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"Urgence absolue" dans les camps de migrants de Paris

"Urgence absolue" dans les camps de migrants de Paris

Crédit photo © Reuters

par Julie Carriat

PARIS (Reuters) - Plus de deux mille migrants s'entassent ce printemps à Paris dans des campements précaires où règne la violence, une situation d'"urgence absolue" née au fil des arrivées et malgré les évacuations, sur fond de polémique entre l'Etat et la Ville.

Le directeur général de l'association d'aide aux migrants France Terre d'asile, Pierre Henry, fustige des crispations politiques "indignes" des pouvoirs publics contre la mairie, et appelle à mettre fin à une situation de "pourrissement".

Un peu plus de 2.400 migrants sont répartis sur trois camps à Paris, dont 1.600 à la porte de la Villette, où des tentes s'entassent sous les ponts, le long du canal Saint-Martin et sous l'échangeur routier de la porte de la Chapelle. Au plus fort de la "jungle", Calais comptait en comparaison jusqu'à 8.000 migrants avant d'être démantelée en octobre 2016.

Le 6 mai, un migrant afghan d'une vingtaine d'années et un homme non identifié possiblement d'origine somalienne sont morts noyés aux abords des campements des canaux Saint-Martin et Saint-Denis.

Le long du canal Saint-Martin, en plein Paris, près de 200 tentes collées les unes aux autres et occupées principalement par des Afghans longent les quais de Jemmapes et de Valmy.

Suleiman, Pakistanais de 24 ans présent depuis quelques jours dans le camp, est arrivé à seize ans en Europe et a traversé onze pays différents en plus de sept années d'errance.

Après trois mois au Royaume-Uni, il est de retour à Paris. Des occupants du camp l'ont frappé et lui ont volé son téléphone portable et les 300 euros qu'il portait sur lui, dit-il.

"Je me cherche une vie, mais en onze pays, rien", dit-il. Faute de tente et pour éviter les violences du camp, il a passé la nuit à marcher dans les rues: "Ici tout le monde se bat."

"IL Y AURA D'AUTRES DRAMES"

Les téléphones et les cartes de retrait données par les préfectures aux demandeurs d'asile, créditées chaque mois d'une allocation d'environ 200 euros, sont la cible de vols, le code de la carte extorqué sous la menace d'un couteau, précise sur place une intervenante de l'association, Pauline Doyen.

Faute de douches (seules des latrines existent), certains se lavent dans l'eau du canal insalubre, d'autres font la cuisine sur des braseros. Les derniers arrivés dorment à même le sol.

"Chaque centimètre carré de disponible devient un objet de conquête", dit Pierre Henry du camp voisin du Millénaire, dans le 19e, citant de très fortes tensions. Un homme y a été grièvement blessé par arme blanche dimanche soir.

"Si cette situation perdure il y aura d'autres drames, il y aura forcément des morts", estime-t-il.

Jan, un afghan d'une quarantaine d'années assis dans une tente au bord du canal, veut croire qu'il existe à Paris un sentiment d'"humanité", après avoir vu ses affaires brûlées par des policiers lors de son passage en Bulgarie.

"Tous les Européens ont ce mot à la bouche, les droits de l'homme. Mais je n'ai pas vu de droits de l'homme en Bulgarie, je n'ai pas vu de droits de l'homme en Croatie, je n'ai pas vu de droits de l'homme en Serbie", dit-il, tout en se montrant plus optimiste quant à l'accueil de la France.

BISBILLES POLITIQUES

Dans ce contexte tendu, la ville de Paris et le ministère de l'Intérieur se renvoient la balle à deux ans des municipales.

"Les relations entre l'Etat et la mairie de Paris sont complexes", dit-on au ministère de l'Intérieur, qui a procédé à une trentaine d'évacuations par les forces de l'ordre des camps de migrants ces deux dernières années.

"Si (Anne Hidalgo) souhaite continuer, en toute irresponsabilité, à refuser la demande d'évacuation du camp avec l'idée d'opposer les bons (la mairie) contre les méchants (le ministère de l'Intérieur ), ce sera au détriment tant des demandeurs d'asile qui vivent actuellement dans des conditions inhumaines que de la population francilienne", ajoute-t-on.

Depuis juin 2015, plus de 26.000 personnes ont été évacuées lors de différentes opérations menées dans la capitale pour être prises en charge, notamment pour leur demande d'asile.

La maire demande pour sa part une "mise à l'abri" passant par une prise en charge globale, dénonce "l'abandon de la Ville" et souligne que la prise en charge des demandeurs d'asile est de la compétence de l'Etat, dans une lettre au Premier ministre datée de vendredi, consultée par Reuters.

Le directeur de France Terre d'asile "avoue être assez étonné du discours d'attente des pouvoirs publics".

"Le problème des municipales en 2020 et l'opposition qui peut exister à la politique menée par Anne Hidalgo n'a aucun sens aujourd'hui", dit Pierre Henry. "La question parisienne est d'une urgence absolue, il ne faut pas l'instrumentaliser".

(Avec Elizabeth Pineau, Philippe Wojazer et Clotaire Achi, édité par Yves Clarisse)


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