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Violences à Paris lors de la manifestation des "Gilets jaunes"

Violences à Paris lors de la manifestation des "Gilets jaunes"
Crédit photo © Reuters

PARIS (Reuters) - Voitures brûlées, bâtiments incendiés, vitrines brisées : la manifestation des "Gilets jaunes" contre l'érosion du pouvoir d'achat a été entachée samedi de graves violences, notamment à Paris, qui ont entraîné l'interpellation de 287 personnes et provoqué 110 blessés dont 20 parmi les forces de l'ordre.

De Buenos Aires où il assistait au G20, Emmanuel Macron a promis que leurs auteurs seraient traduits en justice.

"Ce qui s'est passé aujourd'hui à Paris n'a rien à voir avec l'expression pacifique d'une colère légitime. Aucune cause ne justifie que les forces de l'ordre soient attaquées, que des commerces soient pillés, que des bâtiments publics ou privés soient incendiés, que des passants ou des journalistes soient menacés ou que l'Arc de Triomphe soit souillé", a-t-il dit.

Le chef de l'Etat a annoncé qu'il réunirait dès son retour d'Argentine, dimanche, les ministres concernés.

"On est dans un état insurrectionnel, on n'a jamais vu ça", a déclaré sur BFM TV Jeanne d'Hauteserre, maire Les Républicains du VIIIe arrondissement de Paris où se sont déroulés la plupart des affrontements et des dégradations.

ETAT D'URGENCE ?

David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale, a estimé que devant la gravité de la situation, "décréter l’Etat d’urgence avec des couvre-feux pourrait être une possibilité".

"Il faut tirer les conclusions de ce qui s’est passé aujourd’hui et ça pourrait être une piste de réflexion", a-t-il dit à Reuters, rappelant que l’Etat d’urgence avait été décrété lors des émeutes de 2005 et après les attentats de 2015.

Un manifestant était samedi soir en état d'urgence absolue, a dit le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, sur TF1.

A Paris, le ministère de l'Intérieur avait fermé à la circulation l'avenue des Champs-Elysées, dont l'accès aux piétons n'était autorisé qu'après un contrôle d'identité et une fouille des sacs, dans le but d'éviter la répétition des violences de samedi dernier.

Les grands magasins des Galeries Lafayette et du Printemps ont été évacués en début de soirée.

Des incidents ont éclaté en journée sur la place de l'Etoile, en amont des contrôles de sécurité. Certains manifestants ont tenté de forcer un point de filtrage, selon la préfecture de police, et ont jeté des projectiles sur les forces de l'ordre. Les policiers ont fait usage de gaz lacrymogène, de grenades dispersantes et de canons à eau.

"MACRON DÉMISSION"

"Macron démission", ont scandé les manifestants, dont certains sont parvenus au sommet de l'Arc de Triomphe, tagué d'un : "Les Gilets jaunes triompheront". Le musée du bâtiment a été dévasté et pillé, selon un journaliste de Reuters.

Des manifestations et des blocages ont eu également lieu un peu partout en France, avec parfois des échauffourées entre forces de l'ordre et "Gilets jaunes", mais beaucoup plus modestes, comme à Marseille, où la police n'a compté que 300 manifestants.

"Je veux dire combien j'ai été choqué par la mise en cause de symboles qui sont des symboles de la France, le fait que l'Arc de Triomphe ait été tagué, le fait qu'autour du tombeau du Soldat inconnu, une manifestation violente puisse avoir lieu", a dit le Premier ministre Edouard Philippe.

Pour le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, "on a affaire à des groupes extrémistes, extrêmement violents qui s'en prennent aux institutions".

Mais le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui soutient ce qu'il appelle une "révolution", a accusé le gouvernement d'avoir tout fait pour que des violences éclatent.

DES GILETS CONDAMNENT

Certaines figures de proue du mouvement des "Gilets jaunes" ont dénoncé les violences commises par les casseurs, estimant que ces derniers décrédibilisaient leur message.

"Quel est le message que les 'Gilets jaunes' veulent faire passer aujourd'hui? Qu'on mette la France à feu et à sang ou on veut trouver des solutions? Je trouve ça aberrant", a dit l'une de leurs porte-parole, Jacline Mouraud, sur BFMTV.

Plus de 100.000 manifestants ont été recensés en France selon une source syndicale policière, dont 10.000 à Paris, selon le ministère de l'Intérieur.

La plupart des préfectures en France ont été la cible d'intrusions ou de tentatives d'intrusions, selon des sources policières syndicales.

La préfecture de Puy-en-Velay (Haute-Loire) a été incendiée.. Certains manifestants ont tenté de desceller les grilles de la préfecture de Tarbes (Hautes-Pyrénées) pour y pénétrer, forçant les policiers à utiliser les gaz lacrymogènes.

Un groupe d'une cinquantaine de personnes ont aussi tenté de pénétrer dans l'Hôtel de ville de Bordeaux avant d'être repoussés par des gaz lacrymogènes et des tirs de flash-ball.

Des "Gilets jaunes" ont bloqué dans la journée l'accès à l'aéroport de Nice. D'autres avaient fait une incursion d'une dizaine de minutes sur le tarmac de l'aéroport de Nantes, avant d'être délogés par les policiers.

Entre 8.000 et 10.000 policiers étaient mobilisés pour faire face aux actions des "Gilets jaunes" sur le territoire, dont 5.000 à Paris, a déclaré le secrétaire général du syndicat Alternative police Denis Jacob.

Lors de la première journée de manifestation des "Gilets jaunes" le 17 novembre, le ministère de l'Intérieur avait compté près de 300.000 personnes et 100.000 le 24 novembre.

(Caroline Pailliez, avec Emmanuel Jarry, Antony Paone, Celia Mebroukine, Antoine Boddaert, Lucien Libert et correspondants en région, édité par Yves Clarisse)


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