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Libra : le système de supervision actuel n'est "pas adapté" admet Powell

Libra : le système de supervision actuel n'est "pas adapté" admet Powell

Selon le patron de la Fed, compte tenu de la taille de Facebook, son projet de cryptomonnaie et de système de paiement exige "le plus haut niveau de surveillance des régulateurs internationaux"

Libra : le système de supervision actuel n'est 'pas adapté' admet Powell
Crédit photo © Reuters

(Boursier.com) — Le président de la banque centrale américaine Jerome Powell a émis de vives réserves sur le futur "Libra", le projet de cryptomonnaie dévoilé le mois dernier par Facebook.

Le Libra sera même l'un des principaux sujets de discussion au menu de la réunion des ministres des Finances et banquiers centraux du G7 la semaine prochaine en France, a-t-il expliqué face au Sénat américain jeudi.

Powell a répété que, compte tenu de la taille de Facebook, son projet de cryptomonnaie et de système de paiement exige "le plus haut niveau de surveillance des régulateurs internationaux" sur des questions telles que la protection des données et le risque de blanchiment d'argent... "L'échelle potentielle de tout cela, compte tenu de la taille du réseau de Facebook, signifie que la devise aurait dès son lancement une importance systémique", a-t-il dit...

Système de supervision "pas adapté"

La Fed est ouverte à l'innovation financière mais constate que le système actuel de supervision n'est pas bien adapté, a admis Powell. "Dans notre système de régulation tel qu'il existe, il n'est pas évident du tout qu'on ait ce qu'il faut pour analyser et assurer la supervision de la monnaie de Facebook, et on peut s'attendre à ce qu'on y travaille dur", a-t-il poursuivi en ajoutant que ce processus prendrait probablement plus d'une année...

L'objectif de la devise virtuelle est d'être stable contrairement au bitcoin qui est très fluctuant, puisque le cours du Libra sera en effet indexé sur un panier de devises comprenant le dollar, l'euro, la livre et le yen.

Chacun des partenaires de Facebook investirait 10 millions de dollars pour développer la crypto-monnaie, qui pourrait faire ses débuts au premier trimestre 2020... Un seul Français, le fondateur de Free Xavier Niel, a pour le moment investi dans ce projet.

Les membres fondateurs initiaux sont MasterCard, PayPal, PayU (Naspers), Stripe et Visa pour le secteur des paiements, Booking Holdings, eBay, Facebook/Calibra, Farfetch, Lyft, Mercado Pago, Spotify et Uber dans les technologies et places de marché, Iliad et Vodafone dans les télécommunications, Anchorage, Bison Trails, Coinbase et Xapo Holdings dans les blockchains, ainsi que des ONG et institutions telles que Creative Destruction Lab, Kiva, Mercy Corps et Women's World Banking, ou des firmes de capital risque telles que Breakthrough Initiatives, Ribbit Capital, Thrive Capital, Union Square Ventures et Andreessen Horowitz.

Le réseau Libra doit reposer sur une blockchain open-source sécurisée qui doit permettre l'émergence d'un nouvel écosystème financier... Concrètement, le Libra sera garanti par une réserve d'actifs réels pour assurer sa stabilité et le préserver de la spéculation. Le but de l'association est de fournir un cadre de gouvernance au réseau, de faciliter le fonctionnement de la blockchain et de gérer la réserve, ainsi que de soutenir le développement de l'écosystème. En s'appuyant sur ses infrastructures et son savoir-faire, Iliad entend devenir "l'un des noeuds de validation du réseau Libra"...

Libra devrait se présenter comme une crypto-monnaie globale et universelle, gouvernée par une association à but non lucratif baptisée la "Libra Association", basée en Suisse.

Transfert d'argent entre particuliers

L'objectif de Libra sera de permettre aux utilisateurs de Facebook et aux sites marchands de procéder à des transactions commerciales dans l'environnement Facebook, qui compte plus de 2 milliards d'utilisateurs dans le monde.

Les utilisateurs pourront également se transférer des fonds en Libra, de particulier à particulier, via les applications de l'écosystème Facebook. Selon la presse, ces services seraient ainsi rendus disponibles d'abord sur WhatsApp et Messenger, puis sur Instagram un peu plus tard...

"Mark Zuckerberg rêve d'un "Facebook Coin" ou d'un "FaceCoin" depuis des années" rapporte un spécialiste du dossier qui voit dans les 2 milliards d'utilisateur du site un potentiel de développement gigantesque dans le paiement virtuel et le transfert de monnaie via ses messageries WhatsApp et Messenger... Et d'expliquer que l'idée n'est pas d'ajouter une nouvelle cryptomonnaie à la longue liste des monnaies virtuelles existantes, mais bien de créer LA référence "la plus stable au monde" et la moins spéculative !

