace de les porter à 25% et de taxer la totalité des importations en provenance de Chine, cela devrait avoir "des répercussions plus fortes sur les prix avec davantage de conséquences indirectes (sur l'économie)", écrit Morgan Stanley dans sa note.

De leur côté, les économistes de JP Morgan Chase ont estimé que la probabilité d'une récession aux Etats-Unis avait nettement augmenté, passant de 25% il y a un mois à 40% depuis l'escalade des dernières semaines entre les Etats-Unis et la Chine.

Les marchés plébiscitent désormais plusieurs baisses de taux de la Fed

Goldman Sachs a aussi revu ses prévisions de croissance en baisse, à 2% pour le 2ème semestre 2019 (contre 2,5% précédemment), en tablant sur l'instauration de taxes de 10% sur les 300 Mds$ de biens chinois qui ne sont pas encore taxés par Washington. GS voit aussi une probabilité de plus en plus importante de baisse des taux directeurs de la Fed cette année.

Le 31 mai, le vice-président de la Fed, Richard Clarida, a indiqué que l'économie américaine restait "dans une très bonne forme" malgré les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. Mais il a ajouté que la Fed pourrait envisager une baisse des taux directeurs en cas de ralentissement plus marqué que prévu, ou en cas de faiblesse persistante de l'inflation.

Lundi, James Bullard, le président de la Fed de St. Louis, est allé plus loin, en indiquant qu'une baisse de taux "pourrait être bientôt justifiée" au vu de la montée des risques de ralentissement de l'économie et de la faiblesse de l'inflation.

L'outil FedWatch du marché CME Group, qui reflète l'évolution des contrats à terme sur les "fed funds" (le principal taux directeur de la Fed) montre que la quasi-totalité des traders table non plus sur une, mais sur plusieurs baisses de taux cette année.

La probabilité d'au moins une baisse de taux des "fed funds" est ainsi montée à presque 100% (98,1%) ce lundi soir, avec seulement 1,9% de chance que les taux soient à leur niveau actuel (2,25% à 2,50%) à la fin 2019.

Les chances sont de 12,5% pour une seule baisse de taux (à 2%-2,25%), de 30,3% pour 2 baisses (1,75%-2%), de 33,9% pour trois baisses (1,5%-1,75%), de 17,8% pour 4 baisses (1,25%-1,5%) et même de 3,5% pour ramener les taux à 1%-1,25%...

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