Une véritable référence monétaire virtuelle

La crise de confiance qu'a traversé le Bitcoin doit servir selon lui de contre-exemple... Il s'agit donc de créer une véritable référence monétaire virtuelle qui serait insensible aux chocs de marché et aux nombreux aléas monétaires, au moment où les banques centrales du monde entier continuent de tenir à bout de bras le système financier international en attendant le prochain krach...

Un "STABLECOIN" qui serait adossé à un panier de devises et dont la volatilité tendrait le plus possible vers 0 en guise de bouée de sauvetage internationale, voilà qui ne déplairait pas aux ambitions planétaires de Mark Zukerberg, transformé pour l'occasion en "sauveur du monde"...

Questions de taille

L'agence Bloomberg expliquait fin 2018 qu'il restait malgré tout encore plusieurs questions de taille à régler, en particulier la sécurisation des fonds et la contrepartie... Pour avancer plus rapidement sur ces questions, Facebook a créé il y a un an un service d'une cinquantaine de personnes dédié aux crypto-monnaies et à la blockchain dirigé par David Marcus, ancien président de Paypal.

Débauché mi-2014, David Marcus avait intégré le groupe Facebook pour y prendre les fonctions de vice-président en charge des produits de messagerie du réseau social. "David, qui est avant tout un entrepreneur, a pris une décision de carrière consistant à se concentrer sur ce qu'il aime le plus : diriger des équipes plus petites pour créer de bons produits", avait commenté à l'époque le directeur général d'eBay, John Donahoe. Facebook venait quelques semaines plus tôt d'annoncer le rachat de la messagerie WhatsApp pour 19 milliards de dollars en vue de développer rapidement ses services de messagerie dans la foulée de la reprise manquée de Snapchat...

Révolution en marche

5 ans plus tard, la révolution blockchain est passée par là et Mark Zuckerberg ne veut la manquer sous aucun prétexte. Profitant de la réorganisation du groupe au lendemain du scandale "Cambridge Analytica", il a donc décidé de créer cette nouvelle division stratégique.

Le "Facebook Coin" sera ainsi indexé sur un panier de devises et profitera de la masse critique offerte par le nombre de 'users' du site internet, mais aussi par WhatsApp qui compte plus d'1,5 milliard d'utilisateurs, ou encore Messenger et Instagram.

Un axe stratégique majeur

Mark Zuckeberg avait d'ailleurs évoqué les travaux de ce nouveau département lors de la présentation des résultats du groupe Facebook en janvier dernier, parlant d'un "axe stratégique majeur" de son développement... Un test grandeur nature de ce service virtuel a lieu actuellement en Inde sur un échantillon de plus d'un million d'utilisateurs.

Car si le service Messenger offre déjà d'une fonction paiement, il ne correspond en rien aux vraies ambitions du groupe en termes de souplesse et de rapidité de transaction, l'idée étant aussi de développer rapidement le nouvel outil dans les pays du monde les moins "bancarisés"...

Chemin royal ?

Début 2018, Facebook avait un moment interdit la publicité pour des produits financiers et des services liés aux cryptomonnaies sur l'ensemble de ses réseaux, avant d'autoriser de nouveau trois mois plus tard la promotion de tels services, tout en dénonçant les pratiques promotionnelles trompeuses ou mensongères de certains intervenants...

Pour mieux baliser le terrain et faire la part belle à sa propre monnaie virtuelle ? C'est ce que pensent plusieurs analystes qui estiment que l'un des grands enjeux de ce projet passe avant tout par l'amélioration de la sécurité des données personnelles des utilisateurs.

Un changement de cap

Dans un long manifeste publié début mars, Mark Zuckerberg a annoncé un changement de cap radical pour Facebook, avec des plateformes repensées autour de la vie privée, des messages éphémères et de l'interopérabilité.

Pour un analyste basé à Paris, on touche bien là LE sujet essentiel de ces prochaines années dans le cadre de ses nouveaux développements de paiements en ligne. "Sans crédibilité sur la sécurité, il n'y aura pas de Facebook Coin", rapporte ce spécialiste qui souligne que le patron de Facebook a aussi signé une tribune dans plusieurs journaux, dont le 'Washington Post' et le 'JDD' en France, où il a demandé aux gouvernements de "jouer un rôle plus actif" et de collaborer davantage avec les entreprises pour une bonne régulation d'Internet...

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